Interview Bink!

23/03/2009 | Propos recueillis par The Unseen Hand avec Kraus Phade (Photo) | English version

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A : En 2000, Jay-Z a sorti "The Dynasty" qui a vraiment mis ton travail, ainsi que celui de Just Blaze et de Kanye West sous les feux de la rampe. Comment se fait-il que tu n’aie pas été présent sur tous les albums de Jay-Z par la suite?

B : J’ai produit quelques morceaux sur "The Blueprint" qui est sorti juste après "The Dynasty" mais je me suis un peu éclipsé du camp Roc-A-Fella car quelqu’un copiait mon son au sein même de l’équipe. Je n’aimais pas du tout ça car je suis de l’ancienne école, du temps où copier le son ou le style de quelqu’un d’autre, ce qu’on appelait "pomper", était quelque chose de très personnel. Pour la nouvelle école, ce n’est pas important de "pomper", l’essentiel c’est d’avoir un chèque. C’est ce que je déteste dans le milieu. Toute la partie créative n’existe plus. Il n’y a plus beaucoup de gens qui te donnent envie de retourner à la maison et d’allumer les machines lorsque tu entends leur musique. Pour beaucoup de ceux que tu entends aujourd’hui, tu as l’impression d’entendre une certaine personne mais c’est quelqu’un d’autre et ce n’est pas bien grave. A l’époque des gens se faisaient tirer dessus et frapper pour des choses pareilles !

A : Qui a "pompé" ton style?

B : Je pense que c’est assez flagrant ! Tu peux facilement me le dire.

A : Je dirais… Just Blaze ?

B : Bien sûr ! Tu fais partie de ces personnes qui font attention aux détails. Le fan ou consommateur lambda se foutent de qui a pris quoi à qui. Ce n’est pas leur problème. Ils veulent juste que le morceau soit bon. Mais si tu es un fan de  musique et que tu as suivi l’évolution du milieu, alors tu sais vraiment qui a apporté quoi et qui m’a piqué des sonorités depuis que je suis arrivé dans le milieu.

Le truc le plus dingue c’est que je m’entendais bien avec lui. Just Blaze et moi étions vraiment sur la même longueur d’onde durant un certain temps pendant l’enregistrement de "Dynasty" et de "Blueprint". Quand on en est arrivé au point où il copiait ce que je faisais, c’est là que ça n’allait plus pour moi. Il a fini par signer avec Gee Roberson et Hip Hop qui étaient directeurs artistiques chez Roc-A-Fella. Une fois que j’ai fait comprendre que la situation ne me plaisait pas, ils m’ont mis de côté et j’ai poursuivi ma carrière ailleurs.

A : Tu ne t’entends donc plus avec Just Blaze ?

B : Disons que nous ne nous parlons plus [rires]. La première fois que je l’ai rencontré, ses beats sonnaient comme des productions de Swizz Beatz ! C’est là toute l’ironie de l’histoire. C’est le seul gars que j’ai entendu dans le milieu piquer à autant de producteurs. Il commence seulement à avoir une patte personnelle mais même maintenant, il sonne comme Dj Toomp ou Drumma Boy. Il fait ce qui est à la mode et c’est cet aspect du milieu avec lequel je ne suis pas d’accord. Je ne vais pas changer mon style de production pour faire ce qui marche. Il est connu pour "emprunter" le style de beaucoup de gens. C’est sa devise. C’est quelqu’un de talentueux, je veux bien lui reconnaître ça, mais il n’a rien apporté de neuf au hip-hop. C’est le seul truc qui lui manque : son propre son !

A : Qu’en est-il de Kanye ? Est-ce que tu es en bons termes avec lui ?

B : Ouais ! Kanye et moi nous entendions vraiment bien. Lorsqu’il est apparu sur la scène, il me demandait beaucoup de conseils. Il m’appelait et me demandait mon avis sur beaucoup de choses. Je suis une des premières personnes devant laquelle il ait rappé et j’étais impressionné parce que c’était la première fois que je voyais un producteur devenir rappeur et en plus de ça il était vraiment doué. Il prenait le bus pour venir chez moi, bien avant qu’il ait tout cet argent et nous faisions ce que l’on appelait des "beat-bars". On se jouait chacun des beats l’un après l’autre. C’est quelque chose de bien à faire. On aime toujours s’entourer de gens qui sont au moins aussi fort voire meilleurs que soi car c’est la seule façon d’évoluer. Avoir l’opportunité de jouer des beats à Kanye était quelque chose de très motivant car tu ne pouvais pas te permettre de jouer un beat pourri car tu savais qu’il allait jouer un beat incroyable juste après. Il pensait la même chose de moi et cela nous permettait de donner le meilleur de nous-mêmes et de rester toujours au niveau.

A : Que penses-tu de son dernier album "808’s & Heartbreaks" ?

B : Je l’adore ! Il est vraiment bien produit. Tu ne peux pas nier la qualité musicale du projet.

A : En parlant d’autres producteurs, que penses-tu de tes camarades issus de Virginie ?



B : Timbaland est l'un de mes producteurs préférés car il ne respecte aucune règle. Il ne s’enferme pas dans un style particulier. Tant que ça sonne bien à ses oreilles, il le fait. Missy et lui forment vraiment un duo détonnant car lorsque les gens les écoutent, ils disent souvent : "Wow ! Où est-ce qu’ils ont été chercher ça ?". Il y a beaucoup de gens dans le milieu qui ont peur d’innover. Maintenant, tout le monde utilise ce bon vieux 808 [rires]. Le 808 et des handclaps. Timbaland, lui, peut faire un beat à partir de rien du tout. 



A : Nottz reste l'un de mes producteurs préférés issus de Virginie. 



B : Bien sûr, Nottz fait partie des meilleurs. Nous sommes arrivés au même moment. Nottz et moi mettions nos beats sur les mêmes cassettes. Darryl Sloan nous manageait tous les deux et il s’occupe toujours de Nottz aujourd’hui. Je suis toujours en contact avec lui. C’est vraiment un producteur impressionnant. Il me rappelle beaucoup J Dilla.

A : Pour moi, Nottz c’est le mixe parfait entre Jay Dee & Dj Scratch.



B: Absolument ! Je vois que tu es vraiment à l’écoute de tout ce qui se fait. J’aime ça ! Ça fait plaisir quand une personne t’interviewe et qu’elle sait de quoi elle parle et je peux te dire que tu sais de quoi tu parles.

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