Interview Kohndo

22/10/2002 | Propos recueillis par Nicobbl avec Aspeum

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A : Tu vas faire de la scène avant de sortir ton album dans les bacs, c'est une démarche alternative, atypique dans le rap, pourquoi ce choix ?

K : J'estime que mon premier juge sera mon public, si le morceau parle de lui-même, alors j'aurai gagné. Mes morceaux je les aurai testé, ils auront une dimension. Et au delà de ça, je considère que mon album est un message, et il prend du coup toute sa valeur une fois diffusé. Je sais que quand j'ai fait 'La Partition' au Batofar, il s'est passé quelque chose. J'ai vu des gars d'1m90, presque la larme à l'�il, et des moments comme celui-ci valent 100 disques d'or. La scène, c'est aussi rencontrer des gens, voir ton public, aussi varié soit-il, qui vient te voir. Rien n'est plus beau.

A : Qu'est-ce que tu as de prévu pour l'instant au niveau des concerts ? Tu as déjà des dates ? Tu as l'intention de faire les concerts en solo ?

K : Je serais le 8 Octobre au Batofar, avec Insight et Octobre Rouge. Dans l'absolu je vois la scène avec un DJ et un MC. Mais je pense que ma musique prendra tout son sens quand je serai au sein d'une formation type The Roots avec un DJ en plus, c'est quelque chose que j'aimerais beaucoup.

A : Dans un des morceaux de l'album, tu dis "moi et mes gars on est la crème, et quand le micro on manipule, c'est pour être maître", qui sont aujourd'hui les personnes autour de toi ?

K : Ahh�.ça me fait vraiment plaisir d'entendre ça ! Nan ça me fait plaisir, parce qu'il faut que je rende à César ce qui appartient à César. Aujourd'hui, on me voit beaucoup comme un artiste solo, mais il y a des gens derrière.

Tout d'abord, il y a toute l'équipe de production. Commençons par Yvon. Yvon, il est dans des atmosphères à la Spinna, sans avoir jamais écouter Spinna, c'est moi qui lui ai fait découvrir. Il est dans des ambiances très planantes, mystiques, tu l'écoutes et tu te laisses emporter. Si ses atmosphère sont légères, ses beat sont lourds. Yvon c'est 'La Partition', 'Paris son âme', 'Trop de haine'. Stix lui est plus brut, dans l'esprit d'un Joey Chavez, Peanut Butter Wolf. Il est aussi influencé par un DJ Premier ou un Pete Rock, mais tout en conservant sa personnalité, et en y apposant sa touche Jazz, Rock, Weather Report... Le troisième producteur, Jee2Tuluz, c'est vraiment celui que je connais depuis le plus longtemps, il était déjà là sur "Jungle Boogie". Il avait fait le morceau 'Dos au mur', avec une ambiance très Funk. Jee c'est vraiment celui qui me connaît le mieux, il sait vraiment être à mon écoute. Il a tellement de palettes, et son propre toucher. La texture de son son est toujours très clean, mais aussi très lourd, en place. Il a fait 'Amour et Peine', et 'J'arrive Phat'. Il est très Soul music, dans des ambiances presque Rythm & Blues. Jee2Tuluz, c'est vraiment mon assoc', si demain j'étais flemmard, et si je voulais faire un hit, je l'appellerai et je l'aurai mon hit. (rires)

Après au niveau des Emcees, il y a Specko la fine pointe. Il est originaire de Clichy, et bosse souvent avec DJ Authentik, qui est lui aussi un élément important de mon travail, même s'il n'apparaît pas sur mon album. J'ai tellement essayé de viser au plus juste, que le scratch n'a pas eu la place qu'il aurait mérité au sein de mon album. Mais pour mettre un scratch, il faut l'avoir bien pensé avant, pour que ça prenne une réelle couleur à la fin. Je travaille aussi avec DJ Hitch, alternativement. Avec Specko la pointe, on partage le même background musical. On s'échange beaucoup de disques. Quand on rappe ensemble, il y a une véritable alchimie, même si on aborde pas le phrasé de la même manière. Il est plus rigide que moi, mais aussi bien plus efficace, avec un grain de voix hallucinant, et un coté nasillard fort. Enfin, Gas, qui lui est originaire de Lyon, ancien de l'écurie Medina, et qui mène aujourd'hui une carrière solo. Avec tous ces gens on forme une vraie équipe.

