Interview Alban & Issa

Dernière née des concepts de Web TV de la grande maison Canal, "Canal Street" est une émission dédiée à la culture urbaine. Derrière ce gros concept un peu fourre-tout, le rap occupe forcément une place de choix. Particularité de l’émission : son ton décalé et plutôt drôle mené par la verve d’Alban et Issa, les deux chefs d’orchestre d’un spectacle sans filet.

22/02/2010 | Propos recueillis par Nicobbl avec JB

Interview : Alban & Issa

Abcdr : Comment est né le concept "Canal Street" ? Est-ce que ce projet vous a été amené où vous êtes partie prenante depuis le départ ?

Issa : A la base on est tous les deux improvisateurs et humoristes. Alban fait de l’impro’ depuis quatorze ans, et moi ça fait seize ans. On s’est connus à travers l’impro’. Par la suite, on a travaillé ensemble notamment sur un évènement qui s’appelait "Les soirées Cecilia" avec Générations Développement. Ils sont revenus nous chercher pour nous proposer l’émission "Canal Street". A la fois pour animer l’émission mais aussi pour qu’on puisse avoir une tribune d’expression au même titre que les autres chroniqueurs de l’émission Juanita et Raphäl.

Alban : Ils voulaient qu’on apporte une touche d’humour à une émission rap, société et entertainment.

Abcdr : Vous êtes originaires de quel coin ?

Issa : Des Yvelines, je viens de Trappes.

Alban : Et moi de Jussieu.

Abcdr : Issa, tu fais partie de cette génération née de l’impro’, comme Jamel Debbouze - lui aussi originaire de Trappes ?

I : En fait, Jamel a été mon prof’ d’impro’ quand j’ai commencé. Ensuite il est parti sur Nova, Canal et tout. Moi j’ai continué à faire de l’impro’ avec Déclic Théâtre, la compagnie de théâtre où Jamel a débuté.

A : On a eu le même formateur avec Issa : Alain Degois dit Papy. Moi je jouais à Fontenay le Fleury et Papy donnait aussi des cours là-bas. Du coup, on n’était pas dans la même équipe.

I : On s’est vachement rapprochés pendant un championnat de France. Moi j’avais été pris directement, Alban était plutôt un second couteau mais quand il est arrivé il a mis la patate direct.

A : J’ai été sélectionné en tant que remplaçant et après mon premier match j’ai été titulaire. Tout ça pour finir capitaine ! [Rires]

I : Après ce championnat, on est partis chacun de notre côté et on s’est retrouvés sur des évènements comme une pub’ – on ne va pas vous dire laquelle [rires] - ou une émission comme "Wesh !" qui était diffusée sur Cap 24. On avait fait le casting pour être chroniqueurs… et on s’est retrouvés à présenter l’émission. Nous sommes des tyroliens : on monte progressivement !

Abcdr : Comment est défini le choix des invités de l’émission "Canal Street" ?

A : On ne s’occupe pas de la partie éditoriale qui est gérée par Générations [NDLR : Générations Développement]. Après, pour ce qui est des invités, Juanita est plutôt sur la partie rap ; nous on aime bien avoir l’humain. On met toujours les rappeurs dans des cadres où ils ne peuvent pas rigoler. Notre défi justement c’est de faire marrer des rappeurs avec ce qu’on sait faire.

Abcdr : Ce qui est loin d’être gagné. On voit toujours les rappeurs très soucieux de maîtriser leur image.

A : Exactement. Je nous considère comme des comédiens, des comédiens urbains. On n’a pas fait d’écoles de théâtre, mais on a côtoyé cet univers de près. On a toujours aimé le rap, et on essaie de faire ce pont entre le rap et le théâtre. On veut aussi montrer que tu peux venir de la rue, aimer le rap et t’intéresser en parallèle au théâtre, jouer Molière.

"On met toujours les rappeurs dans des cadres où ils ne peuvent pas rigoler. Notre défi, c’est de faire marrer des rappeurs avec ce qu’on sait faire. "

Abcdr : Vous avez des influences clefs, qu’elles soient ici ou outre-Atlantique ?

I : Je ne me suis jamais vraiment posé la question. Mais j’aime beaucoup la culture américaine. D’autant plus que j’avais eu la chance de voir une école de théâtre américaine où ils faisaient absolument tout, du décor, à la chorégraphie en passant par la mise en scène. Après, même si mes références sont plutôt américaines, j’essaie de me créer mon propre style.

