Interview DJ Damage

19/04/2009 | Propos recueillis par LMR

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A: En quoi consiste le projet "Fruits of the Past" annoncé sur le Myspace des Jazz Lib' ?

D: C'est une compilation qui regroupe tous les anciens maxis et à l'intérieur y aura 5 morceaux remixés par des beatmakers français dont 20Syl et il y a un morceau inédit des Jazz Lib avec Mos Def.

Fruit of the PastA: Tu peux raconter l'épopée de tes mixtapes "Independent Addict" et comment le dernier volet s'est retrouvé à sortir chez Universal sous le nom "Rotation Result" ?

D: C'est une histoire contractuelle avec Universal, et comme je voulais garder mon nom Independent Addict et que eux quand ils te prennent ils te la font à l'envers comme toutes les maisons de disques,  j'ai appelé ça "Rotation Result" mais j'ai quand même subtitlisé "Independent Addict vol.5".

J'ai appelé ça vol.5 parce que y avait eu déjà quatre "Independent Addict" que j'avais fait en solo, Y'a eu trois autres mixtapes dont deux avec Pone et un mix d'été de copain que j'avais fait pour Alliance Ethnik parce qu'ils étaient en tournée et qu'ils avaient pas assez de sons.

A: Et il te reste des exemplaires des quatre premières?

D: Figure toi que mon disque dur de multipistes numérique a pété il y a très longtemps et je n'ai plus du tout les matrices. Moi j'ai les cassettes et j'ai deux cédés. En plus le mec qui faisait la dupli a sauté comme c'était de la bicrave. Il est parti en prison et tout est parti avec. Les seuls supports numériques sont sûrement chez les flics quelque part, un jour j'irai peut être en prison aussi... [rires]

Par contre les mixtapes Pone/Damage c'est encore plus dingue, on les faisait sur magnéto à bande. Moi j'étais un malade mental de ça, j'ai commencé par faire du jingle, du medley des mégamixs c'était mon délire quand j'étais jeune, j'avais même inventé des partitions pour faire des édits rythmiques. Complètement barge.

A: Justement en vous voyant aux balances je me demandais si t'avais une formation musicale?

D: Pas du tout, j'ai des musiciens dans ma famille mais comme je suis le vilain petit canard j'ai pris des platines, on m'a jeté des pierres... Maintenant je regrette un petit peu.

A: Comment tu communiques avec les musiciens sur scène ou en studio?

D: Parce que j'ai de la musique plein la tronche et j'ai un peu de vocabulaire. Maintenant, quand je cherche mes accords je mets trois heures alors que si t'as un tant soit peu de solfège, tu claques ça en 2-2... C'est comme le flic qui tape avec deux doigts sur la machine à écrire, là c'est le beatmaker qui tape avec deux doigts sur son clavier. C'est frustrant et à une époque on m'a proposé de faire du solfège, j'avais quinze ans, je voulais faire le DJ, j'ai chié dedans.

A: Tu es à la fois DJ et beatmaker, je sais qu'il t'arrive de rallonger les boucles pour des mixs, est-ce que tu as d'autres exemples d'interaction entre ces deux casquettes?

D: C'est ce que faisaient les mecs au tout début des années quatre-vingt, ils rallongeaient les boucles au passe-passe puis ils finissaient par le mettre sur bandes, de 80 à 83 t'as beaucoup de breaks de soul, de funk qui sont bouclés à travers une bande, avant l'avènement du sampler avec le S900 d'AKAI.

Ce qui se passe c'est que quand t'es DJ à force de jouer la musique des autres t'as envie de faire la tienne. Quand on commence à te donner les moyens de piquer la musique des autres pour en faire autre chose. Tu te dis: je vais essayer.

Même si j'ai réfuté le numérique longtemps, j'aurais pû commencer beaucoup plus tôt. Je me suis mis au sampler que fin 80 début 90. Mais j'étais puriste du truc j'aimais que l'analogique, le numérique pour moi c'était de la merde. Le jeune vieux con rétrograde.

A: Et maintenant c'est l'ère du Serato...

D: A force de porter des disques depuis vingt ans j'ai le dos qui est en vrac. Ca me pose pas de problème le Serato, alors il y a beaucoup de puristes qui me disent : "mais gars, pas toi qui a une collection de vinyles de fou". Il faut pas non plus aller à l'encontre du progrès, après je peux comprendre certains mecs de ma génération, voire même plus vieux, qui crachent là dessus, les Grand Master Flash...Mais les gars, réveillez vous parce que vous allez vous faire gratter.

Quand tu vois les possibilités qu'ont ces machines là actuellement et moi je ne l'exploite qu'en tant que banque de sons mais si je mets la tête dedans je commence à taper de la loop dans tous les sens, ce que fait Pone, laisse tomber, et après t'as des Kentaro et là on atteint le sommet du bordel. Mais tu peux t'éclater, tu peux faire un medley en direct, c'est pas un rêve de DJ de faire un medley en direct dans une soirée. Les bons albums, je les achète en vinyles. Et puis les disquaires disent que les ventes remontent et on le constate aussi avec nos ventes.

Effectivement, c'est plus les ventes d'il y a cinq ans, mais faut pas se voiler la face, c'est une histoire de pognon, les gens arrivent déjà plus à faire croûter leurs gosses ils vont pas acheter des vinyles non plus. C'est le début du déclin de la société capitaliste. Nos arrières petits enfants vont en chier.

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