Interview Armen

28/03/2010 | Propos recueillis par JB avec Nicobbl | Photos : Armen

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A : Il y a des nouvelles têtes avec qui tu aurais envie de bosser ?

Armen : Bien sûr. Là, j'ai fait James Izmad. J'aime beaucoup Sefyu, Nessbeal, McTyer… J'ai d'ailleurs fait les premières photos de Tandem. Je devais faire l'album "Aller/retour" de La Fouine, mais ça ne s'est pas fait pour des raisons politiques en maison de disques. On a estimé que j'avais fait un putsch économique, que j'étais trop cher. Ça, c'est leur problème. J'aime beaucoup Despo Rutti. J'ai été très surpris du couplet de Lalcko dans le morceau avec Despo et Escobar Macson. Un peu de rap, ça fait plaisir. J'ai toujours un problème avec le rap français. Pour moi, il refuse de s'assumer. Toujours cette même façon de rapper... C'est rare que des mecs arrivent avec un peu de technique de flow. Y a un mec de Sexion d'Assaut qui déchire aussi, Maître Gims je crois. Après, le reste, j'te cache pas que c'est un peu tout pareil. Du misérabilisme à deux balles, on représente le quartier, wesh la famille…

A : Tu suis encore ça de très près…

Armen : Je suis obligé moi ! Je ne crache pas dans la soupe, je me suis fait avec le rap français. Pareil aux US. Avec les mixtapes qu'on faisait avec Brian, on était toujours en avance sur tout le monde, je peux ne pas renier ce qui a fait mon nom. Je n'aime pas tout, les noms que je cite sont les plus cités en général, y a peut-être une raison. J'aime beaucoup Salif aussi. Sa carrière ne correspond pas forcément à son parcours, mais c'est un mec qui écrit bien. En général, Boulogne, c'est un bon cru, un peu comme Queensbridge à New York.

A : Avec le web, on a assisté à l'éclosion de toute une génération de réalisateurs – Ric Codero, Dan The Man... – et l'arrivée d'une sous économie du clip, directement adaptée à Internet…

Armen : La raison est très simple, c'est qu'aux Etats-Unis il n'y a plus de chaîne de télé. MTV ne diffuse plus de clips. Les maisons de disque ne voient plus l'intérêt de mettre 150 000 dollars dans un clip. Ça a créé l'économie du web. Est née avec ça toute une génération de réalisateurs qui va faire un clip avec 4000 euros. Pour moi, c'est du clip facile : une majorité de playback, peu d'histoires… Moi, faire des playbacks devant un mur, ça ne m'intéresse pas. J'ai quarante piges. Mon bagage dans les clips, ce n'est pas des clips à 4000 euros. C'est pas ça que je cherche. Moi, ce que je cherche, c'est taper Jay-Z, Nas, Lil Wayne. Le clip, c'est comme tout : il y a une starification des noms. Et pour l'instant, je ne fais pas partie de ce gotha [rires]. Heureusement qu'il y a des réalisateurs comme Rik Codero ou Dan the Man, ils permettent à des gens sans moyen d'avoir pignon sur rue sur Internet. Seul problème, c'est que la qualité de ces clips là en télé, tu rigoles. Sur un écran d'ordinateur, ça passe, mais en télévision, c'est tout pourri.

"Faire des playbacks devant un mur, ça ne m'intéresse pas. J'ai quarante piges. Mon bagage dans les clips, ce n'est pas des clips à 4000 euros. Moi, ce que je cherche, c'est taper Jay-Z, Nas, Lil Wayne."

A : T'as complètement abandonné le journalisme ?

Armen : Je ne sais pas. Si demain j'ai un bon sujet, je le ferai volontiers. Je ne mets rien de côté. Le problème, c'est qu'on te met dans des cases : quand t'es plus reporter, t'es portraitiste. J'ai un agent aux Etats-Unis qui me voit plus aller au cinéma que de faire la musique.

A : Quelle est votre stratégie ?

Armen : Aujourd'hui, un photographe de renom ne doit plus être catégorisé. Il doit tout faire. Quand elle regarde un portrait de Booba dans mon book, mon agent dit "Tu fous Bruce Willis dans le même décor, ça déchire". Elle est un peu plus visionnaire.

A : Les magazines papier ont-ils encore un avenir, selon toi ?

Armen : Les magazines ont besoin de renouveler leur formule. Il faut qu'ils aillent chercher ce que tu ne trouveras pas forcément sur le net. Je pense que la photo jouera une part important là-dedans. Sur le net, tu as les photos du moment, les photos de presse, mais tu n'as pas les photos inédites. Le concept de l'image dans un magazine a une influence sur les annonceurs : qu'est-ce que tu veux placer comme produit sur l'artiste/acteur qui va faire augmenter les ventes. Aujourd'hui, la majorité des gens téléchargent, donc on est plus dans ce cadre là. Avec iTunes, tout le monde se fout du support. Plus besoin de pochette. Moi, je suis persuadé que tout reviendra quand on pourra télécharger les clips et les photos sur iTunes en même temps que la musique. T'as besoin d'un repère visuel. Pour l'instant, c'est perdu. En France, je vous raconte même pas, c'est l'hécatombe. C'est pour ça qu'on voit moins mon nom sur les pochettes. Quand t'es jeune photographe, tu courbes l'échine et acceptes ce qu'on te donne. Moi, je l'ai fait, il n'y a plus de raison que je le fasse. Quand t'achètes une paire de basket, t'as pas d'argent, tu vas chez Bata. C'est pas intelligent parce qu'elle va durer deux fois moins longtemps qu'une paire de Nike achetée 80 euros. Moi j'estime que la photo, c'est pas du rabais.

A : C'est quoi tes projets à court terme ?

Armen : La sortie du clip de Styles P, et puis normalement si tout va bien, le prochain clip de Melanie Fiona. Je finis un clip pour Ryan Leslie. Et puis après… Jay-Z, Lil Wayne, Nas ? L'idée, c'est de démarcher un maximum et faire parler de soi. On verra ce qui se présentera.

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