A : Depuis le début de l'interview, je suis étonné de voir combien Kohndo l'homme peut être similaire à Kohndo le rappeur. Tu développes une vision très personnelle et à la fois très intimiste, tu te livres beaucoup dans ton album, c'est quelque chose d'assez rare aujourd'hui. C'est une démarche que tu aurais aimé voir de la part de plus de rappeurs ?

K : Je suis un peu déçu de voir combien les gens ont toujours besoin de mettre une façade pour se protéger. Quand j'ai décidé d'être Kohndo, et plus Doc Odnok, j'ai décidé d'être moi-même, et de ne plus jouer un rôle. On est pas nombreux à pouvoir s'exprimer artistiquement parlant, sortir c'est difficile. Je laisse une trace avec cet album, et si demain je dois disparaître, je pourrai me dire que cet album c'est moi, pas quelqu'un d'autre. Cet album, je ne pourrai pas le regretter, j'ai été trop sincère pour ça. J'ai retiré tout ce qui pouvait être équivoque, je suis donc content qu'on ressente ça, c'est ce que je voulais, car pour moi il n'y a pas d'intérêt à être quelqu'un d'autre. Ce serait vivre dans le mensonge, et je refuse de vivre dans le mensonge. Il est grand temps d'avancer dans la vérité et avec dignité. Cet album, si demain je dois disparaître, sera le gage de cette dignité.

A : Je ne sais pas si c'est lié, mais il faut que tu m'expliques la phrase suivante, quand tu dis "ma dernière vision sera un chauve armé d'un gun, si le diable a une gueule coupable, d'autres ont la même sans blague". C'est une allusion à Booba ?

K : Si j'ai fait cette allusion, c'est déjà parce que j'aime bien ce que fait Booba. Cette phrase là m'avait bien marqué. Et aujourd'hui Booba représente quelque chose, le rap hardcore, et c'est absolument nécessaire qu'il soit présent. Car si lui n'est pas présent, moi je n'ai pas non plus de raison d'être. Ce sont deux visions du rap, et deux visions de la vie et du monde. Il montre une réalité dans laquelle des milliers de personnes se retrouvent. Moi, je voulais insister là-dessus, afin de dire que si cette vision très négative, bien que réaliste, existe, moi je peux montrer une autre réalité. Cette phrase est juste là pour attirer l'attention, mais elle n'est pas personnelle. J'ai partagé un bout d'existence avec Booba et c'est quelqu'un que j'apprécie, même chose pour Ali, on a été au lycée ensemble. Après le discours de Lunatic a son impact, et j'ai le droit moi aussi de vouloir avoir mon impact. J'oeuvre pour les miens, mais d'une autre façon.

A : Le discours que tu tiens là, est quelque part à contre-courant des tendances actuelles.

K : Finalement, le plus hardcore des deux discours c'est le mien. C'est beaucoup plus difficile d'être nuancé, en disant que le monde dans lequel on vit a aussi sa part de lumière, que d'affirmer que tout est sombre. C'est lutter contre la masse. Là où Booba va réellement exprimer sa pensée, d'autres ne vont faire qu'emprunter ce discours pour avoir accès à une popularité, là où d'autres personnes sont convaincues, au point d'en adopter le mode de vie. Quand t'es convaincu d'une chose, je ne peux pas te faire de reproches de ce pourquoi tu es convaincu, moi je m'oppose en disant que je suis de toute façon convaincu du contraire. Mon but de toute manière n'est pas d'être populaire, j'aurais aimé l'être, mais à l'heure qu'il est, je préfère cent fois le peu public que j'ai à 300 000 personnes qui m'adulent. Mon but c'est de dire ce que je pense. Encore une fois pouvoir s'exprimer c'est une vraie chance. J'ai des cousins au Bénin et au Togo qui ne peuvent pas tout le temps s'exprimer, donc quand on a cette chance, on se doit de bien l'utiliser.

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