Interview Fred Yaddaden

06/06/2010 | Propos recueillis par Julien avec Zo., Greg, Nicobbl et Shadok.

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A : Pourquoi avoir appelé ton album "The Shadow of a rose" ?

F : Ça reprend tout simplement le passage d'un morceau de Pearls Before Swine que j'ai samplé pour mon intro. C'est l'idée générale de mon disque, "l'ombre d'une rose", la rose symbolisant la personne aimée et son ombre, son départ.

A : On ne retrouve pas d'explications "titres par titres" dans le livret, comme peuvent le faire certains producteurs. Pourquoi ce choix ?

F : J'aurai pu le faire mais sur un plan technique uniquement, comment j'ai construit le morceau... Après, expliquer le pourquoi du comment, pour de la musique instrumentale, j'ai du mal, je trouve ça con. Ça fait un peu branlette cérébrale et très "Regardez ! Ce que je fais est très conceptuel, chaque son a une signification propre, rien n'est anodin !". Je ne suis pas très curieux des motivations des artistes. Quand je tombais sur des explications de projets instrumentaux, ça me passait vraiment au-dessus, j'ai jamais rien compris, j'avais l'impression d'écouter un disque totalement différent.
J'ai une vision très terre-à-terre de la musique, et le seul critère qui prévaut est l'esthétisme qui en ressort. En gros : est-ce que ça sonne ou pas ? D'une part, en tant qu'auditeur, je me fous de savoir ce que le producteur a voulu transmettre comme idées, je veux simplement que la musique me parle et après je fais ma sauce et j'en retire ce que je veux. Et c'est pour ça que je ne donne que très peu d'explications concernant mon album bien qu'il y en ait une pour chaque titre. Je suis un peu allergique au fait "d'expliquer la musique", je veux juste la ressentir. Et du coup, je présente mon album de la même façon que j'écoute la musique. Je donne juste quelques clés de départ, pour présenter l'idée générale et j'espère que c'est bien suffisant.

A : Si "The Shadow of a rose" devait raconter une histoire, ce serait quoi ?

F : Ce serait l''histoire d'une personne célibataire qui, au bout d'un certain temps, rencontre quelqu'un. Ils vivent envers et contre tout de belles choses mais très vite, ça devient laborieux et l'un des deux décide de partir. Il y en a un qui reste sur le carreau, et l'autre on sait pas trop. Une histoire super originale quoi ! [rires]

"Je voulais vraiment faire un disque de chevet que t'écoutes au casque, donc seul. Une sorte de musique de chambre version abstract hip hop. "

A : L'album reste pourtant constamment grave, un peu triste et mélancolique, comme s'il n'y avait pas réellement de moments heureux dans cet amour. C'est quelque chose que tu as fait consciemment ?

F : Non, pas du tout. On me l'avait fait remarquer une fois le disque terminé. Et si on ne m'avait rien dit, je ne pense pas que j'aurai relevé. Et c'est vrai qu'en tenant compte de ce que l'album est censé raconter... c'est pas une histoire d'amour hyper funky ! Le morceau 'Trois mois' est peut-être bien le seul qui pourrait caractériser ces petits moments suspendus où t'es sur ton nuage. Mais même à la fin, avec le dialogue, il y a un moment de doute. Je ne sais pas trop du coup... Probablement que les moments heureux - dans mon album - ne sont pas vécus pleinement parce qu'il y a toujours ces interrogations, ce doute quant à la relation et le chemin qu'elle peut potentiellement prendre [sourire].

A : Si on se place dans cette optique d'un album retraçant une relation, la treizième piste de l'album, 'Golden Omen ?' est le moment où elle bascule (sample de voix avec un homme qui quitte une femme)... Dans ce cas, pourquoi l'avoir intitulée 'Golden Omen ?' ?

F : "Golden Omen?", si je dis pas trop de conneries, ça veut dire, littéralement,  "Avenir radieux ?", le point d'interrogation ayant son importance. Le dialogue laisse en suspens la séparation...c'est fini, pas fini ? Y en a un qui veut mettre fin à cette histoire, l'autre pas. C'est ce genre de moments dans une relation où tout ne va pas comme on veut. Alors soit on s'assoit et on discute et on voit ce qu'on peut faire pour sauver le navire, soit on arrête tout avant de se manger un mur qui est inévitable... Et le titre de ce morceau est aussi un double clin d'œil, mais c'est accessoire [sourire].

A : L'album a quelque chose de très intime et personnel. De mon point de vue, c'est un disque qu'on écoute seul, pas avec d'autres personnes... Tu le voyais de cette façon aussi ?

F : Oui ! Je voulais vraiment en faire un disque de chevet que t'écoutes au casque, donc seul. Une sorte de musique de chambre version abstract hip hop. C'est toujours en référence à comment moi, auditeur, je peux écouter de la musique et comment j'aime en écouter.

A : Tu penses que "The Shadow of a rose" est adaptable sur scène ?

F : Oui, ça doit être possible de faire quelque chose de pas trop chiant mais je le verrais alors plus comme un spectacle vivant qu'un concert pur et dur. A moins de monter un vrai spectacle - qui demande donc du temps et beaucoup de moyens, je ne vois pas vraiment l'intérêt de rester deux heures derrière ses platines, sa MPC ou son laptop. C'est pas le truc auquel je rêve d'assister, quelle que soit la notoriété de l'artiste. Mais bon, pour l'instant, je n'ai de toute façon aucune envie particulière, je ne tiens pas forcément à défendre ma musique sur scène et encore moins pour cet album.

A : Pourquoi ? Besoin de passer rapidement à autre chose ?

F : C'est en grande partie pour ça, oui. J'ai envie de nouveauté, de faire autre chose, bosser sur un autre projet, et consacrer mon temps uniquement à ça. Ça fait 4-5 ans que j'ai mon album terminé sous le coude, et j'ai envie de faire autre chose. Non pas que j'en sois lassé, mais j'ai envie d'un truc plus frais.

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