Article Venom

18/10/2009 | Par Julien

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Venom et la famillePassionné de rap new-yorkais des 90's – auquel il rend régulièrement hommage en mixant lors des soirées de son collectif Golden Years - et de cinéma d'action, Venom est également fan... de comics. Ouf, la sainte trinité rapologique est respectée. "En exagérant un peu, je dirais que j'ai quasiment appris à lire dans les magazines Strange. Même, bébé, alors que je savais pas encore lire je regardais déjà les images (rires). Là encore, il y en avait beaucoup qui traînaient chez moi, et j'ai rapidement été fasciné par l'univers Marvel qui, et je l'assume complètement, a pas mal influencé ma vision du Bien et du Mal." Au point de nommer son propre label Marvel Records et d'opter pour le pseudonyme de Venom, super-héros pour le moins ambigu des Guerres Secrètes. "C'est un personnage qui a toujours été mal perçu et que j'ai toujours adoré. Pour beaucoup, il incarne le Mal, mais en réalité Venom ne tue jamais d'innocents. Par rancune personnelle, il poursuit Spiderman, puis cesse quand il se rend compte que ce dernier défend lui aussi la morale et les faibles. Alors il devient à son tour un justicier."

Justice, lutte du bien contre le mal, morale... On touche là au cœur des préoccupations de Venom, et à la thématique centrale de son premier album. Car malgré ses faux-airs de péloche de série B, naviguant entre le polar urbain et le thriller horrifique, "Un justicier dans la ville" tient plus du "cri social" que de la simple fiction divertissante. La forme, narrative à l'extrême, est au service du message. "Je sais qu'une partie des auditeurs risque de ne pas capter réellement le délire. Mais, comme dans "Invasion Los Angeles" de John Carpenter, mon album délivre une vision de la société, exprime une inquiétude." Pessimiste, voire nihiliste, Venom ? Plutôt, oui. Derrière ses métaphores de zombies, ses personnages de drogués, de caïds et de super-héros, se cache une critique de la société de consommation. Pas tant du système capitaliste en tant que tel, sur des critères économiques et politiques, mais plus de la passivité qu'il entraîne chez les gens.

"J'aimerais que les gens se réveillent et se défendent par eux-mêmes au lieu d'attendre, de se laisser faire. Ce disque-là, c'est toute la noirceur que j'ai dans l'âme. C'est toute la frustration, l'anxiété qui sont en moi." D'où ce personnage de Justicier, protégeant les plus faibles, traquant les violeurs et les pédophiles, prônant la self-défense et le "vigilantisme"... "Quand je me définis comme justicier, ça veut dire que si demain je vois une femme se faire agresser dans la rue, je vais pas remettre mon walkman et passer. Je suis pas là à traquer le mal comme un dingue, mais s'il se passe quelque chose devant moi, j'agirai. La plupart des gens, non : dans cette société, tout t'apprend à avoir peur, à rester dans ton coin." Venom, lui, a "débranché", comme il dit : éteint sa télévision, refusé l'abrutissement publicitaire. Sans non plus songer à l'engagement associatif ou politique : son combat passe par l'art.

Pas étonnant qu'avec une telle vision des choses il avance - presque - en solo. Seuls ses deux frères, MC Zombi et Médiévil, et la rappeuse/chanteuse Félicia l'accompagnent sur "Un justicier dans la ville". Pour le reste, Venom s'est débrouillé seul. Il a composé lui-même les beats (à l'exception de celui de 'V.I.L.L.E.' dont s'est chargé MC Zombi), écrit tous les textes - y compris ceux des interludes -, effectué tous les scratches. "C'est pas que je sois contre les featurings, les participations extérieures ou le fait d'avoir des instrus d'autres producteurs, mais cet album a vraiment été réalisé dans un délire particulier, qui correspond complètement à mon état d'esprit et à celui de mes proches. Et je ne vois pas qui d'autre aurait pu s'y intégrer." Le prix, assumé, de sa singularité.

Renseignements et teaser de l'album : http://www.myspace.com/marvelrecordsvenom


* Citation extraite d'un monologue de Robert de Niro dans "Taxi Driver", réalisé par Martin Scorsese, 1976

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