Interview West Coast Theory

12/07/2009 | Propos recueillis par Mehdi

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A : A la base, vous êtes spécifiquement des fans de westcoast ?

M : Non, pas spécialement. La dernière fois, on demandait à Segal quels étaient ses albums favoris. Il a cité le premier "Chronic", "Illmatic", "Doggystyle" et "Marshall Mathers LP" sur lequel il a d'ailleurs bossé. Toute le monde a été fan de westcoast au moment où ça a cartonné, tout le monde a écouté ces albums. Encore aujourd'hui, "Doggystyle" passe au bal des pompiers et des mères de famille dansent dessus. A l'époque, j'avais le vynil de Snoop, celui de Dre, du Above the Law...

Après, on n'a jamais été comme Aelpéacha ou Pimp Cynik qui sont vraiment à fond dedans. Personnellement, j'ai plus écouté "Illmatic" ou "Business is business" d'EMPD.

F : En gros, on n'a jamais choisi notre camp. Mais c'est vrai que nos beats étaient plutôt à tendance new-yorkaise, très sombre. Ce sont les ambiances à la Company Flow qui nous ont beaucoup rapproché Maxime et moi.

M : Peut-être parce qu'on était pas capable de faire autre chose [Rires].

A : Pour vous, il y a quelque chose de plus musical dans le son de Los Angeles que dans les autres sons ?

F : Plus progressif, notamment dans les arrangements.

Snoop est quand même un putain de parrain M : Dans N.W.A, tu as du sample avec déjà des petis claviers et des sirènes qui sont jouées. Dre, quand il fait "Chronic 2001", il a dans l'idée que son spectre sonore est trop restreint et que, s'il utilise des prises live, il pourra aller beaucoup plus loin. Dans son entourage, il a des ingés sons de l'époque de Death Row qui ne sont pas capables de passer au live et puis il y a un mexicain qui a une culture hip hop mais qui ne s'arrête pas là puisqu'il a dû enregistrer du Fleetwood Mac, du Steely Dan et ce genre de choses, c'est à dire la crème du son rock californien qui précède.

Ce mec c'est Richard Segal Huredia qui sait enregistrer une guitare, une basse etc et qui, en plus, écoute du rap et sait comment faire sonner ça. Cette musicalité vient quelque fois d'un sample qu'ils rejouent, déjà parce que c'est moins cher mais aussi parce que ça rend le son beaucoup plus "rond" et large.

A : Vous qui êtes partis à L.A, est-ce que vous avez le sentiment que la westcoast en tant que genre musical n'est qu'un bon souvenir ou qu'au contraire il s'y passe encore des choses ?

F : Ce qu'il y a c'est que parler de westcoast revient souvent, dans la tête des gens, à parler de G-funk. Alors qu'il y a toujours eu d'autres choses qui se sont faîtes à côté. Le son de la bay, des Dilated Peoples, toute la scène Project Blowed... Après, c'est vrai qu'on ne sait pas vraiment où est l'identité de la westcoast aujourd'hui. Segal dit que ça reviendra avec Detox...S'il sort un jour.

M : Là j'ai écouté un peu le Quik & Kurupt. Il y a un son avec une gratte d'anthologie que je trouve funky mais un peu à la manière de certains sons dark de Prince. Quik, c'est typiquement le genre de mecs qui continue à rechercher et à créer du son de qualité. Je trouve que le mouvement n'est pas mort, il a simplement vieilli. Il a aussi perdu de sa thématique parce que les gens se sont responsabilisés et ont moins parlé d'embrouilles au micro.

B-Real nous a dit qu'il a dû bouger à une époque parce qu'étant reconnaissable, il n'était jamais à l'abri d'un connard qui passait par là. Le fait qu'il ait parlé de sa vie violente dans les premiers albums de Cypress Hill faisait qu'il y avait toujours un mec susceptible de venir le provoquer par rapport à ça.  Mais, je pense que cette musique globalisée, où tout le monde utilise les mêmes recettes, ne durera qu'un temps.

A : Est-ce que vous êtes nostalgiques de cette époque où chaque région avait son propre son ? Et est-ce que les gens que vous avez rencontrés sont nostalgiques de la période où L.A était sous les projecteurs ?

M : La nostagie est assez palpable pour certains d'entre eux. C'est quand même des mecs qui ont touché des sommes folles à l'époque où, non seulement le disque se vendait, mais en plus la westcoast cartonnait dans les charts. Aujourd'hui, c'est différent et plusieurs personnes ont perdu leurs tafs qu'ils s'agissent d'ingés sons ou de studios qui ferment.

Après, je n'ai pas de nostalgie vis à vis de cette musique dans le sens où la discothèque mondiale est remplie de bonne musique et que c'est compliqué d'être à court de sons quand même. Si la vibe westcoast te manque, tu peux aller réécouter toute la funk jusqu'à 69. En tout cas, je ne trouve pas qu'on manque de bonne musique.

F : Je ne suis pas du tout nostalgique non plus pour les mêmes raisons que Maxime. Aujourd'hui, on voit aussi plusieurs genres se mélanger et c'est assez passionnnant d'assister à la création de ces nouveaux styles musicaux comme le dubstep par exemple.

M : La grande question c'est combien il y a d'oeuvres possibles ? Il doit bien y avoir un mec qui a la formule mathématique du nombre d'oeuvres possibles. Je dis ça parce qu'à Los Angeles, les nouveaux morceaux qu'on écoutait étaient soient de l'autotune soit des reprises de morceaux existants. Ca déprime tout le monde d'ailleurs. Est-ce que ça arrive parce que les gens sont bloqués dans leur tête ou est-ce qu'on est arrivé à la fin de l'équation ?

J'ai l'impression qu'en ce moment c'est compliqué d'arriver à faire quelque chose de nouveau et qui plaise en même temps au plus grand nombre. Mais ça viendra sûrement.

F : Pour rebondir là-dessus, on voit ce phénomène dans le cinéma. Une nouvelle technologie arrive et tu te rends compte que tu vas pouvoir réexploiter tout un catalogue et donner une nouvelle vie à des films. L'art c'est aussi une question de cycles.

A : Est-ce que vous aviez vu le documentaire "Home studio" de Jérôme Thomas ?

M : C'est très drôle parce qu'on est parti tourner en se disant qu'on avait une problématique géniale avec les home studio. A notre retour du deuxième tournage, Jérôme Thomas commençait tout le début de sa promo. "Merde, c'est qui ce mec là ?"[Rires].

Quand on a vu le documentaire, on s'est dit qu'il a eu une intuition intéressante et qu'il a fait quelque chose de vraiment sympa avec les moyens qui étaient à sa disposition. Il a notamment eu l'audace d'élargir au maximum la palette des interviewés. On s'est dit qu'on était finalement assez complémentaires. Notre docu est plus large socio-économiquement en se demandant quelles étaient les implications du home studio pour toute cette chaîne de fabrication alors que musicalement il s'arrête au rap et même à la westcoast.

F : Finalement, on peut faire une soirée "Théma" avec nos deux documentaires [Rires].

M : On était content aussi de voir que son DVD s'était bien vendu et que ça pouvait exister économiquement. Et puis, il avait adopté un ton sympa ce qui n'est pas toujours le cas des documentaires qui prétendent s'intéresser au beatmakers. En tout cas, on ne regrette pas d'avoir continué notre projet.

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