Interview Aelpéacha

07/06/2009 | Propos recueillis par Mehdi avec zo. et danydaz187

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A : Tu as écouté les disques désignés comme les grands classiques de rap français comme les albums d’IAM et de NTM ?

AL : Non. Même les albums du Ministère Ämer, je ne les connais pas pour te dire à quel point j’étais hermétique. En fait, on m’a fait écouter ça en 1995 en me disant "toi tu kiffes la westcoast, tu vas aimer le Ministère Ämer" et je n’ai pas accroché. Avec le recul, je pense qu’il s’agissait plus de l’aura qu’ils avaient et du message qu’ils passaient que de son. Même aujourd’hui, ‘Les rates aiment les lascars’, ça ne sonne toujours pas pour moi. Ça n’enlève rien au personnage de Bugzy et à son caractère unique.

A : Est-ce qu’il y a un projet prévu avec Bugzy justement ?

AL : Non, pas pour le moment. On s’est beaucoup côtoyé à l’époque de Westcoast LA mais sans jamais vraiment travailler ensemble. On a fait deux sons, un sur "West rider 2" et un sur "Bandana music" mais c’est tout.

A : "Première consultation" de Doc Gyneco, tu l'avais écouté ?

AL : Je ne l’avais pas écouté à l’époque non plus. Il y avait un côté un peu franchouillard qui me déplaisait. C’est peut-être pour ça que ça a cartonné d’ailleurs [rires]. En revanche, le remix de 'Né ici' était terrible avec les cuivres et tout. Magnifique ! Comme 'Nirvana' d’ailleurs qui était super bien produit. Après le reste...

A : En parlant de West Rider 2, cette compil’ a été une vitrine pour tout le mouvement "westcoast à la française". C’est vrai que 187 prod a été créée pour encadrer cette sortie ?

AL : 187, à la base, est une radio avec 187 radio show. C’est la radio de Kicket. Après, on s’est organisé pour essayer de suivre les sorties des albums. C’est là qu’on a créé 187 prod en 2005, au moment de la sortie de "West rider 2" effectivement. Mais 187 prod reste seulement un moyen de distribuer les albums, il n’y a pas d’artistes signés.

A : Le DVD "Laxagone" est sorti l’an passé, de plus en plus de disques sortent de manière régulière. On a l’impression que le mouvement "westcoast" français est de plus en plus installé et que vous vous connaissez tous. On le voit d’ailleurs avec "Chargé" qui réunit pas mal d’artistes...

AL : C’est clair. C’est là que tu rends compte aussi qu’il y a plein de gens qui kiffent cette musique. C’est aussi simple que ça. Qu’il s’agisse de la musique à proprement parler, du lifestyle, des mecs qui sont dans les vélos, dans les caisses... Plein de gens aiment cette musique et ce qu’elle symbolise.

D’ailleurs, en 1994, "Menace 2 society" est un film qui a traumatisé la France au même titre que plein d’autres pays. Et tu voyais partout dans la rue des mecs qui se tressaient comme O-Dog. Même s’ils ne font pas partie de la culture française, il y a des codes qui sont arrivés. Ça, c’est une réalité. Secteur Ä était un peu sur ce modèle là et a contribué à relayer ce message. Mais plein de gens, en France, ont été traumatisé par Dre, par Death Row, par Eazy-E, Ruthless etc.

En revanche, je pense que NWA reste un groupe assez méconnu en France. Bien sûr, tout le monde connaît "Straight outta Compton" mais je pense qu’il y a peu de rappeurs pour qui c’est un album de chevet. Alors que c’est quand même assez violent.

 A : C’est bien le Testos d’ATK qui rappe sur "Chargé" ?

ChargéAL : Ouais, lui-même. La connexion s’est faite super naturellement parce qu’il a toujours trainé avec le RD donc, par conséquent, avec le CSRD. On a fait quinze mille soirées ensemble, on se connaît bien et on l’avait déjà invité sur un morceau qui devait figurer sur le deuxième album des CSRD mais qui n’a pas été retenu finalement. C’est pas la première fois qu’on travaille ensemble. D’ailleurs, le son sur lequel il pose sur "Chargé" devait être pour l’album de Driver à la base.

A : Comment s’est faite la connexion avec Cuizinier et Saphir le Joaillier sur "The exclusive mixtape" ?

AL: Tout simplement par DJ Raze que je connaissais. Il m’a demandé de poser et je l’ai fait.

A : Justement, il y a des gens avec qui tu aimerais collaborer ?

AL : Ça fait longtemps que j’essaye d’avoir un feat d’Annie Cordy mais elle ne répond jamais à son portable [rires]. Hormis cela, il n’y a personne de particulier. Après, je ne suis pas fermé du tout.

A : C’est déjà arrivé que des rappeurs, avec qui tu n’as as forcément d’affinité musicale, te contactent pour avoir des prods ?

AL : Il y a un mec qui m’a contacté là mais c’est vraiment pour les connaisseurs [sourire]. C’est Tweed Cadillac qui rappait dans Penthouse Players Clique avec Playa Hamm, Eazy-E et DJ Quik. "Tweed Cadillac Baby !" [il fredonne]. C’était de la tuerie ça. C’est en cours mais il n’y a encore rien de fait.

A : Tu as essayé de t’exporter et de vendre des prods à des rappeurs américains ?

AL : Il y a eu un son avec XL Middleton. Mais tous les Français ont fait un son avec XL Middleton [rires]. Sinon, pas vraiment non. Parce que, pour eux, on est "juste" des Français et demander des tunes c’est hors-sujet et aller leur lécher le cul pour essayer de gratter un truc... Si quelque chose doit se faire, pourquoi pas mais je ne vais pas rester toute la journée sur Myspace pour essayer de refourguer une prod à Daz [sourire].

A : Tu as sûrement suivi la polémique autour d’Orelsan et de son morceau 'Sale pute'. Comment aurais-tu réagi si les bloggeuses t’avaient "poursuivi" pour 'Y'a pas que la chatte' ?

AL : J’ai trouvé cette polémique regrettable notamment parce que le morceau qui en est à l’origine était mon titre préféré d’Orelsan [rires]. Je crois que c’est Olivier Cachin qui m’en avait parlé et c’est avec ce titre que j’ai connu Orelsan. "Sale pute, sale pute", j’étais mort de rire. J’étais à Miami pendant la polémique et ça n’est qu’à mon retour qu’on m’en a parlé. Apparemment il s’est fait descendre par les médias et n’aurait pas assumé ses propos. Après moi je n’ai pas suivi l’affaire en détail.

A : En fait, il s’est excusé d’avoir pu heurter certaines personnes sans pour autant renier ouvertement le morceau. Mais il a précisé que c’était un ancien morceau et qu’il avait volontairement décidé de l’écarter de son album.


AL : C’est dommage parce que c’était un bon morceau. Après, la polémique qui a entouré le morceau est un faux débat, ça reste de la musique. C’est dommage que le morceau soit passé à la trappe en tout cas parce qu’il est rigolo.

A : Tu as écouté son album sinon ?

AL : Je l’ai écouté et j’ai trouvé ça un peu trop consensuel par moments. Je ne suis pas non plus pour la vulgarité gratuite mais j’ai eu l’impression sur deux-trois textes qu’il se retenait un peu. Je préférais le côté 'Sale pute' qui me faisait marrer.

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