Interview Killer Mike

15/02/2009 | Propos recueillis par The Unseen Hand avec Nemo & JB | English version

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A : En tant que MC, quel objectif veux-tu atteindre ?

K : J'aimerais laisser derrière moi un héritage qui fera de moi une légende. Je veux qu'à ma mort, mon nom soit encore cité parmi les MC's. Je veux devenir l'un de ces mecs à qui l'on se compare habituellement : des Biggie, 2Pac, Ice Cube, Rakim, OutKast, Goodie Mob, NWA, Too $hort. Je veux devenir une référence, je veux marquer l'histoire.

A : A ton avis, quels sont les efforts à mettre en œuvre pour y arriver ?

K : De la consistance ! Je connais tellement de mecs qui ont fait des hits et qu'on a complètement oubliés depuis. Il ne reste plus que leurs morceaux. Il faut donc de la consistance, la capacité à sortir des sons qui résistent aux poids des années, mais aussi les compétences d'un homme politique pour pouvoir naviguer dans l'industrie du disque. J'espère que j'atteindrai ce but. Et puis, un peu de chance ne me fera pas de mal non plus.

A : Les gens de l'industrie parlent toujours de toi avec les meilleurs égards, pourtant tu restes plutôt méconnu.

K : Oui, je sais. C'est la chose la plus étrange : même si ma voix porte, les gens ne m'entendent pas forcément.. DJ Premier me connaît, Rakim aussi, OutKast m'a signé, Goodie Mob aime ma musique, Ice Cube fait des morceaux avec moi, pas pour une question d'argent, mais pour faire des morceaux mortels. Scarface me considère comme l'un de ses rappeurs préférés… Tout ça, c'est la récompense pour tout le travail que j'ai abattu. Je crois que pour faire changer d'avis les gens, il ne me reste plus qu'un morceau, alors je travaille sur ce morceau-là.

En janvier sortira "I pledge allegiance to the grind pt. 3" alors qui sait, peut-être que ce disque-là fera la différence. Ou le suivant. Mais je vais bosser, bosser, bosser jusqu'à cet aboutissement parce que si je ne travaille pas, je trahis les gens qui me soutiennent et m'ont permis d'arriver jusqu'ici.

A : Tu sembles avoir une vision claire des choses à accomplir avec Grind Time. As-tu un plan B en cas d'échec ?

K : Non, l'échec n'est pas une option. Je ne peux même pas envisager l'échec.



A : Tu as dit "Je n'ai pas toujours fait partie de la Dungeon Family, j'étais juste un fan qui a eu un deal". Que faisais-tu avant de te retrouver sur "Stankonia" ?

K : Je vendais de la came ! [rires]

A : Cette expérience de dealer, elle t'a permis de devenir un bon businessman ?

K : Ça m'a aidé à comprendre que le business, c'est une affaire d'ajustement permanent. Rien n'est constant. Avec la drogue, tu peux faire un excellent mois, le suivant sera merdique, mais quoi qu'il arrive, il faudra rester consistant. En musique, la plus grosse erreur que j'ai pu commettre, c'est d'arrêter de balancer du son pour l'underground après avoir signé mon contrat. Quand j'ai sorti mon premier album en 2003, la maison de disques a arrêté de le travailler après quelques semaines. J'ai immédiatement sorti un autre album dans la foulée, et ainsi de suite, un album par an. Ça m'a permis de devenir ce que je suis aujourd'hui. La consistance, c'est la clef. Le contrôle du produit également. Assure-toi de la qualité du produit que tu mets en vente. C'est ce que le deal de drogue m'a appris, alors je l'ai intégré à ma musique.

A : Penses-tu que les talents hors-normes d'Andre 3000 et Cee-Lo peuvent expliquer l'implosion de la Dungeon Family ?

K : Je ne crois pas. Les gens ont cru que le succès allait venir en imitant Andre et Cee-Lo. Et ce au lieu de développer la Dungeon Family comme une marque à l'intérieur de laquelle nous pouvions faire ce que nous voulions. Je me suis servi de la marque Dungeon Family pour amener le public vers Grind Time. Et ça a sacrément bien marché. Je ne peux pas chanter aussi bien que Cee-Lo, je ne peux pas créer les mélodies de Dre, mais ce que je sais faire, c'est rapper extrêmement bien. Tous ces gens qui kiffaient la Dungeon Family et qui kiffaient les très bons rappeurs, je les ai amenés vers Grind Time. Désormais, ils soutiennent ces deux familles. C'est une question de logique.

A : Tu as récemment mis fin à ton conflit avec Big Boi, et on a pu voir Goodie Mob au complet sur scène. Pourrais-tu assister à un come back de la Dungeon Family ?

K : Je vais te dire un truc, mon pote. J'ai reçu un coup de fil du site rezidue.com ainsi que Bun B d'UGK. Les deux m'ont appelé pour me dire que Goodie Mob étaient de retour au grand complet. Bun a pris des photos et nous les a envoyées. Quand j'ai vu ces photos, j'ai compris ce que les gens ont pu ressentir en voyant les photos de Big Boi et moi. Je crois que… Enfin non, je ne peux pas dire que je crois, mais j'espère qu'un jour, tu pourras voir une tournée de la Dungeon Family au complet. J'aimerais vraiment voir ça.

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