Interview Big Boi

Le 18 mai dernier, la moitié d'OutKast a fait escale à Paris pour présenter l'explosif "Sir Lucious Left Foot : The Son of Chico Dusty", son premier album solo. Entrevue brève - mais grisante - avec une vraie légende vivante.

12/07/2010 | Propos recueillis par JB | English version

Interview : Big Boi

Abcdr du Son : Quelles différences y a-t-il eu entre cette expérience en solo et les albums d'OutKast qui l'ont précédés ?

Big Boi : C'était à peu près la même chose. Andre [NDLR : Andre 3000, son partenaire dans OutKast] et moi, nous sommes tous les deux producteurs. On écrit, on fait les arrangements, on s'occupe de tous les aspects de la musique. Depuis "Aquemini" jusqu'à aujourd'hui, on travaille dans des studios séparés, puis on se retrouve dans la même pièce, on balance tout sur la table pour créer des trucs ensemble. C'est toujours une bonne expérience.

A : Pendant ta conférence de presse, tu as dit que tu avais travaillé "en équipe" sur cet album. Cette équipe, elle consiste en quelles personnes ? Andre et toi ?

B : Oui, Andre est… Je ne dirais pas qu'il est là en tant que tel lors des enregistrements mais dès que j'ai mis à plat certains titres, je vais à sa rencontre, je lui joues des sons et recueille son avis. Est-ce que j'ai besoin de faire ci ou ça, des trucs du genre. C'est mon partenaire donc son jugement compte toujours énormément pour moi.

A : Comment votre relation a-t-elle évolué au fil des années ?

B : Rien n'a changé, mec. Je connais Andre depuis le CM1. J'ai dormi par terre dans sa chambre pendant ma dernière année de lycée. C'est la famille. Même avant la musique, c'était lui et moi. La musique, c'est quelque chose qu'on a rêvé. On voulait que ça arrive, on voulait créer le groupe OutKast et faire la meilleure musique, du mieux qu'on pourrait. On vit toujours ce rêve, mon pote.

A : Quand tu vois le chemin parcouru, ça t'étonne encore ?

B : A fond ! C'est mortel, carrément. La meilleure sensation, c'est de voir les gens accepter et aimer la musique. Ça, ça donne la motivation pour remettre ça et faire encore mieux.

A : Plusieurs titres qui ont filtré sur le net comme 'Royal Flush' et 'Something's gotta give' ne sont finalement pas sur ton album. C'était un crève-cœur de ne pas les inclure ?

B : Non, pas du tout, car j'avais enregistré une quarantaine de titres et je voulais réduire le nombre à 14 titres pour la version normale de l'album. Mais 'Royal Flush' sera sur la version Deluxe. Je mettrai aussi cinq, six clips avec une ou deux chansons en plus. Donc tout va être mis à contribution au final.

A : Pourquoi est-ce qu'il t'a fallu autant de temps pour sortir cet album ?

B : Ce qui a pris du temps, ce sont les divergences créatives que j'avais avec mon ancien label. OutKast s'est retrouvé chez Jive Records, et ce sont des gens qui ne comprenaient pas notre manière de faire de la musique. On n'arrivait plus à s'entendre, je n'étais plus heureux chez eux. Donc il y a quelques mois, nous nous sommes mis d'accord pour que je puisse quitter le label et poursuivre ma carrière chez Def Jam. L.A. Reid [NDLR : président de Def Jam] a lancé OutKast, il nous comprend et il nous donne une liberté totale.

"Le but, c'est tout simplement d'assassiner le son. Et ça, ça m'excite grave. "

A : Mais qu'est-ce que voulait Jive Records au juste ? T'es quand même Big Boi d'OutKast !

B : Je sais ! Ils veulent faire de la musique formatée, bien commerciale pour les radios. Mais c'est pas ce qu'on fait. Et puis j'ai reçu un coup de fil de L.A., je lui ai expliqué ce qu'il se passait. Il m'a dit "Allez, reviens à la maison."

A : OutKast est l'un des groupes de rap les plus populaires de tous les temps. Est-ce que ça a pu avoir un désavantage ?

B : Non… Le seul vrai désavantage, c'est le fait d'être chez Jive Records [rires]. Mais ça va, c'est cool… [un peu embarassé] Maintenant je suis chez Def Jam !

A : A la sortie de "Speakerboxxx / The Love Below", le succès de 'Hey ya' a donné l'impression que ta partie de l'album avait été un peu ignorée. Tu l'as ressenti comme ça ?

B : Je ne sais pas. Je pense que tout le monde a compris le message. C'était un double album, 'The way you move' et 'Hey ya' se sont battus pour la première place au sommet des charts. Je pense que les gens ont pigé les deux albums. Voilà ce que fait Andre, voilà ce que fait Big Boi. Ils ont kiffé. Et quand mon album sortira, il n'y aura pas d'erreur possible. Aucun doute là-dessus.

A : Cee-Lo et Andre ont pris des chemins différents : Cee-Lo est maintenant un chanteur à part entière tandis qu'Andre reste ce type un peu étrange que le public rap a du mal à suivre. Toi, tu es resté celui qui rappe. Tu n'as jamais été lassé par le genre ?

B : Non mec, j'aime être un MC. Ecrire des chansons, c'est du kif, et c'est un défi, surtout par rapport à notre musique car elle n'a aucun mode d'écriture prédéfini. On accorde une grande fierté au fait de découvrir de nouvelles cadences, de nouveaux schémas de rimes, de nouveaux sujets. On prend du plaisir comme ça. Le but, c'est tout simplement d'assassiner le son. Et ça, ça m'excite grave. J'adore tuer le truc. 

A : Il y a des artistes qui te mettent la pression en ce moment ?

B : Non, il n'y a pas de compétition. Tout ce qui compte, c'est d'aimer ce qu'on fait. Quand tu assures et que tu mets la barre haut, peu importe ce que font les autres. Ils ne peuvent qu'accepter ce que tu fais. Je ne considère pas ça comme une compétition car je n'ai rien à prouver.

A : Dans ton album, les cuivres occupent encore une place importante, sur des titres comme 'General Patton' ou 'Night Night'. Ça fait partie de ton ADN musical ?

B : Carrément. J'ai toujours kiffé les cuivres. Ça apporte une densité à la musique – surtout avec des mecs comme les Hornz Unlimited. On travaille avec eux depuis le morceau 'Spottie Ottie' dans "Aquemini". Ils sont là depuis des années, ils font partie de mon live band sur scène. Je fais de la power music et les cuivres, c'est tout ce qu'il y a de plus puissant.

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