Interview Killer Mike

15/02/2009 | Propos recueillis par The Unseen Hand avec Nemo & JB | English version

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A : Tu as fait un clip du morceau 'Pressure' où tu rappes avec Ice Cube. Que représente ce titre pour toi ?

K : Je ne suis pas aussi calé sur la politique internationale que sur la politique américaine, mais je sais que l'Amérique a été fondée sur les principes d'une république dirigée par la volonté souveraine de son peuple. L'intérêt du peuple, la poursuite du bonheur et, surtout, les droits des citoyens doivent se placer au-dessus de l'intérêt du gouvernement. Quand je vois le gouvernement bafouer les droit du peuple, je veux prendre la parole pour m'y opposer. Et à chaque fois que les droits d'un citoyen sont bafoués, peu importe sa couleur de peau, je veux faire ce qu'il faut pour lancer une véritable prise de conscience. Mon avis, c'est que les politiciens ne nous écouteront pas, alors nous devons leur foutre la pression, en tant que patriote, et en tant qu'américains.

A : Que penses-tu de l'engouement que peuvent avoir les rappeurs pour Barack Obama ?

K : C'est une bonne chose, mais je pense aussi que beaucoup le soutiennent parce qu'il est noir. Ça n'est pas nécessairement une bonne chose. Cela dit, tout ce qui peut pousser un rappeur à parler d'un changement en matière de politique reste pour moi très positif.

A : A mon sens, les rappeurs soutiennent Obama par effet de mode, mais la plupart d'entre eux n'ont aucune conscience de ce qu'il se passe en politique.

K : Je suis du même avis. J'ai parlé politique tout au long de ma carrière, alors ça m'amuse un peu de voir tous ces mecs en parler aujourd'hui alors qu'ils étaient muets avant.

A : Même si Obama ne remporte pas l'élection, il aura accompli une grande chose : celle d'intéresser les gens à la politique.

K : Oui. Je pense sincèrement qu'il peut l'emporter. Il inspire vraiment les américains à remettre en perspective la politique telle que nous l'avons suivi au cours des quinze à vingt dernières années. J'attends donc que les américains fassent les choses différemment. C'est une très belle opportunité pour changer le regard que le monde porte sur nous. J'ai vraiment foi en Obama.

A : Penses-tu que les blancs du sud des États-Unis vont accepter d'avoir un président noir ?

K : Il faut réaliser une chose : y a-t-il du racisme aux États-Unis ? Oui ! Y a-t-il du racisme en Europe ? Oui ! Y a-t-il du racisme dans le reste du monde ? Oui ! Le racisme est une question d'argent et d'économie. A chaque fois que des gens se retrouvent en bas de l'échelle, en servitude ou derrière les barreaux, c'est du racisme pour le profit.

Le racisme est un outil employé pour générer des bénéfices.  Mais le problème n'est pas là : le problème, ce sont ceux qui ne voient pas Obama comme quelqu'un issu de la classe ouvrière. Sa mère est blanche. J'attends de rencontrer celui qui reniera sa propre mère ou la race de sa mère. Avec une mère blanche, comment pourra-t-il voter contre les intérêts des blancs des classes moyennes ? C'est quelque chose inscrit dans son sang, au même titre que ses origines africaines. Alors, bien qu'il soit noir et qu'il veuille accomplir de grandes choses pour le réveil de la communauté noire, je ne peux pas mettre de côté le fait que sa mère est blanche. Et aucun fils digne de ce nom ne pourrait obstruer le chemin des gens qui lui ressemblent.

Killer Mike

A : J'ai cru t'entendre dire que tu venais du "vrai Atlanta". C'est quoi le "vrai Atlanta" ?

K : Le vrai Atlanta, c'est la ville qui se trouve à l'intérieur de l'autoroute circulaire 285. Je suis un produit de cette ville. Je suis allé à l'école publique d'Atlanta, je suis né à l'hôpital du conté. J'ai grandi dans une ville dirigée par des noirs, là où les commerces locaux sont noirs, où il y a des classes sociales noires du bas, du milieu et du haut – celle des politiciens noirs. Et c'est un milieu vraiment différent de certains quartiers comme College Park, Douglasville, Marietta ou Decatur. Si tu grandis au cœur d'Atlanta, tu vas avoir un mode de vie  vraiment différent de celui que tu aurais que si tu grandissais dans les quartiers résidentiels.

La plupart des gens qui se réclament d'Atlanta viennent en fait de ces coins-là. Rien de mal à ça, d'ailleurs : ça reste Atlanta mais ce n'est pas la même chose. L'environnement dans lequel j'ai grandi, c'est celui de T.I, de Shawty Lo, de Bonecrusher, des Franchise Boyz. Et cet environnement est très différent de celui qu'ont pu connaitre Dre, Big Boi ou B.O.B. Parce que nous, nous étions littéralement dans la ville d'Atlanta.

A : En parlant de B.O.B, comment vois-tu la nouvelle scène d'Atlanta ?

K.M.: J'aime beaucoup et je pense qu'elle a un gros potentiel. Je pense aussi que le son de la Dungeon Family  est devenu le son d'Atlanta, comme Dr. Dre est le son de L.A. et Preemo le son de New-York.

A : Tu as parlé de "I Pledge Allegiance To The Grind Part 3". Tu peux nous en dire plus ?

K.M.: Oh, je commence tout juste à bosser dessus. Je ne sais pas si tu as vu la pub dans le volume 2 mais il y a une super meuf dessus. Tout ce que je peux dire à propos du volume 3, c'est qu'elle sera dessus. Je bosse aussi sur un projet plus underground avec des inspirations plus blues & soul. Je raconte toute une histoire sur ce projet. Ça s'appelle "The Dope Story" et ça devrait sortir pour automne 2008, on a prévu de presser 25000 exemplaires [NDLR: le projet n'est pas encore sorti.]

A : Et que devient "16’s In The Kitchen" ?

K.M. : No I.D. et moi essayons de le terminer pour l'été 2009. Je vous promets que ça ne se transformera pas en un "Detox".

A : Quelle différence y'aura t il entre "16’s In The Kitchen" et la série "Allegiance" ?

K.M.: "16’s In The Kitchen" sera bien différent. Vous y entendrez une grosse partie de ma vie. Ce ne sera pas philosophique pour autant mais vous entendrez littéralement la passion et l'agression et tout ce qui va avec. C'est l'histoire d'une mère de seize ans et de son gosse qui vivent à une époque où le crack est partout.

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