Interview Fifou

19/09/2010 | Propos recueillis par Mehdi

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A : Parmi les autres pochettes que j’apprécie, il y a "Rimes passionnelles" de Stomy qui était très soignée. Comment en êtes-vous arrivé à ce délire ?

F : A cette époque-là, Stomy avait changé de mode de vie dans le sens où il était déjà acteur et avait fait de nombreux films. Quand je suis allé le voir, je ne voulais pas faire une photo de lui avec un bandana même si c’est le Stomy qu’on connaît. Je voulais vraiment mélanger le côté classe et caillera. J’ai pensé à cette pochette comme une peinture, notamment la photo dans la chambre d’hôtel où on voit une femme allongée sur le lit. Ça correspondait à l’image qu’on avait de Stomy mais ça n’envoyait pas le même message qu’une pochette de Ice-T avec des gros nibards partout. Ici, il y avait un côté plus poétique. Ce qui était bien c’est que Stomy est très bon client face à l’objectif, qu’il aime poser et qu’il m’a laissé prendre mon temps. Il m’avait aussi donné carte blanche pour ce projet.

A : Je sais que tu as également travaillé avec Princess Aniès. Est-ce qu’il y a des codes différents en termes d’image quand tu bosses avec une femme ?

F : Les codes sont les mêmes mais cela se travaille différemment. Dans le rap c'est plus difficile pour une femme…Elle est soit classée dans le rap de bonhomme, soit dans ce côté bitch provocatrice à la Lil Kim. Ensuite niveau préparation d'un shooting il y a beaucoup plus d'intervenants. Contrairement aux mecs, une rappeuse doit avoir une maquilleuse, une coiffeuse et un styliste. C’est sûr qu’il y a beaucoup plus de préparation pour une fille que pour un mec. Quand tu as six heures de studio avec Sheryfa Luna, il y a deux heures qui sautent pour le maquillage.

A : J’ai vu que tu avais fait la pochette de "Un homme nature" de Gyneco. Comment s’était passée cette collaboration ?

F : A l’époque, j’avais pas mal bossé avec un label canadien qui s’était implanté en France sur lequel il y avait Papillon et les Sales Gosses. Même si eux étaient en beef avec lui, on m’a contacté pour retoucher la pochette de Gyneco. Il faut savoir qu’à sa grande époque, Gyneco était le rappeur que je voulais shooter à tout prix, au même plan que des NTM ou IAM. Quand je l’ai rencontré, il était encore dans le rap mais il était déjà ailleurs. On n’a pas vraiment échangé, je n’avais même pas écouté l’album…Je commençais déjà à bosser avec des gens comme Mac Tyer et quand je lui montrais ce que la nouvelle école faisait, cela ne lui parlait plus du tout. Je me rappelle d'un gars tranquille et posé mais plus trop impliqué dans sa musique.

A : Tu es passé de pochettes très esthétiques à des travaux beaucoup plus street. Comment se fait la transition ?

F : Pour moi, c’est quelque chose de purement Hip-Hop. Il y a des projets où le rendu doit être "crasseux". Je ne dis pas ça péjorativement et ça ne signifie pas que ça doit être bâclé mais le contenu du disque t’oriente vers ça. En plus, il s’agit souvent de projets sur lesquels il y a moins de moyens. Mais c’est la même chose aux Etats-Unis ou le visuel d’une mixtape n’a rien à voir avec celui d’un album. Parfois, les mecs viennent me voir et veulent un truc caillera, super simple. Je vais le finir en deux heures de temps. Par exemple, je bosse avec Escobar Macson qui prépare deux projets en même temps. Un street sur lequel le visuel sera super caillera, super simple. De l’autre côté, il prépare son album pour lequel on a bossé la pochette sur trois mois et on s’est vraiment pris la tête. Les deux sont cohérents et représentent une facette d’Escobar. Ça m’éclate de différencier deux types de pochettes.

A : Pour revenir un peu sur ton actualité à venir, tu me disais que tu avais ces quatre projets des dessins animés. Est-ce que tu peux rentrer un peu plus dans le détail et nous dire de quoi il s’agira ?

F : Actuellement avec mon équipe, on travaille sur une série courte appelée "Moniz". Le principe est d'animer des billets de banques qui parlent entre eux de l'économie actuelle sur un ton moqueur et sarcastique. Une sorte de brèves de comptoirs entre différents billets qui se retrouvent au fond d'une poche. Je m'occupe de la création des personnages ainsi que de la bible graphique, et le scénariste Clark travaille sur leurs mises en scène et dialogues. En parallèle, comme je le disais plus haut, on travaille sur le projet Baby Hip-Hop afin de l'implanter sur le territoire US. Ce projet est plus complexe, car il est très large. On réfléchit sur la gamme textile pour enfant, sur le prochain album, et sur tous les dérivés du projet. Pour les autres projets, on met en place un collectif du nom de Fish High, dans lequel on pourra produire des documentaires, des projets d'éditions et de communication visuelle. Le but étant de travailler avec de nouveaux talents et surtout de s'éclater à plusieurs.

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