Interview Fifou

19/09/2010 | Propos recueillis par Mehdi

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A : En tant que fan de BD, quelles sont tes références ultimes ?

F : Je suis très franchouillard. J'ai grandi avec Gotlib et tous ses comparses de fluide Glacial (Maester, Edika, Coyote…). Petit je passais des heures à redessiner leurs planches. Mes influences étaient vraiment variées, je suis très bon public en bande dessinée. J'aime autant Étienne de Crecy que Zep, les mangas autant que les comics. J'aime beaucoup aussi El Diablo [NDLR: des Lascars] qui m'a fait saigner la rétine toute mon adolescence [rires].

A : Tu n’as que 27 ans et tu as un book déjà bien rempli en tant que graphiste. Quelles ont été les étapes déterminantes dans ta carrière ?

F : La presse a été vraiment importante parce que cela m’a appris à penser dans l’urgence. C’est un milieu où tu as beaucoup de contraintes, c’est un gros bazar mais c’est un bel apprentissage. Il faut que tu bosses dans l’urgence avec peu de moyens. Surtout dans la presse Hip-Hop hop où les budgets ne sont pas les mêmes que quand tu bosses pour un magazine de mode. Après, l’opportunité de faire les pochettes d’artistes importants m’a propulsé. La pochette du premier album de Lino qui sortait chez EMI m’a permis de rentrer dans le réseau maison de disques et surtout d’être exposé. On ne me connaissait pas forcément avant ça. L’album de Lino et "Illicite projet" sont vraiment les deux disques qui ont donné une autre dimension à ma carrière. Même si "Illicite projet" n’a pas eu les résultats escomptés, ça a fait pas mal de bruit et l’image avait été bien travaillée. Je n’avais pas fait les photos mais c’est moi qui les avait retouchées, qui avaient fait des montages, qui les avaient découpées etc. Ce sont mes deux premières grosses références dans le rap.

A : Comment un illustrateur chez Radikal se retrouve à faire la pochette du Lino ?

F : C'était une évolution logique pour ma part. J'étais un passionné d'images et à Radikal j'ai vraiment appris à maitriser les logiciels d'infographie. Et puis à cette époque, je voyais débouler les groupes de rap au service presse du magazine. Donc de fil en aiguille, j'ai commencé à travailler pour des indépendants sur des logos et flyers. Dans ce microcosme qu'est le rap, si tu es motivé et créatif on peut te tester sur une pochette rapidement. Ma première pochette officielle était celle de Princess Aniès…vu que je ne faisais pas de photo, le livret ainsi que la cover étaient entièrement dessinés. Une fois le pied dans ce "game", je suis devenu accroc, et j'ai eu cette chance de travailler avec Lino assez vite.

"Je suis assez critique envers mon travail. Je dois faire un site aujourd’hui mais, pour moi, il n’y a rien à mettre dedans."

A : Avec le recul, quel regard tu portes sur tes premiers travaux ? Est-ce qu’il y a des choses que tu considères comme des ratages a posteriori ?

F : Je suis assez critique envers mon travail. Par exemple, je dois faire un site aujourd’hui mais, pour moi, il n’y a rien à mettre dedans. Finalement, je ne suis pas satisfait de ce que j’ai fait. On est dans une performance quotidienne et, à mon sens, ce que j’ai fait il y a un mois est déjà dépassé. Au départ, je bossais pas mal à l’arrache et je trouve que mes premières photos étaient floues, mal étalonnées… Mes ratages étaient surtout photographiques, n'ayant pas reçu de formation professionnelle dans ce domaine. Ensuite, quand tu bosses avec des clients, tu réponds aussi à une demande. Tu ne fais pas forcément ce que tu veux, surtout quand tu es en maison de disques…
Par exemple, tu peux te retrouver face à un mec qui n’aime pas poser. Tu vas alors être obligé de te démerder pour pondre quelque chose qui convienne même si ça ne rentre pas dans tes plans initiaux. Au final, il y a plein de pochettes que j’ai faites dont je ne suis pas forcément fan. Attention, il y en a plusieurs que j’aime également ! En tout cas, tant que je n’aurai pas une totale liberté, je ne serai pas vraiment satisfait.

A : Quel est ton meilleur souvenir ?

F : [Il hésite] Il y a eu le travail sur l’album de Mokobé, le premier album de la Fouine… Tout le travail autour de Booba avec qui je me suis vraiment éclaté en terme de création. B2O m'a toujours guidé tout en laissant libre court à mon imagination. Sur les campagnes Unkut, j'ai vraiment de bons souvenirs "photoshopiens" [rires].

A : Justement, je voulais revenir sur "0.9" qui a un très joli livret mais dont la pochette a beaucoup fait parler. Les précédentes pochettes de Booba avaient souvent un double sens et celle-ci n’a pas été très bien comprise par le public… Où est-ce que vous avez réellement voulu aller ?

F : Je t'avoue que je me suis fait pas mal allumé sur cette cover [rires]. Les gens s'attendaient au grain Fifou, avec des montages de partout, des effets de flairs que l'on retrouve partout… Mais avec Booba, on ne voulait faire que de la photo pure, sans forcément d'effets photoshop. On s'était déjà bien lâché graphiquement sur ses campagnes et on a donc pris le parti de réaliser une pochette épurée et simple. Mais comme je te l’ai dit, tu n’as pas forcément le veto pour dire "c’est ça et rien d’autre". C’est quand tu bosses avec des indépendants que tu as le plus de libertés. Prends quelqu’un comme Chris Macari. On lui a souvent reproché d’avoir réalisé des clips beaucoup plus forts pour des mecs ghetto que ceux réalisés pour des rappeurs plus établis. C’est sûrement dû au fait qu’il ne jouissait pas de la même liberté et je le comprends complètement.

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