A : J’estime qu’il y a de bonnes choses à prendre en France et aux Etats-Unis. J’apprécie vraiment des gens comme Johnny Depp ou Jack Nicholson dans des univers comme ceux d’ "Edouard aux mains d’argent" ou "Batman". Là, tu es vraiment dans la composition, tu es dans un conte, et j’adore la folie de ces univers. En France, quand on veut faire quelque chose comme ça, on te fait "Arthur et les minimoys" et on te met du numérique, pas des vrais acteurs. Comme si on ne faisait pas confiance aux acteurs. Sinon, j’adore les comédies françaises des années quatre-vingt, type "Marche à l’ombre", "Les frères pétard". Tu prends le scénario des "frères pétard" ça parle de mecs qui vendent de la coke et du teu-shi. Aujourd’hui, tu proposes quelque chose comme ça on va te dire que ça n’est pas dans les mœurs.

Après, tu n’as pas besoin d’aller jusqu’aux Etats-Unis pour trouver des gens talentueux. Je faisais partie à un moment d’un collectif qui s’appelait La Famille ; collectif qui avait été créé par Jacky Ido, un mec qui vient de Stains. Aujourd’hui, ce mec il a reçu un prix aux Golden Globe Awards pour sa prestation dans "Inglorious bastards". Ça me fait dire qu’ici on a toutes les armes pour faire du bon cinéma. Il faut peut-être aussi aller chercher de nouveaux scénaristes. Je regarde des séries américaines comme "Dexter", les mecs je les considère comme des stars de cinéma. En France, en termes de séries on est super légers.

Abcdr : Après, Canal a insufflé un vent positif avec de nouvelles séries plus audacieuses comme "Braquo"…

I : [immédiatement, très enthousiaste] "Braquo" c’est la meilleure série française. Je suis devenu ouf’ en la regardant. Une fille comme Karole Rocher, je l’avais vue aussi dans "Le bal des actrices", et elle est incroyable dans les deux cas. Quelque part, j’aurais adoré jouer dans "Braquo". J’ai joué dans "Brigade Navarro", j’aurais préféré faire "Braquo" ! [Rires] Canal s’ouvre beaucoup aux scénaristes indépendants. Ils reçoivent beaucoup de choses et peuvent décider d’en produire par la suite. Ils ont aussi fait une série qui s’appelle "Hard". Le concept de la série c’est une nana dont le mari meurt et elle apprend qu’il dirigeait une boite qui fait du porno. Les idées elles sont là, après il faut oser et mettre les ronds pour aller au bout du délire.

On a les moyens de faire de grandes choses ici. Rien qu’avec "Canal Street", sans prétention, on peut vraiment faire de bonnes choses, on est pleinement libres, pas formatés. Ils nous ont vraiment pris pour ce qu’on sait faire. Le seul truc qui peut manquer parfois ce sont les moyens. Néanmoins avec un simple fond vert et des idées, on peut réussir des parodies, des sketches.

Abcdr : Ca fait une bonne dizaine de semaines que l’émission a débuté. Vos meilleurs souvenirs jusqu’ici ?

A : Tout de suite, j’ai envie de te dire Seth Gueko. On s’est tout de suite super bien entendus, et il y a eu un vrai truc qui s’est passé. On a eu aussi un syndicaliste de la police il y a peu, et on était contents de vivre un débat comme ça. On reste toujours naturels avec une liberté de ton qui nous permet de ne pas bouffer tout ce qu’on va nous raconter. On n’est pas soumis aux mêmes codes que ceux de la télévision, en sachant que le direct fait qu’on ne peut pas tricher. Le direct montre aussi une réalité, notamment si les gens se prennent au sérieux, ont de l’humour. Jusqu’ici tout le monde a joué le jeu – enfin, tout le monde sauf Amelle Chahbi [NDLR : comédienne passée par le Jamel Comedy Club].

Abcdr : Le choix de tourner ça en direct, c’était un parti pris d’emblée ?

A : Ouais, tout à fait. Ça n’aurait pas du tout le même impact si l’émission était enregistrée.

I : D’ailleurs, on avait fait une émission enregistrée entre Noël et le jour de l’an, et le ton n’était pas du tout le même. C’était beaucoup plus posé, moins speed. En plus en live tu as les internautes qui peuvent intervenir et te balancent des messages, du coup tu peux rebondir là-dessus. Le direct fait aussi que tu es tenu par le temps. On a une heure d’émission, si tu fais plus, on te balance des panneaux pendant toute l’émission pour te rappeler que tu as tel truc et tel autre truc à faire.

A : Le direct change complètement le rapport avec les gens. Quand on a fait l’interview de Sinik, elle a dû durer quarante-cinq minutes, là c’était un vrai moment de vie. Avec le direct tu n’as pas le temps de te poser. Ca met un coup de speed, c’est bien comme ça j’ai l’impression d’être Jack Bauer dans "24 heures chrono" ! [Rires]

 

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