Interview Fifou

19/09/2010 | Propos recueillis par Mehdi

« Page précédente | Page suivante »

A : Est-ce qu’Internet t’a aidé à percer et à te faire des contacts ?

F : Ca fait longtemps que je suis dans le rap et j’ai un réseau qui est déjà assez large. Dailleurs, comme tu as pu le remarquer je n'ai même pas le temps de faire mon site [rires]. Généralement, les rappeurs ne passent pas par Facebook mais me contactent directement. Il y a des clients qui passent chez moi et laissent du courrier dans la boîte aux lettres [rires]. Aujourd’hui, Facebook m’offre un autre réseau mais ça concerne davantage le cinéma, des graphistes ou des chefs d’entreprise que le rap.

A : Je sais que tu as été amené à travailler sur le visuel de "L’arnacoeur", le dernier film de Romain Duris et Vanessa Paradis. Comment es-tu arrivé sur ce gros projet ?

F : Déjà, j’ai toujours eu l’ambition d’élargir mon champ de compétences et d’aller voir ailleurs. Clairement, je ne m’imagine pas cantonné aux pochettes à cinquante ans. C’est cool, tu peux vraiment t’éclater sur le plan artistique mais c’est comme un mec qui fait des clips: il voudra toucher au long métrage à un moment donné. C’est la même chose pour moi, j’ai envie d’aller explorer d’autres univers. Les affiches de film m’ont inspiré pour plusieurs pochettes. D’ailleurs, la plupart des rappeurs ont des références cinématographiques quand ils viennent te voir. Le problème c’est qu’en France, quand tu bosses avec les rappeurs, c’est un peu compliqué d’aller se revendre ailleurs. Je pense que des gens comme Armen ou Koria doivent rencontrer le même problème. Il y a de grosses barrières dans le cinéma français. Le fait de travailler dans l'urbain peut bloquer avec certains milieux.
Pour en revenir à "L’arnacoeur", je n’ai jamais démarché personne. J'étais avec mon ami David Danési, le patron de Digital District qui m'a mis en contact avec le réalisateur Pascal Chaumeil et Nicolas Duval, patron de Quad. Je ne m'attendais pas à rencontrer autant de personnalités lors de mon premier rendez vous avec eux. Ils m'ont projeté le film dans une mini salle de visionnage très cosy de leurs bureaux. Le briefing fut rapide : de gros enjeux économiques étaient investis et j'avais peu de temps pour réaliser l'affiche. Grosse pression donc et surtout pour une première. De plus, avant de les quitter, on m'apprend que c'est Monsieur Mondino qui avait réalisé le shooting lors de la première séance (non validée pour l'affiche)… Ca m'a mis encore plus de pression sur les épaules. Mais au final, tout s'est bien déroulé et le film a explosé le box-office.

"Pour "L'Arnacoeur", le briefing fut rapide : de gros enjeux économiques étaient investis et j'avais peu de temps pour réaliser l'affiche."

A : Quelles différences vois-tu entre l’industrie du disque et celle du cinéma ?

F : La grosse différence c’est qu’il y a énormément de paperasse dans le cinéma, surtout quand c’est un gros film. Et forcément les budgets n'ont rien à voir avec la musique. C’est également un univers qui est très codifié. Là il s’agit d’un gros film qui marque le retour de Vanessa Paradis, c’est une grosse comédie française… Généralement, les affiches de comédies françaises ont toujours les mêmes codes couleurs. Le souci avec ces gros films c’est que tu dois plaire au réalisateur, aux acteurs, aux producteurs, au public… A tout le monde ! Tu as quinze personnes devant toi qui vont juger ton travail. J’ai fait un gros travail pour le film mais qui a quand même été recalibré par derrière : les couleurs ont été changées, la typo est devenue super basique parce que la mienne était trop compliquée…
Bon, je n’ai jamais bossé avec Jay-Z et il se peut que ça soit le même délire mais, dans la musique, je n’avais jamais été confronté à ça. Généralement, les maisons de disques font quand même confiance à l’artiste, surtout quand il s’agit de Booba par exemple. Si ce que je fais plait à Booba, c’est réglé. En même temps, ça m’a permis d’apprendre et de me frotter à un autre milieu.

A : Si des opportunités se présentent, j’imagine que tu aurais envie de continuer à creuser dans ce milieu…

F : Ouais, j’ai envie de m’y mettre à fond, cette expérience m'a vraiment motivée. Aujourd’hui, quand je bosse sur une affiche de cinéma, je ressens les mêmes vibrations que lorsque je commençais mes premières pochettes. Il y a une étincelle, ça m’inspire ! Et voir son affiche partout dans la France et le monde est une sensation terrible!

A : On a interviewé Armen il y a peu qui nous disait qu’il avait surtout envie de bosser sur la réalisation de clips aujourd’hui, notamment aux États-Unis. Est-ce que c’est quelque chose qui te tente ?

F : Oui bien sûr. Avec la technologie d'aujourd'hui, il y a vraiment matière à s'éclater en vidéo. Pour moi, c'est une évolution logique pour un directeur artistique ou photographe. Mais j'ai besoin d'apprendre aussi bien en photo qu'en vidéo pour vraiment me lancer dedans. Petit à petit...

1 | 2 | 3 | 4 | 5 |