Interview The Alchemist

06/09/2009 | Propos recueillis par The Unseen Hand avec Nicobbl et JB (Traduction) | English version

« Page précédente | Page suivante »

A : As-tu un objectif particulier pour cet album, quelque chose de particulier que tu voudrais atteindre ?

Al : Ouais ! Je voulais que l’album en magasin sonne exactement comme je l’ai souhaité. C’est tout !

A : Donc on peut dire que ton objectif est accompli ?


Al : Ouais, clairement ! Mission accomplie. Je veux que les gens aiment cet album et que lorsqu'il part en magasin, il sonne exactement comme je l’ai voulu. Je ne voulais pas que ma musique soit soumise au moindre compromis. Même mon single, le morceau avec Maxwell, c’est vraiment moi. C’est un titre mortel. Je ne changerais rien dessus.

A : Le morceau avec Maxwell a clairement le potentiel pour être LE single. Tu sais quel morceau sera ton prochain extrait d’album ?

Al : Je n’en sais rien. L’album entier est composé de singles.

Eminem sur scène pour la sortie de Relapse A : J’ai lu une chronique de ton album sur Allhiphop.com et ils disaient qu’ils étaient déçus que le morceau avec Eminem comporte juste un long couplet. Qu’en penses-tu ?

Al : Vaut mieux que ce soit trop court que trop long, non ? Tant qu’ils ne disent pas que le morceau est tout pété, ça ne me pose pas de problème. C’était censé être un freestyle à la base. Eminem voulait être là pour cet album, pour lui donner du poids, et ça a marché en ce sens. Ce morceau défonce.

A : Je n’ai pu écouter l’album qu’une seule fois depuis sa sortie mais j’aime déjà le fait d’avoir inclus ces interludes. L’utilisation des interludes est un art qui se perd.

Al : Ouais, les interludes sont un personnage à part entière de l'album, surtout vu que je ne rappe pas dessus. Enfin si, je rappe, mais je le fais pour le fun. Je ne suis pas à bloc dessus. Les interludes me permettent de m’exprimer d’avantage. Ça me permet de donner un peu plus de personnalité à mon album plutôt que d'empiler les beats et les rimes.

A : Comment travailles-tu les interludes et quelles sont tes références en la matière ?

Al : Mes inspirations à ce niveau sont multiples. Du bon vieux De La Soul, pas mal de Lox et de Jadakiss, N.W.A…. Les interludes West Coast sont toujours les meilleurs : Sir Jinx, Lench Mob, ce genre de trucs. Les mecs savaient ce qu’ils faisaient.

A : N.O.R.E. a également des putains d’interludes…

Al : N.O.R.E.? Sa vie entière est un interlude ! [rires]

A : Dans tes deux albums, tu fais le portrait de personnages véreux de l'industrie du disque – managers et DA. C'est du vécu ?

Al : Ouais, l’inspiration elle vient un peu de situations que j’ai vraiment vécues… même si je les exagère pas mal. Il y a tellement de conneries qui se passent dans ce milieu. Vaut mieux en rire.

A : Ces dernières années, ton style est devenu moins organique, tu as commencé à sampler des répertoires plus synthétiques. On voit par exemple cette évolution en comparaissant 'Win or Lose' (Mobb Deep) et 'That’ll work' (Three Six Mafia). Comment s'est amorcé ce virage ?

Al : Je vois ce que tu veux dire. Est-ce qu’on pourrait comparer 'Win or Lose' et 'Smile' ?

A : Je pourrais juste dire que les deux samples de ces morceaux viennent des disques de soul…

Al : Ouais, exactement ! Enfin je veux dire, au final tu cherches à trouver de nouveaux sons. Si je trouve un disque de soul ou si j’ai une idée autour d’un disque de soul je vais l’utiliser. J’aime toutes les musiques : le rock est fabuleux en ce moment, le jazz, la musique alternative… plein de trucs m’inspirent. Qui peut franchement prévoir ce qui va arriver ? Mais sur cet album, de 'That’ll work' à 'ALC’s theme' ou 'Keep The Heels On', j’ai toujours essayé de prendre des bouts de samples et de les faire interagir entre eux. J’ai vraiment essayé de construire un style que les gens pourraient décrire comme ça : "Il a essayé d’apporter un truc en plus là mais je reconnais son style !" Je veux que les gens puissent reconnaitre ma patte. Je veux que mes petites techniques soient reconnues et labellisées Alchemist parce qu’à chaque fois que tu crées des beats tu découvres de nouvelles techniques.

A : Honnêtement, et je ne dis pas ça pour brosser dans le sens du poil, mais je pense qu’aujourd’hui tu es à ton apogée.

Al : Bien vu ! Écoute, je connais pas mal de gens qui sont genre mes super potes, pas juste des amis ou des fans. Certains vont me dire "Je préférais les trucs que tu faisais avant", d’autres préfèreront un beat à un autre… Tout le monde a une opinion différente mais moi, au fond je sais, et je le suis mieux placé pour ça vu que c’est moi qui ai affuté mon style toutes ces années : le niveau où je me situe aujourd’hui est au-dessus de tout ce que je n’ai jamais fait. Je ne sais pas si au final chaque beat est plus abouti et est considéré comme tel par le public, mais je sais que si je reprenais aujourd’hui ce que j’ai fait par le passé, ce serait mieux. C’est aussi simple que ça. Après, ça ne voudrait pas dire que le public l’aimerait beaucoup plus, je sais juste que ce sentiment qui m’anime aujourd’hui est essentiel quand tu fais de la musique. Grâce à cette confiance en moi, je peux faire un truc qui sera forcément unique.

A : Pour moi "1st Infantry" est un putain d’album mais tu maitrises encore mieux ton style sur "Chemical Warfare".

Al : Tu sais quoi ? Pour ce qui est des beats, je voulais mettre tel morceau avec tel autre, rassembler les mecs qui devaient être sur cet album, mais au final il s’agissait surtout de donner une certaine unité à toutes ces productions, faire un album qui sonne comme une évolution en comparaison avec le précédent. Je voulais être certain que les beats sonnent comme il faut. Je ne peux pas dire à l’avance comment les mecs vont rapper dessus. Je peux faire en sorte qu’ils collent bien avec le beat, mais pour ce qui est du texte, je ne peux rien faire. Je peux juste faire en sorte que ça sonne bien.

A : Je parlais à quelques producteurs ces derniers temps – tous anonymes – et le premier truc qu’ils me disaient c’était "Oui mais Alchemist a utilisé cette boucle d’Orange Mécanique pour le morceau avec Kool G Rap, cette même boucle qui avait déjà utilisée pour un morceau avec Lil Fame…" Mais le truc c’est que c’est la façon dont tu as utilisé cette boucle qui rend le morceau spécial et différent !

Al : Ouais, je ne prends jamais la tête avec des trucs comme ça car je sais que je vais faire les choses différemment. Tout n’est qu’inspiration par rapport aux morceaux que je peux entendre. Je ne suis pas du tout dans une espèce de compétition avec qui que ce soit sur l’utilisation des samples. Trouver LE sample introuvable et le faire tourner, ça ne m'intéresse pas. Avant, je prenais des boucles et des kits de batterie, j’échantillonnais tout ça, je collais la batterie sur la boucle, mais maintenant j’en ai marre de tout ça. Mettre un beat sur une boucle, c'est que dalle ! Moi, je veux prendre ces morceaux de samples et partir dans un autre délire. Ecoute bien : tout le monde utilise des samples, je n'ai rien réinventé. Mais je fais juste tout ça à ma façon.

1 | 2 | 3 | 4 |