Interview Jimmy Jay

20/09/2009 | Propos recueillis par JB

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A : Il y a eu – ou il y a encore – un conflit juridique autour des deux premiers albums de Solaar. Qu'en est-il actuellement ?

J : Alors pour ça, il faudrait lui poser la question. Moi, j'ai demandé à tout le monde de ressortir ses albums car on me le demande beaucoup, mais je ne sais pas ce qu'ils ont fait. Et comme j'ai aucun contact avec lui, je ne comprend pas du tout. Ils ont tout bloqué. A mon avis, c'est très con, et c'est sûrement pour m'emmerder. Je parle crûment là mais c'est la vérité.

A : Pourquoi avoir fait ça ?

J : Ils ont peut-être quelque chose après moi, je ne sais pas. Les deux albums étaient chez Universal, ils ne m'ont tenu au courant de rien. Et quand je cherche à savoir, dans les maisons de disque, il y a interdiction totale de me parler de Solaar. Grâce à son manager... Il y a une semaine, j'ai reçu une lettre de la cour de cassation comme quoi on n'a plus le droit de se servir des morceaux d'MC Solaar. Encore une connerie. L'imbécilité, ou un égo mal placé, je sais pas…

A : Comment vous en êtes arrivés là ?

J : C'est son manager. Quand un manager décide de faire de la musique, faut arrêter. Déjà, on ne s'entendait pas avec lui, et en plus, artistiquement, Solaar et moi on n'était plus d'accord. Donc lui il a fait ce qu'il avait envie de faire : 'Galactica'… Je sais pas ce qu'il a fait après…

A : Après "Prose Combat", il y a eu l'album "Paradisiaque" avec 'Gangster Moderne', 'Les temps changent'…

J : Ha oui, 'Les temps changent', j'avais oublié. Bref, moi, artistiquement, j'étais pas du tout d'accord. Je peux pas obliger les gens à chanter sur une musique à moi, et lui a voulu faire 'Galactica' donc…Moi, je fonctionne comme ça : je fais quand j'aime bien. Aujourd'hui, quand je reçois des gens, je leur dis clairement : si je commence à faire des choses que je n'aime pas, alors là on est pas sorti de l'auberge. On est foutu d'avance ! Après, il y a peut-être des raisons qu'il me cache aussi…

A : Le contact est complètement rompu ?

J : J'ai des nouvelles par des gens interposés, mais je n'ai pas de contact avec lui.

A : Sur l'Abcdr, on a tenté en vain de l'interviewer – je lui ai même écrit une lettre ouverte – et on a le sentiment qu'il est enfermé dans une bulle lointaine…

J : C'est ça le problème. C'est ce que je ressens aussi. On a des studio, on a des compositeurs de folie, il y a des choses de fou qu'il se passe… et rien. Galacticaaaaa !



A : C'est marrant, on dirait que ce morceau cristallise complètement votre "rupture"…

J : Ça ne ressemblait à rien. Pour être franc, on m'a donné le CD, j'ai écouté une fois et je l'ai jeté à la poubelle. Je ne devrais pas parler comme ça, mais on me pose tellement de questions, au bout d'un moment, ça va quoi. Là, je vais me lâcher un peu [rires] : je pense qu'artistiquement, Solaar est devenu hyper-nul. Il y a des choses super biens à faire avec des gens intéressants, mais lui il est passé à côté de tout ça. Moi, je ne peux pas travailler avec des gens qui font n'importe quoi. Solaar, c'est un mec qui écrit super bien, mais il n'a aucun choix artistique intéressant, il ne sait pas choisir les musiques.

A : Mais est-ce qu'il écrit encore bien ?

J : Je sais pas parce que je ne le vois plus, mais à l'époque, c'est un mec bien qui écrivait bien, mais niveau musique, c'est une catastrophe.

A : Ce serait un talent tombé entre de mauvaises mains…

J : Exactement. T'es en plein dedans. Je ne donnerai pas les noms parce qu'il va encore me faire chier à me téléphoner et il va me prendre la tête… Malheureusement, c'est souvent comme ça : les mecs évoluent, puis quand ils marchent, ils sont meilleurs que les autres, donc ils font tout eux-mêmes, mais ils ne se rendent pas compte que c'est chacun son métier. Moi, je fais ma musique, les mecs du juridique font la juridiction, la promo fait la promo, et ça tourne.

A : En voyant les évolutions du sampling ces dernières années, ce serait encore possible de sortir un "Qui sème le vent récolte le tempo" aujourd'hui ?

J : Bien sûr, même en major. Les gens attaquent parce que ça marche. Mais tu peux utiliser un sample demain, tant que ça ne génère pas d'argent, personne ne t'embêtera. De toute façon, tout le monde sample : Jay-Z, Kanye West… La différence, c'est qu'aux États-Unis, ils sont au point. En France, tu vas demander à une major, mais on va te dire qu'on a pas le temps. J'ai déjà eu le cas plusieurs fois : on m'a dit "non" alors que personne n'avait tenté d'avoir l'autorisation du sample. Je demande l'autorisation en France, au bout de trois mois, on me dit que l'autorisation n'a pas été donnée. J'appelle aux États-Unis, on me la donne ! Ça veut tout dire : les mecs dans les bureaux, ils ont pas envie de se faire chier. C'est terrible, mais c'est très français.

A : A l'époque du premier album de Solaar, quelles relations aviez-vous avec le monde de la musique ? Pour le rap, c'était encore un territoire vierge…

J : C'était très dur de se faire accepter, mais c'était quand même plus simple parce que le marché était ouvert. Il y avait déjà IAM. Akhenaton, qui revenait de New York, avait fait des freestyles avec des Américains en 1987 ou 1989. Quand IAM est arrivé avec la cassette "Concept", c'était fou. Les mecs avaient fait ça à New York ! Derrière il y avait eu NTM et le fameux morceau avec le sample de Marvin Gaye, c'était des tueries. Moi, j'ai voulu faire le côté cool parce que c'était mon tempérament. 'Bouge de là' a permis de faire le crossover, comme on dit. Passer d'un rap inconnu et lui ouvrir les portes. Quoiqu'on dise, Solaar a ouvert les portes au rap français.

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