Interview Bink!

Avec Just Blaze et Kanye West, le producteur Bink! composait la Sainte Trinité qui a défini le son du label Roc-A-Fella à l'aube de la décennie. Pourtant, ni son sens de l'espace, ni ses rythmiques inspirées ne lui ont permis d'atteindre le succès de ses collègues. Il s'en explique dans cette interview rétrospective, qui risque de faire siffler les oreilles d'un certain producteur-star...

23/03/2009 | Propos recueillis par The Unseen Hand avec Kraus Phade (Photo) | English version

Interview : Bink!Abcdr du Son : Peux-tu te présenter ?

Bink! : Je pense que tu peux m'appeler l'un des meilleurs producteurs en Virginie. Je m'appelle Bink!. Je suis connu pour avoir beaucoup travaillé avec Jay-Z et le label Roc-A-Fella, mais aussi avec Mr Cheeks. J'ai commencé avec Teddy Riley en 1993. Je pense être un vétéran car cela fait plus de 16 ans que je suis dans le milieu. Je me sens vieux.

A : Quelle a été ton éducation musicale ?

B : C'est très simple, c'est la transition entre l'église et la rue. J'ai commencé par jouer des percussions à l'église de 8 à 14 ans. Ensuite, je n'ai plus trouvé très cool d'aller à l'église. Au cours de l'année du collège, je trimballais toujours une petite boîte à rythme. C'est à ce moment-là que c'est devenu bien plus qu'un hobby pour moi. J'ai vraiment commencé à faire de la musique une fois que j'ai reçu mon diplôme.

A : Qu'est-ce qui t'a donné envie d'être producteur plutôt que MC ou DJ ?

B : A l'époque, je rappais aussi. J'étais un vrai fan de hip-hop depuis le début des années 80. Le fait de jouer des percussions à l'église me permettait d'être payé tous les dimanches. C'est avec cet argent que je me suis acheté mon premier disque : '30 Days' de Run DMC. C'est ce morceau qui m'a fait aimé cette culture. Nous avions un crew de break dance avec des amis et nous sommes passés de la danse au rap, puis nous nous sommes mis à faire des beats et des cercles au coin de la rue. Je le vivais à fond.

A : As-tu encore des mixtapes sur lesquels on t'entend rapper ?

B: Non… mais tu sais quoi ? Dans le temps, je faisais des mixtapes et je rappais sur l'intro ou des trucs du genre. C'est comme ça que je me suis fait un nom en Virginie. A l'époque, on ne vendait que des mixtapes.

A : A quoi ressemblait la scène locale à cette époque ?

B : Pas mal de gens appellent la Virginie "Little New York" car lorsque le crack est apparu, beaucoup de New Yorkais sont venus s'installer ici. En plus, la Virginie est une région où il y a beaucoup de militaires qui viennent d'un peu partout. Heureusement pour moi, j'ai un cousin qui habite à Brooklyn, il s'appelle Dion. C'est lui qui me ramenait toutes les mixtapes de Chuck Chillout et de Red Alert parce qu'il passait tous les étés chez ma grand-mère. Je m'asseyais et je les écoutais pendant des heures. Les classiques sont différents selon les endroits où tu vas. Je me familiarisais avec beaucoup d'artistes qui ne passaient pas à la radio en Virginie. C'est à New York que tout a commencé et j'ai pu découvrir des morceaux exclusifs de l'underground grâce à ces tapes.

Jay-Z

A : Quelles ont été tes influences en terme de production ?

B : Rick Rubin, Teddy Riley, Buckwild, Pete Rock, Lord Finesse, NoID, Dre et beaucoup d'autres. Mon groupe favori reste A Tribe Called Quest. J'étais un gros fan. J'aime encore les productions d'Ali Shaheed et Q-Tip. J'ai beaucoup appris d'eux.

A : Y'a-t-il quelqu'un en Virginie qui t'inspirait beaucoup à cette époque ?

B : Ouais car si tu regardes bien, Missy Elliott et Timbaland sont les premières personnes originaires de Virginie à avoir vraiment percées. C'était très motivant de les voir faire leur truc avec Jodeci à l'époque. Avoir suivi leur évolution m'a donné beaucoup d'espoir de pouvoir vivre mes rêves.

A : Tu disais un peu plus tôt que tu avais travaillé avec Teddy Riley, n'est-ce pas ?

B : Ouais ! Le premier morceau que j'ai produit c'était 'Don’t Leave' de Blackstreet en 1993.

A : Comment l'as-tu rencontré ?

B : Teddy Riley avait un studio sur Virginia Beach. Je me trouvais dans un salon de coiffure qui s'appelle Triple Play. Il se faisait couper les cheveux et j'étais dans un studio situé au dessus du salon. J'étais en train de faire du son et il m'a entendu. Il est monté et m'a demandé de lui jouer quelques beats. Je lui ai joué l'instru de 'Don't Leave'... et tout le monde connaît la suite.

A : Qu’as-tu appris en travaillant avec lui ?


B : C’est un perfectionniste et l'un des producteurs les plus talentueux que je connaisse. Un vrai virtuose du clavier. Beaucoup de gens ne savent pas qu'à ses débuts, il a produit du hip-hop comme par exemple le morceau de Doug E Fresh 'The Show' ou encore les premiers Heavy D. La plupart de ses productions étaient épiques et ambitieuses. Il mixait les morceaux comme personne d’autre.

A : Est-ce parce que tu le considérais comme un "virtuose du clavier" que tu as basé ton style de production sur des samples ?

B : Non, non, non. Les samples font partie de la culture hip-hop. C’est comme ça que tout a commencé. Si tu sais jouer du clavier, ce que Teddy savait faire, tant mieux pour toi mais moi je ne le maîtrisais pas comme lui. Je m’inscrivais donc dans la même veine que des Lord Finesse, D.I.T.C., Buckwild et tous ces gars qui passaient leur temps à fouiller les bacs.

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