Interview Aelpéacha

07/06/2009 | Propos recueillis par Mehdi avec zo. et danydaz187

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A : Tu as déjà travaillé dans des cadres autres que le rap comme les BO ou la pub ? C’est quelque chose que tu aimerais faire sinon ?

AL : Franchement, je n’ai pas eu l’occasion jusqu’à maintenant et je n’ai pas vraiment creusé non plus. Après, bosser sur une BO ça peut carrément être un bon truc. Ca peut être assez long à faire mais super stimulant.

A : En parlant de BO et de cinéma, comment s’est faite la connexion avec Néochrome puisque tu as fait une apparition (coupée au montage) dans le film "Cramé"?

AL : Néochrome ? [étonné] Ah, en fait c’est le film de JP de La Cellule. En fait c’est son film et lui c’était un pote donc c’est comme ça que la connexion s’est faite. Avant d’être Néochrome, c’est d’abord le film de JP. Mais c’est vrai qu’il y a des mecs de Neochrome dans le film.

A : Et la connexion avec les membres du Jamel Comedy Club ?

AL : En fait, Fabrice Eboué alis Mr. Faf est un pote de plus de quinze ans maintenant. A l’époque, on rappait même ensemble pour déconner. Je crois qu’il a même rappé avant moi. Il est sur le premier Splifon d’ailleurs, "Embauche pour la débauche", sorti en 1999. Il rappe sous le pseudonyme de Mr. Faf et il n’a pas qu’un couplet [sourire].

A : S’il y a une de tes prods que tu devais retenir, ce serait laquelle ? Une dont tu es vraiment fier.

AL : Franchement, un son que je peux me remettre à n’importe quelle heure de la journée c’est ‘S-S-S Fonk’ avec Driver et OGK. Je trouve que j’ai vraiment trouvé un bon son sur ce titre notamment avec le synthé que j’ai repris de Bobby Humphrey [il fredonne]. C’est un passage qui a été samplé énormément de fois d’ailleurs.

Le Ministère... A : On attribue souvent le début de la westcoast en France à des groupes comme Ministere Ämer, TSN. Alors que, parallèlement, tu as des groupes, aujourd’hui considérés un peu comme des guignols - Reciprok, Alliance Ethnik - qui avaient sorti des albums super bien produits dans la vibe G-funk. Tu attribues à quoi le fait qu’ils n’aient conservé aucune crédibilité aujourd’hui ? C’est dû au genre westcoast justement ?

AL : Premièrement, le gens "spé" les percevaient deja comme des "guignols" à l’époque, car trop grand public. Deuxièmement, on avait déjà remarqué au moment où c’est sorti que leur son était bon. C’était vraiment bien produit mais je ne pense pas que les considérations eastcoast/westcoast rentrent en compte là-dedans. C’est avant tout une époque où on a voulu faire une formule commerciale qui a fonctionné et tout le monde s’est un peu engouffré là-dedans.

On sortait de ‘What’s my name’ de Snoop, etc et c’était une époque où ce qui fonctionnait c’était de faire des singles de fête. De Mellow Man à ‘La fièvre’ de NTM en passant par Alliance Ethnik et même IAM avec ‘Je danse le mia’. Tous les rappeurs allaient dans ce sens : ça devait être funky. Aujourd’hui, si tu veux être commercial, il faut faire un truc hardcore, parler de prison, menacer un peu tout le monde… C’est juste une histoire de tendances.

Après, les albums dont tu parles étaient très bien produits. Kayse, qui produisait sur le Reciprok, est super fort. On sent qu’il a vraiment kiffé ce son, qu’il a écouté South Central Cartel, Dove Shack, tout ça...

A : Je me souviens d’une interview de 4.21 donnée à l’époque au site www.rap.fr dans laquelle ils déclaraient ouvertement s’inspirer du son de Los Angeles alors que la majeure partie du rap français a toujours eu les yeux tournés vers New York. Tu as une explication à ça ?

AL : Je pense qu’il y a deux aspects. D’une part, il y a l’aspect commercial et d’autre part l’aspect "parisien". Y'a aucune "coast" quand on parle de l’aspect commercial. Comme on disait, en 95 c’était plein de "Hey, Ho" avec un côté super festif à la Snoop Doggy Dogg parce que c’est ce qui fonctionnait. Aujourd’hui, c’est plus dirty. Ce que je veux dire c’est qu’il y a quinze ans, personne n’aurait pensé que la TR-808 de 2 Live Crew allait marcher en France. Cette sonorité n’était pas présente dans les oreilles des gens. Cet aspect là vient directement des Etats-Unis et est assez incontrôlable en fait.

Si demain un ricain pète dans le micro et que ça vend des millions, il y a des chances que le concept soit importé ici. C’est ce qui se passe avec l’autotune que tout le monde utilise maintenant. Après, il y a la question du hip-hop parisien [il sourit]. Il existe un petit lobby qui a fait qu’il a toujours été plus question de eastcoast que d’autre chose.

Après, je ne connais pas le pourquoi du comment mais je pense que la raison est assez simple : les premiers mecs qui ont ramené le rap en France revenaient de New York et je pense que ça s’est développé comme ça. Là je parle vraiment des Hip-Hoppers de Paris.

A : Tu penses quoi d’un morceau comme 'Let’s ride' de The Game ? Pour beaucoup de gens, ça n’est plus westcoast alors que je trouve que ça pourrait s’apparenter à de la "new west". Un peu comme ce qu’a fait Dre avec 2001, c’est peut-être plus actuel mais on reste complètement dans l’imagerie westcoast, on retrouve ces grosses basses, ce clavier...

AL : Bien sûr, c’est complètement westcoast. La G-funk correspond à une époque et ça existera toujours parce que le format existe. Tu peux aujourd’hui faire du P-funk mais il n’empêche que ça reste un son emblématique d’une certaine époque et des 70’s. Après, il est vrai que Los Angeles, dans tous les styles de musique, a toujours eu son son. Comme c’est le cas pour d’autres Etats d’ailleurs.

A : Je me souviens d’une interview de Kery James dans Radikal dans laquelle il se disait presque hermétique à tout ce qui sortait et qu’il pouvait ne pas écouter de rap pendant cinq ans et revenir en sortir un après. On a l’impression que c’est très vrai pour toi, que tu ne vas pas te laisser influencer par ce qui sort aussi bien en France qu’aux Etats-Unis d’ailleurs.

AL : Franchement, jusqu’à un certain moment j’ai été hermétique à ce qui sortait en France. Et puis à force qu’on me dise d’écouter certains artistes, je me suis dit que si je faisais du rap en France, il fallait au moins que je sache de quoi je parle et ce qui se faisait. Donc, j’ai essayé de m’ouvrir et d’écouter un peu ce qui sortait. Aujourd’hui, je peux te citer des rappeurs de Paris, de Marseille etc. Jusqu’en 2000, je ne connaissais absolument rien au rap français.

A : En parlant de Marseille, t’es pas dégouté que les Psy4 aient eu Nate Dogg sur un son ?

AL : Ah non, pas du tout [il sourit]. Les Ricains viennent pour la tune. S’ils l’ont payé, il a du faire son truc et basta. Après, je n’ai même pas écouté le morceau donc je ne sais pas de quoi il s’agit.

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