Interview Slow Motion Soundz

02/05/2010 | Propos recueillis par JB | English version

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A : Le fait d'avoir samplé Robert Miles dans le morceau 'Rollin'' de Jackie Chain illustre bien cette stratégie. 'Dreams' est une chanson qui tournait en boucle en France quand j'étais plus jeune, et c'est ce qui m'a fait découvrir votre musique. Le morceau était connu en Alabama à l'époque ?

CP : Le sample était mortel, il me semble qu'on l'a découvert à la télévision ou dans un film. Honnêtement… On n'écoute presque pas de rap en dehors du studio [rires]. Donc on est assez ouverts. Mais on fait de la musique pour que les gens écoutent le message. Le beat, c'est l'élément bonus qui te fait accéder au message. Nous ne voulons plus faire une musique locale. C'est intéressant que ce sample soit un de tes préférés, car de notre côté, si nous voulons que le monde nous écoute, nous devons faire de la musique à laquelle le monde pourra s'identifier. Notre point de départ, c'est Huntsville, mais nous diffusons notre message dans un format mondial.

C : Je suis né avant que MTV passe du hip-hop, ou même des clips tout court. Quand les clips sont arrivés au début des années 80, on ne voyait que de la musique européenne à la télévision. A l'époque, il n'y avait pas de NWA. Le vendredi soir, c'était Annie Lennox, Boy George, les Beatles… A la maison, nos parents écoutaient Bobby Womack ou Teddy Pendergrass, mais à la télé, c'était 100% européen.

CP : Je me souviens, mon clip préféré, c'était 'Sledgehammer' de Peter Gabriel ! [Codie G se marre]. Billy Idol, Naked Eyes, REM… Ces trucs-là m'ont suivi pendant toutes ces années. Leurs mélodies sont incroyables, elles t'enivrent autant qu'un verre d'Alizé. Genre le morceau 'Broken Wing', pfffff… Aujourd'hui encore ça marche. Ce sont des chansons intemporelles, et c'est ça qu'on veut présenter.

A : Vous entretenez des liens solides avec la Grande Bretagne. Peut-on espérer des collaborations avec des artistes français, anglais, allemands ou russes dans le futur ?

C : Nous sommes prêts à faire de la bonne musique avec n'importe qui. On vient d'enregistrer un titre à partir d'un sample de Hudson Mohawke. CP a très envie de bosser avec Lady Leshurr en Angleterre. Notre single 'My aura' a été remixé par Punani SS en Norvège. Alors oui, on est partant pour travailler avec des artistes transatlantiques. C'est là que le nouveau son se trouve. On veut mélanger les sonorités culturelles de la même façon qu'on a mélangé les genres musicaux.

CP : Par exemple, j'aime beaucoup le son de ces mecs qui bossent avec les DipSet, S.A.S.. Rien que leurs accents. Et maintenant que j'y pense, il y avait aussi ce rappeur en France... Je crois que son nom c'est Solaar. J'aimais beaucoup sa musique. Pour moi, c'est une combinaison parfaite : prendre des sons et les amener dans d'autres contextes.

A : Quelles ont été les personnes qui ont permis à Slow Motion Soundz de toucher les pays étrangers ?

Codie G : Grâce à plusieurs journalistes, nous avons pu toucher les marchés étrangers. Des gens comme Rob, Dave et Superix du site Southern Hospitality par exemple. Ils travaillaient pour le magazine Hip-Hop Connection avant qu'il s'arrête et ont parlé de Huntsville dans les six derniers numéros. A Vancouver, Lee Henderson a écrit un article très approfondi sur notre scène il y a quelques années, je pense que ça a attiré des regards dans notre direction. Sans oublier le buzz viral autour des morceaux 'Woodgrain' et 'Rollin'', produits par les Block Beattaz. La production de ces titres nous a catapultés vers les auditeurs étrangers. Et puis maintenant, on peut dire qu'à travers cette interview, toi aussi tu nous aides.

A : On dirait que le label est plus apprécié par un public international que par le public du Sud. Comment l'expliquez-vous ?

