Interview DJ Clark Kent

Le mot "légendaire" va bien à celui qui a découvert Notorious B.I.G., Jay-Z et Shyne. DJ, producteur, consultant pour Nike, Rodolfo Franklin est un homme très occupé. Il a quand même pris le temps de nous accorder une longue interview où il évoque sa carrière DJ, le phénomène Serato, le business de la radio et pourquoi Gucci Mane est le meilleur rappeur actuel.

30/05/2010 | Propos recueillis par The Unseen Hand avec JB & Nicobbl | Photos : DR | English version

Interview : DJ Clark Kent

Abcdr du Son : Que fait Clark Kent ces jours-ci ?

DJ Clark Kent : Clark Kent se remet à la musique ! J'essaie de m'aligner avec des artistes qui me semblent justes, des gens comme Joel Mark'Que, The E.N.D., Sandman, Curt@!n$, Fred The Godson, Maf. Il y a aussi ce nouveau venu qui s'appelle Gilberte Forte et je me prépare aussi à bosser avec Jay Electronica. J'avais arrêté de m'impliquer dans la musique, vie personnelle oblige, car la musique n'avançait pas au même rythme. Puis Fred préparait son truc, il m'a appelé pour me demander d'y participer mais j'étais un peu hésitant. Ensuite Joe a appelé, des projets plein la tête et ma réponse ne changeait pas : "OK, peut-être". Et puis tout le monde s'y est mis : Sandman, Curt@!n$ et Maf – tous voulaient que je travaille avec eux. Je traversais des soucis personnels, tout ce qui m'importait était de les régler, mais désormais j'ai pu remettre de l'ordre dans ma vie. Je suis de retour dans la musique car la musique n'a jamais disparu de moi. Et puis je suis toujours DJ un peu partout.

A : Tu es passé par où récemment ?

C : Je reviens de Taïwan, avant ça j'avais traversé pas mal d'Etats aux Etats-Unis. Là, je vais faire le All-Star Week-end, le Super Bowl et quelques spots à New York. Ça fait longtemps que j'ai pas joué là-bas.

A : Les gens, qu'est-ce qu'ils réclament en club actuellement ?

C : Ils veulent simplement quelque chose qui claque. Ce n'est pas vraiment une affaire de style – et puis je ne demande jamais au public ce qu'il veut, j'essaie de faire en sorte que le public croit en ce que je fais. J'essaie d'apporter aux soirées une énergie que le public ne rencontre pas en temps normal. La plupart des gens jettent un œil au Top 40 pour faire leur programmation. Si je me contente de faire ça, alors je ne suis rien d'autre qu'un DJ lambda et il n'y a aucune raison de me payer différemment d'un autre DJ. Mais vu que je veux être bien payé, il faut que je sois meilleur que mes concurrents.

A : Tu utilises Serato ?

C : Oui, maintenant je le fais. Il m'a fallu du temps pour m'y mettre, j'ai commencé il y a deux, trois ans. Dieu ait son âme, DJ AM n'arrêtait pas de me répéter qu'il fallait que j'utilise Serato. Pareil avec Stretch Armstrong. C'est lui qui m'en a parlé le premier.

"Quand il s'agit de musique, il n'y a rien de nouveau pour moi, mes oreilles sont partout."

A : Tu penses que tu maîtrises bien l'outil désormais ?

C : Non, je ne l'utilise pas comme les autres DJ Serato. Je l'utilise encore comme si je travaillais avec de vrais disques. Je n'ai pas un tas de points repères pour tricher – je l'utilise toujours comme de vraies platines.

A : Tu as vu que Panasonic allait stopper la production des platines Technics ?

C : J'aurais du être dévasté par la nouvelle car selon moi, ce sont les meilleures platines jamais construites. Mais je dois dire que j'ai utilisé une paire de platines Stanton et des Vestax qui étaient mortelles. A mon avis, s'ils ne veulent plus fabriquer de platines, c'est parce qu'il y a trop de DJ qui bossent avec  des CD et des CD-J. C'est leur choix, le mien est de rester fidèle aux platines. Et puis j'ai un bon stock de platines donc je suis à l'abri.

A : Quels sont les 5 morceaux dont tu es sûr qu'à chaque fois que tu vas les passer, les gens vont devenir dingues ?

C : 'One more chance' de Biggie, 'Jigga my Nigga' de Jay-Z, 'You Don't Know' de Jay-Z – celui-là c'est un monstre, et d'ailleurs ça m'étonne toujours car le son est tellement dur, t'imagines pas une seconde qu'en allant le jouer en Italie, les gens vont aussi péter un plomb. C'est difficile de dire quels morceaux sont infaillibles à 100%, mais n'importe quel titre dansant de Michael Jackson fonctionne. [il réfléchit] Je n'ai pas de botte secrète car ce n'est pas ma manière de faire. Je ne joue pas à partir d'une playlist, je joue à partir de mon cœur. A chaque soirée, ça va être différent mais ce sera toujours juste – je mettrai le feu quoiqu'il arrive.

A : Comment imagines-tu ton évolution en tant que DJ pendant les années à venir ?

C : Mon point de vue est le suivant : la seule chose qui change vraiment pour un DJ, c'est la musique. Et tant que je reste au top niveau musique, je ne serai jamais à la ramasse. Quand il s'agit de musique, il n'y a rien de nouveau pour moi, mes oreilles sont partout. Je prends tellement soin de la musique que je suis capable d'appeler un pote au Japon pour savoir quel est le morceau qui cartonne le plus sur place. Je vais passer le même coup de fil en Italie, à Londres… Je voyage tellement, où que j'aille je vais entendre une nouveauté et essayer de comprendre le phénomène qui l'entoure. Personne en dehors de Baltimore ne jouait de la Baltimore House Music mais je l'ai pris et l'ai joué partout où je suis allé. Aujourd'hui tous les DJ new-yorkais en joue, moi je me dis "Merde, pour moi ce truc a déjà 10 ans !". Maintenant ils s'y mettent, on en entend partout, mais les DJ ne réalisent pas qu'ils en jouent  en croyant jouer de la drum n'bass. Prend un morceau de Dizzee Rascal : tu peux appeler ça de la house, du garage ou de la drum n'bass, mais si tu vas à Baltimore, tous les morceaux ont le même son. La Baltimore, chez nous, c'est l'équivalent du garage en Europe. Comprendre ça, c'est le genre de chose qui permet à un DJ de sortir son épingle du jeu.

1 | 2 | 3 | 4 | 5 |