Interview Soprano

03/10/2010 | Propos recueillis par Mehdi

Suite de la page 4

Soprano A : Internet a complètement changé l'industrie du disque et, aujourd'hui, il est plus difficile de vendre des albums que par le passé. Comment tu te positionnes par rapport à Internet et au futur ? Tu penses que ça peut générer un nouveau business model viable ?

S : Je suis assez pessimiste par rapport à tout ça et je pense que le CD va mourir. Tout le monde a sa musique dans son téléphone. Le souci c'est que c'est devenu complètement normal d'avoir un morceau gratuit.
Je vais te parler directement. Demain, je ne peux pas aller bosser au Mcdo. Je suis un peu trop connu pour ça et tout le monde va me saouler si on me voit là-bas. “Ah mais tu as raté ta vie en fait...” Ensuite, pour faire de la musique, il faut pouvoir être totalement immergé dedans et ne rien avoir d'autre à faire. Si tu ne vis pas de la musique, tu es obligé de laisser tomber parce que la réalité de la vie te rattrape. Il faut payer le loyer et s'occuper de sa famille. Je ne comprends pas comment quelqu'un qui ne vend pas de disques peut sacrifier égoïstement sa famille et sa vie pour le rap. Il faut revenir sur terre. Je ne te parle pas de gagner assez d'argent pour acheter des 4X4 là ! Je parle de s'occuper de sa famille et du strict nécessaire.
On fait des nuits blanches, on enchaîne les heures de studio, on investit nos propres sous dans la musique... Il faut que ça paye à un moment. Pour que les artistes continuent à faire de la musique, il faut qu'ils vendent des disques.
A la base, je fais de la musique pour les concerts et je m'en fous de vendre des milliards de disques mais il faut vendre des disques pour remplir des salles de concert.

"Pour faire de la musique, il faut pouvoir être totalement immergé dedans et ne rien avoir d'autre à faire. Si tu ne vis pas de la musique, tu es obligé de laisser tomber parce que la réalité de la vie te rattrape. "

A : Est-ce que tu te vois rapper encore longtemps ?

S : Si je fais de l'acoustique et que j'arrive à faire quelque chose de différent, oui. Bosser avec un orchestre derrière, j'adorerais. Peut-être pas dans des dômes mais je m'imagine bien faire ça dans des salles plus intimes. C'est mon but.

A : On arrive à la fin de l'interview. Est-ce que tu as quelque chose à rajouter ?

S : Je suis content de l'interview qu'on a réalisé parce qu'on a pu aborder des vrais sujets. Il y a un problème de mentalité en France et il ne faut pas avoir peur du changement. Je suis sûr que l'an prochain, il va y avoir des super morceaux hip-hop/electro-pop/rock. Il y a un mélange des genres actuellement et ça va donner quelque chose de dingue. L'essentiel est que ce soit bien fait.
Skalp m'a dit quelque chose d'intéressant aussi la dernière fois : “Le problème des rappeurs français est qu'ils n'acceptent pas leurs cultures”. Skalp a joué là-dessus avec les compilations Rai&B Fever et c'est pour ça que ça a très bien marché. Beaucoup d'entre nous sont Africains, adorent le raï, le funk et il a composé des instrus qui allaient dans cette direction. Les Rai&B Fever n'ont pas uniquement marché parce qu'ils contenaient des morceaux commerciaux. Ça a marché parce que ça touchait tout le monde. De la même manière, les samples de soul parlent beaucoup aux américains parce qu'ils reconnaissent les morceaux que leurs parents écoutaient. La FF a beaucoup marché aussi parce que leurs samples allaient puiser dans les années 80 et qu'on a grandi avec ces morceaux. On n'a pas grandi avec Ottis Redding et Curtis Mayfield.

Bonus Foot : Soprano : protège-tibias, talent gâché et attaquant foireux

www.soprano-lesite.fr

1 | 2 | 3 | 4 | 5 |