C : Je ne pense pas que ce soit notre vrai public. Les gens du Sud aiment notre musique. Ils savent que dans le climat actuel, on n'a rien à envier aux meilleurs. En revanche, ceux qui ne nous soutiennent pas dans le Sud sont les supports médiatiques. C'est très difficile de révéler un artiste au grand public quand journalistes et DJ obéissent aux ordres au lieu de donner leur chance à de jeunes talents. Mais notre musique a voyagé de la côte est à la côte ouest, du sud au midwest. Partant de là, on se dit que pour faire du bruit, la prochaine étape, c'est de toucher le monde entier tout en continuant d'avoir le soutien du Sud car notre production se répand dans toute la zone. Les gens oublient ça : nous ne sommes pas un groupe, nous sommes une équipe de production. Donc où que l'on aille, nous serons entendus.

CP : Notre stratégie est simplement différente. Les gens sont en général conditionnés par la répétition, ils font la même chose, encore et encore et encore… Nous, on s'est dit : si tout le monde part à droite, alors on ira à gauche. Choisir le chemin le moins encombré, c'est une bonne opportunité pour réussir. Notre modèle, c'est "Work smarter, not harder". Ne travaille pas plus dur, travaille plus malin.

A : Comment un label comme le vôtre opère à  l'heure d'Internet ?

C : Notre premier projet avec un code barre dessus est sorti en 2000. Ça fait des années qu'on est sur le net, les forums et tout. Tout le monde dit "Internet ceci, Internet cela" mais mec, nous on connaît ! Sans le web, on ne serait même pas là à te parler. Dans le sud, Master P avait des types qui se chargeaient de vendre les disques depuis l'arrière du camion. Alors tout le monde faisait la même chose à chaque coin de rue. Nous, on est arrivé dans le jeu autrement, via le net : southbysouthwest.com, southwestconnection.com, downsouth.com… Ça a été les premiers sites sur lesquels on a construit. Quand Myspace a fait son apparition, on était déjà opérationnels. On avait un premier site en 2000. Internet, ça a toujours été notre méthode.

A : Vous avez pensé sortir "Huntsville International" dans le commerce ?

C : Non, ça n'aurait pas eu de sens car le projet sortait de nulle part [rires]. Il n'était pas prévu. L'idée était de filer un coup de main à des blogs qui nous aident en retour – J Dirrt du site Baller's Eve, par exemple, il a fait des vidéos pour nous. Si nous avions mis le projet en vente, je ne pense pas qu'il se serait passé grand-chose. Tu ne nous aurais sans doute jamais appelés car tu n'aurais pas entendu parler du disque. Désormais on a un fan en plus, une autre interview, donc le jour où nous reviendrons avec un disque à vendre – ce qu'on prévoit pour cette année – il y aura encore plus de gens pour nous soutenir.

A : Donc les blogs ont remplacé les camions ?

C : Exactement. Et les magazines aussi. Je respecte tous les bloggeurs, qu'ils parlent de nous en bien ou en mal. Si c'est ton opinion, continue d'écrire ! Si les bloggers sont les nouveaux journalistes, alors dans dix ans ils seront les nouveaux rédacteurs en chef. Quel que soit le medium dominant à ce moment-là, ils seront aux avant-postes. Ils grandiront, et nous grandirons avec eux. Attention : je ne dis pas que nous utilisons ces gens-là…

CP : Car ils nous disent quand on fait de la merde ! [rires] L'honnêteté est un facteur très important. Ce que j'aime dans l'écriture, c'est qu'il faut atteindre un certain niveau de pensée pour pouvoir formuler une critique. Je lis toujours entre les lignes, et j'essaie de me mettre à la place d'autres consommateurs de musique. Notre point de vue est le suivant : nous donnons notre musique pour bâtir la confiance de nos auditeurs, tous ces gens qui nous ont soutenus. On se doit de leur montrer qu'on ne faiblit pas. On va continuer de bosser. Depuis le premier jour, l'argent a été secondaire – on fait de la musique car on aime ça. On trouve des moyens de gagner de l'argent mais à la base, on fait ça par amour du son et parce qu'on sent qu'on s'améliore.
On met notre musique à disposition des gens pour voir si l'on peut être compétitif à l'échelle du monde et éventuellement attraper des dollars grâce à la scène. Si les gens nous aiment, alors ils trouveront un moyen de nous voir en live. C'est la prochaine étape : la performance. Notre tournée en Grande-Bretagne était énorme car c'était notre première tournée. On a réalisé que les gens de notre propre terrain allait passer après l'Europe. Cela dit, nous allons devoir nous assurer que nos shows tiennent la distance. Il faut qu'ils reflètent notre musique et notre état d'esprit.

C : On n'a même pas sorti le disque à Huntsville. Aucun pressage, rien. Et là, on vient de caler plus de concerts qu'on en a calé toute notre vie.

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