Interview Aelpéacha

Depuis plus de dix ans, Aelpéacha s'est forgé une place de choix dans le rap français. Avec plusieurs albums référence à son actif, le "Val de Marne rider" est un artiste complet, aussi à l'aise derrière les machines qu'au micro. Encore à l'origine de la compilation "Chargé" sortie en avril dernier, il revient avec nous sur son parcours, ses influences et ses projets.

07/06/2009 | Propos recueillis par Mehdi avec zo. et danydaz187

Interview : AelpéachaAbcdrduson : On va commencer par le commencement. Quels ont été tes premiers contacts avec le rap ?

Aelpéacha : Mes premiers contacts avec le rap…[il hésite] Franchement, le premier son de rap qui m’a fait rigoler c’est 'Bouge de là'. Avant, il y avait un côté un petit peu contestataire, rap de cité qui me saoulait. J’étais pas trop là-dedans. J’écoutais plus de musiques ensoleillées, notamment du reggae. Mais 'Bouge de là' m’a bien fait rigoler. Après, la grande claque c’est Dre avec 'Fuck wit Dr. Dre day'. Là j’ai dit : "Ok c’est bon, j’ai compris". "The Chronic" est vraiment devenu mon disque de chevet et, ensuite, tous les dérivés de "Chronic" étaient, pour moi, gages de qualité. En ce qui me concerne, tout part de "Chronic". Honnêtement, si Dre n’avait pas fait cet album, j’aurais peut-être fait l’impasse sur le rap. Avant, j’écoutais le rap mais de très loin.

A : J’ai toujours trouvé que 'Tonite' de Dj Quik , le single de "Quik is tha name" était peut-être le premier morceau G-funk tel que le genre est connu aujourd’hui. C’était un morceau parmi tant d’autres mais sorti avant "The Chronic", janvier 1991, et qui est super fondateur...

AL : Oui, de toute façon, c’est sorti plus tôt. Maintenant, Quik je ne le connaissais pas à l’époque. Après, si on regarde l’histoire a posteriori, beaucoup attribuent la paternité du G-Funk à "Cold187um" d’Above the Law. Mais Quik reste un ovni. Son premier album a cartonné aux States alors qu’il avait un son vraiment particulier. De toute façon, Quik fait partie des piliers au niveau des producteurs avec Cold187um, Dre... C’est déjà pas mal.

A : Tu rappes mais tu produis plus que tu ne rappes finalement. Petit, t’as appris à jouer d’un instrument où tu t’y es essayé plus tard ?

AL : Non, je n'ai pas appris. C’est venu en tâtonnant. Je tatonne toujours d'ailleurs... Au départ, je voulais être DJ. Et puis en mixant, j’ai voulu faire mon son. J’ai commencé à tapoter sur des claviers Yamaha tout pourris et puis, de fil en aiguille, j’ai eu un quatre pistes, un sampleur etc. Ça a été évolutif, années après années. En cherchant des sons, en m’entraînant, je me suis amélioré.

A : Au bout de combien de temps as-tu commencé à être content de ce que tu faisais ?

AL : Franchement, j’étais content de moi même quand je faisais des trucs tout pourris [rires].

A : Parce que les premiers albums de Splifton, c’est un peu le bordel dessus quand même...

AL : C’est bordélique mais faut savoir que sur les quatre-cinq albums Splifton que j’ai fait, derrière il y a 100 instrus par album. Pour répondre à la question, je dirais que je peux voir une frontière entre le moment où j’ai vraiment arrêté de sampler pour tout jouer. Je peux encore sampler mais je fais rarement du sample pur et dur au sens où on l’entend d’habitude. Je suis pas contre mais généralement je joue des trucs par dessus. Au fur et à mesure, j’ai moins samplé parce que je me suis pris de plus en plus au jeu aussi. L’envie de trouver soi-même ses basses, ses propres accords... Mais attention, faut pas oublier que le sample est la base du truc.

A : C’est vrai qu’on a l’impression que tu ne samples pas beaucoup ou alors c’est pas grillé...

AL : Peut-être mais, en tout cas, je me suis aperçu que sur chaque album, j’ai un quota de 3-4 samples. Des fois, j’ai l’impression que j’ai pas du tout samplé mais il y a toujours trois ou quatres samples qui se balladent. Sur "J’arrive jamais", il y a Gainsbourg, Sly and the Family Stone, les O’jays sur "Le pèlerinage". Bref, il y a toujours des samples à droite à gauche.

A : Tu dis que ça t’arrive de te rendre compte, une fois le disque bouclé, qu’il y a trois ou quatre morceaux samplés. Justement, tu mets combien de temps pour construire un album ? Ca t’es déjà arrivé de reprendre des titres vieux de deux ans par exemple ?

AL : Ouais ça m’est déjà arrivé. La durée la plus courte c’est une semaine. C’était en décembre dernier avec Driver, pour son prochain album. J’ai fait ça avec lui parce qu’il va extrêmement vite et qu’il est capable d’arriver, d’écrire trois morceaux et de les poser direct. Comme j’étais chaud et que j’ai réussi à faire des sons rapidement, on a bouclé l’album en une semaine.

A : Ça fait un moment que cette collaboration est annoncée. De quoi s'agit-il exactement ? C’est un album de Driver où vous allez rapper tous les deux ?

AL : C’est lui qui rappe et je réalise et compose l’album.

A : On a vu dans les crédits de la "Pèlerinage mixtape" qu’un album avec Driver avait été fait en 2004 ou 2005 - 'Comme les riders le font' en est d'ailleurs tiré. Qu’est devenu cet album ?


AL : C’est dû à des histoires obscures avec Menace Records [sourire]. Pour la faire courte, on devait faire un album en deux semaines à l’époque au studio la Baleine Bleue. Au bout d’une semaine, il y a eu des problèmes d’argent et on a été obligés d’arrêter. On avait quand même eu le temps de réaliser six ou sept morceaux qu’on a recyclés par la suite. C’est un peu la même histoire avec MSJ avec qui j’avais fait un album en 2002 qui n’est pas sorti. C’est là dessus qu’il y avait notamment 'Façon California'. Là c’est pareil, on a recyclé les morceaux pour différentes occasions.

A : En tant que producteur, tu travailles avec quel matériel ?

AL : Avec deux sampleurs. Le principal c’est un Ensoniq ASR-10. Pour le séquenceur, j’utilise une MPC 2000. Même si je travaille beaucoup sur ordinateur ces derniers temps avec Cubase sur mon PC.

A : Tu te sentirais de sortir un album instrumental ?

AL : Pourquoi pas. J’avais déjà pensé à faire un double album avec une partie vocale et une partie instrumentale. Uniquement instrumental, je ne sais pas.

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