Interview Slow Motion Soundz

02/05/2010 | Propos recueillis par JB | English version

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A : C'est les concerts qui vont faire de Slow Motion Soundz une entreprise viable ?

C : Nous avons de vrais fans. On va se concentrer sur le merchandising. Pas forcément une ligne de vêtements, ça peut aussi être du téléchargement de chansons sur les portables. Nos fans veulent faire partie de notre mouvement. Il va y avoir la thune des concerts, et la possibilité pour les gens d'acheter notre musique en ligne. Après une année de taf, à faire le tour du monde, les gens voudront acheter le prochain disque, qu'il soit physique ou digital.

A : Codie G, vous avez un travail en dehors de la musique, c'est une chose que peu d'artistes révèlent en général. Quel est votre métier ?

C : Je travaille à la base militaire d'Huntsville. C'est ce qui porte l'économie locale alors j'ai de la chance d'avoir ça. C'est rare que des gens reconnaissent qu'ils ont un boulot tout en faisant de la musique. Mais pourquoi ne pas le dire ? J'ai l'impression qu'il n'y a que dans le hip-hop que les gens veulent refuser d'être intelligents. Mais les choses changent : l'intelligence devient le nouveau gangsterisme.

A : Et comment trouvez-vous l'équilibre entre musique et vie professionnelle ?

C : Mon boulot, c'est mon business. Avec ou sans la musique, je dois subvenir aux besoins de ma famille. Même si je vendais de la came, je devrais trouver un équilibre entre la rue et le studio. Des artistes comme G-Side, tout le monde hallucine quand ils parlent de leur vrai métier dans leurs morceaux. Quand Kristmas a dit qu'il remplissait le formulaire W-2 [NDLR : formulaire d'imposition aux Etats-Unis], j'ai tout de suite kiffé. Il y a tant de gens qui écoutent du rap ghetto sans vivre le ghetto. Cette rime est destinée à tous ces gens qui travaillent. Respect à Kristmas pour cette rime. Elle a donné une identité au mec lambda qui a eu un diplôme, qui travaille, qui prend soin de sa famille, et qui touche un salaire. Je pense que si cet aspect de l'homme noir est montré plus souvent, ça en inspirera d'autres à emprunter ce chemin.

A : Combien de temps êtes-vous resté dans l'armée ?

C : J'ai servi pendant presque huit ans. Un jour, un vieil homme m'a dit que j'allais voir au moins l'un des trois "R" dans ma vie : "pénitentiaire", "militaire" ou "cimetière". J'ai choisi "militaire". Je venais d'avoir mon premier enfant, je travaillais à l'usine, ma vie n'allait nulle part. Des amis à moi se faisaient tuer, d'autres partaient en prison alors j'ai choisi de faire autre chose. Ce qu'il faut savoir sur l'armée, c'est que ce n'est pas du tout une partie de plaisir. Certains mecs sont respectés parce qu'ils ont connu la prison, mais l'expérience militaire est tout aussi fascinante.

A : De quelle manière l'armée a influencé votre vision pour le label Slow Motion Soundz ?

C : Très bonne question. La première chose serait la notion d'équipe. Tu n'es rien sans le soutien des autres. Il y a de grands artistes solo, mais une équipe est bien plus solide. Et puis, quand chacun y met du siens, inutile de redoubler d'efforts. Tout ce qu'il faut, c'est que chacun fasse ce qu'il sait faire de mieux. Le deuxième point, c'est que j'ai pu prendre conscience que l'on avait le niveau pour réussir, même si l'on venait d'Huntsville. Le fait de me confronter à toutes ces cultures a été un énorme plus. La musique m'a accompagné pendant tout mon voyage. Je suis allé à mon premier poste d'affection en écoutant les maquettes du premier album de Mata en 2000. En 2003, j'écoutais VSOP dans un Humvee en plein cœur de l'Irak. En 2005, j'écoutais les Hood Headliners en jouant aux dominos en Corée du Sud. Je grandissais, je découvrais le monde, et ma bande originale, c'était la musique d'Huntsville. Pendant les bons et les mauvais moments.

A : Il y a actuellement un gros engouement autour de l'Alabama. Qu'est-ce qui va permettre à la scène d'Huntsville de se solidifier dans le futur ? Et quelles pourraient être les erreurs à éviter ?

C : Je vois ce qui se passe en Alabama. Je vois les villes de Gump, Bham, Mobile et toutes les autres aux alentours. L'Alabama est on fire. Ta question portant sur Huntsville, je ne vais parler que d'Huntsville. Nous devons rester en mouvement. Si on ne le fait pas, on est cuit. Je viens de voir sur Twitter que Tam est entrée en playlist à la radio. 6 Tre G passe à "106 and Park", PRGz ont signé chez E1, Jackie Chain a du buzz, Ben Frank a produit le morceau 'Ain't I' pour Yung LA, lui aussi il bouge. G-Side entame une tournée internationale, la cote des Block Beattaz augmente, G-Mane s'occupe de jeunes talents… Nous devons aussi sortir du hip-hop et trouver des talents dans d'autres domaines pour montrer la diversité de cette ville. L'erreur serait de ne pas partager notre réussite. Si une seule personne doit profiter de ce succès alors on est dans la merde. Toutes les personnes que je connais à Huntsville ont trouvé une place sur un projet Slow Motion Soundz. Si on partage tous la même assiette, on va arriver à saturation. La dernière chose, c'est l'esprit Alabama. Si nous oublions qu'on se bat pour 'Bama, on est perdu.

A : Comment imaginez-vous le label dans dix ans ?

C : Je nous vois comme une confortable entité indépendante qui travaillerait aussi bien avec les majors que les indépendants. On a ce qu'il faut pour nous maintenir dans ce climat changeant, grâce à une fondation vieille de dix ans.

 

Télécharger "The Huntsville International Project"

 

Photos : http://patrickbuckleyphotography.com

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