Interview Melopheelo

S’il fallait soumettre chacun des membres des Sages Poètes à l’applaudimètre, Melopheelo occuperait très probablement la troisième place. Plus en retrait, la figure la plus sage de Boulogne reste pourtant un moteur à l'origine de la plupart des succès du trio. Rencontre où il est question d’affaire de famille, de Jimmy Jay, de 'Soirée coupe gorge', de la déception "Après l’orage" et de retour sur le devant de la scène.

08/11/2009 | Propos recueillis par Nicobbl avec Julien et JB | Photo page 5 : Be.Agy

Interview : MelopheeloAbcdr : Comment deux frangins comme Zoxea et toi sont tombés dans le Hip-Hop ?

Melopheelo : Ça remonte à loin… [pensif] En fait, avant même de tomber dans le Hip-Hop on est tombé dans la musique. On avait un oncle qui organisait pas mal de soirées africaines où il invitait quelques artistes. Nous, on était plongé là-dedans, et on a pu côtoyer des gens comme Manu Dibango par ce biais. Très tôt, on a été confronté à ça. En plus à la maison mon père écoutait beaucoup de musique, de la Soul, du reggae.

Ensuite, le Hip-Hop on y est venu dès que c’est arrivé en France. La première vidéo c’était Break Machine, des mecs qui avaient été découverts par un français, le morceau s’appelait 'Street Dance'. C’est à partir de ce moment là qu’on s’est dit que ça nous plaisait vraiment. Ensuite, il y a eu les émissions de Radio Nova et tout ce qui s’en suit.

A : Il y en a un qui a plus poussé l’autre ou vous étiez à bloc tous les deux ?

M : Non, mon frère a toujours été plus impulsif. Lui, il était à fond dedans, il nous poussait beaucoup. Beaucoup ne le savent pas mais la rencontre avec Logilo c’est lui qui l’a faite. Il était question qu’ils fassent un groupe tous les deux. Mais à un moment on s’est dit qu’il fallait qu’on s’unisse, qu’on rassemble nos forces.

On allait tous les dimanches enregistrer chez Logilo à Sarcelles, et au fur et à mesure on a intégré le noyau. Logilo est lui devenu le DJ officiel. On a commencé alors à tourner, à faire pas mal de concerts. A la base on était un groupe de scène, pas de studio.

A: Quel regard ton père et ton oncle pouvaient porter sur votre parcours ? Il y avait une forme de décalage ?

M : Forcément il y avait un décalage. Nos parents organisaient ça en plus de ce qu’ils faisaient. Pour mon oncle c’était différent vu qu’il était producteur de disques de musique africaine. Quand on a commencé le rap, pour mes parents, c’était une activité comme une autre. On faisait ça comme on aurait pu faire du sport. Plus tard, quand ils ont vu qu’on faisait des concerts, que ça prenait de l’ampleur, leur regard a encore un peu changé. Ils nous ont laissé faire même s’ils nous disaient toujours qu’il fallait avoir un bagage, une base scolaire.

A : Vous avez tenu promesse à ce niveau là ?

M : Ouais, moi j’ai fait ce que j’avais à faire. J’ai toujours essayé de gérer les deux mais à un moment ça s’est compliqué. On était en tournée avec Solaar moi j’étais en deuxième année de BTS et ce n’était plus possible.

A : Vous avez l’image d’un groupe extrêmement soudé, en place depuis plus de quinze ans. Est-ce que, par le passé, vous avez à un moment déjà envisagé une séparation ? Les exemples de NTM et IAM rappellent combien l’unité sur le long terme peut être compliquée.


M : Les moments de crise il y en a eu, c’est normal, même avec mon frère de sang. Parfois on a des désaccords, des sautes d’humeur. Mais on se connait bien et on sait que dès qu’il y a une crise il faut la gérer rapidement. Quand on a monté le groupe on s’est dit qu’on devait aller jusqu’au bout, et que le jour où on aurait plus l’envie on arrêterait.

A : Est-ce que tu penses que ce côté familial vous immunise d’avantage par rapport à ces grosses crises ?

M : Oui, Zox’ c’est mon frère et Dany je le considère comme mon frère également. On se connait parfaitement, on n’a pas besoin de se parler pour savoir s’il y a un souci. A partir du moment où les gens nous suivent et sont à fond derrière nous, tous ces problèmes d’égo quand on est sur scène ou en studio, ils disparaissent. Tant que la musique nous fait kiffer on continue.

A : La rencontre avec Dan remonte à quand ? Elle a eu lieu comment ?

M : Ça remonte au début des années quatre vingt-dix. On était au bahut ensemble, moi je rappais déjà avec mon frère et Dany avait entendu parler de nous. Il a rencontré mon frère dans la rue comme ça, naturellement.

A : Dany Dan a un morceau avec Ol’Kainry où il raconte une scène à l’interphone…

M : C’est exactement comme ça que ça s’est passé. D’ailleurs c’est ce qui est fou avec Dany. Quand il te raconte quelque chose comme ça et que tu l’as vécu, ça te rappelle beaucoup de souvenirs.

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