Interview West Coast Theory

12/07/2009 | Propos recueillis par Mehdi

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A : Tout à l'heure, vous parliez de l'écriture du documentaire. Ca consiste en quoi ?

M : Par rapport à tout ce que tu as mis en boîte, il faut être en mesure de vider certains personnages s'ils vont plutôt être chronophages qu'autre chose. Bon, il ne s'agit pas de rendre les gens plus intelligents avec ce DVD mais ce serait bien qu'ils aient 1 ou 2 problématiques en tête. Ca, il le faut le faire sur une histoire et faire en sorte que ça ne soit pas trop théorique. Moi j'écrivais des interviews et je les mettais bout à bout et Felix faisait en sorte que ça rende bien à l'image.

F : Mais quand t'es passionné et que tu arrives avec une centaine d'heures de rush, c'est très difficile. C'est là où l'écriture va jouer son rôle. Il faut arriver à faire des concessions tout en dégageant de l'information et en tenant le spectateur du début à la fin.

M : Ce qui est rassurant quand tu sors un DVD c'est que tous ces passages que tu as dû couper pourront figurer dans les bonus. A un moment, on faisait seulement un 52 minutes sans être sûr qu'il y ait un DVD au bout. On ne savait pas du tout où on allait.

A : Ce projet, c'était une demande de quelqu'un où c'était uniquement une envie motivée par votre amitié avec Richard Huredia ?

F : Il n'y avait pas du tout de commande. C'est d'ailleurs assez risqué de procéder ainsi en France. En fait, on a un pote qui s'appelle Grégory Passard qui a une boîte de prod qui s'appelle Vingtième heure, une petite entreprise avec de grosses couilles. Il y croyait et nous a prêté l'oseille pour aller faire ce premier tournage. Il faut savoir que quand les réalisateurs sont inconnus et que la boîte de prod n'est pas connue des chaînes de télé, tu n'as aucune chance d'avoir un pré-achat.

En général, les documentaires sont financés via le CNC et on n'y avait pas droit. Donc, Greg a mis la thune et nous on a consacré notre temps à la réalisation, sans être payés bien sûr. Ca fait bizarre aujourd'hui que le film existe et d'avoir cet objet dans les mains.

Segal HurediaM : Donc, il y a une première paire de baloches qui permet le départ, les deux premiers tournages et de faire un premier montage qui suscite l'intérêt pour que des gens se disent que le projet méritait d'être pris au sérieux.

Ensuite, il y a une deuxième entreprise qui arrive, Avalanche, et qui s'est battu pour qu'on ait une post-prod digne de ce nom et pour nous permettre de rencontrer des gens capable de distribuer correctement le docu. Grâce à tout ça, on se rend compte de ce que signifient tous ces noms écrits sur les jaquettes et certains métiers prennent du sens aujourd'hui.

D'ailleurs c'est Emmanuel Prévost d'Avalanche qui nous a permis, en montrant le premier montage de Westcoast Theory à Luc Besson, d'être tour-cadreur de making-of sur "Arthur et les Minimoys". C'est d'ailleurs à cette occasion là qu'on a pu gratter une interview de Snoop et de Will I.Am. Ces deux rencontres auront vraiment donné une autre ampleur au documentaire et ça nous a poussé à avoir plus d'ambition pour le reste du film, notamment concernant le nombre de personnes à qui le DVD pouvait s'adresser.

A : Donc, c'est Luc Besson qui vous a permis de rencontrer Snoop et Will I.AM ?

M : En l'occurence, oui. On avait déjà vu Snoop mais sans jamais pouvoir prendre le temps de l'interviewer.

F : En fait, l'ingé son initial d'"Arthur et les Minimoys" les a plantés deux jours avant. Emmanuel Prévost m'a appelé en me disant qu'ils voulaient absolument Segal en remplacement. Ce qui est assez drôle c'est que, de France, j'ai appelé Segal pour qu'il vienne ici bosser avec Snoop. Donc, on s'est retrouvé en studio avec Segal, Besson, Snoop et Will I.Am. C'était une bonne journée.

A : On parlait des chaînes de télévision. Vous comptez leur proposer votre DVD par la suite ?

M : Je pense qu'une version de 52 minutes pourrait passer sans problèmes sur Arte et Canal. Une version de 52 minutes avait déjà été mise dans les mains d'Arte à l'époque où il n'y avait pas encore Snoop et Will I.Am dedans. On s'est rendu compte qu'Arte n'est pas très à l'aise quand ils ne contrôlent pas la fabrication du film depuis le début. Plus on arrive en amont, plus ils donnent d'argent et plus ils ont un impact sur l'écriture du film. Quand t'arrives tard, tu as déjà ton propre langage, ta propre idée du film qui ne va pas forcément leur plaire.

Surtout, on ne voulait pas tomber dans la voix off qui est un petit peu la marque de la chaîne. S'il s'agit de culture "jeune" on va avoir la voix cassée de la meuf de Tracks, si c'est de la géopolitique Alexandre Adler va faire la voix off...On pensait qu'on pouvait davantage toucher les gens en laissant plusieurs mecs parler dans la mesure où tu te rends vite compte qu'ils partagent plusieurs constats.

F : On s'est aussi dit que, malgré notre nationalité française, c'est un film en anglais destiné aux beatmakers du monde entier. D'ailleurs, le DVD est en vente sur les marchés internationaux et va sortir en Allemagne prochainement.
On espère que ça sortira sur d'autres territoires pour lesquels on est actuellement en négociation. On n'a donc aucun regret de ne pas avoir de voix off et d'avoir pu contrôler notre film de A à Z.

A : Qu'est ce qui fait pour vous qu'une interview va être réussie ?

F : Il y a une grande différence entre l'interview que tu vas faire avec ton dictaphone et celle que tu vas faire pour un documentaire. Dans le deuxième cas, tu es dépendant de plusieurs éléments : la lumière, l'endroit, le bruit environnant...Quand tu es en face de quelqu'un qui est super énervé ou, au contraire, qui bégaye et qui n'est pas très loquace, ça va se ressentir immédiatement à l'image. Après, l'interview réussie passera par des réponses surprenantes, des avis très tranchés, une porte qui s'ouvre vers de nouvelles problématiques...

M : En ce qui nous concerne, je pense que nos interviews étaient réussies parce que nos questions étaient surprenantes pour nos interlocuteurs. Ils étaient super touchés que des mecs viennent de loin pour leur parler d'autre chose que ce qui tournait autour de la mythologie westcoast, des clichés gangsta, des embrouilles etc. L'interview était bien quand le mec avait l'impression que, pour une fois, il n'avait pas répété la même chose que d'habitude et qu'il n'a pas eu à se protéger en permanence parce qu'il était dans une posture faussement agressive.

La plupart du temps, ces mecs là sont préséntés sous un air assez violent et c'était bien d'arriver chez eux à 11 h du matin, de les voir le sourire aux lèvres et content de nous recevoir. Après, ça passe aussi par rentrer dans l'univers d'un artiste. C'est typiquement le cas avec Fredwreck. Je pense que quand on le voit chez lui dans son pyjama, avec son narguilé, on comprend aussi des choses sur lui. Au-delà de l'interview, c'est important d'arriver à trouver de la vie.

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