Interview Les Sages Poètes de la Rue

22/04/2002 | Propos recueillis par Nicobbl

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A : "Après l'orage" est au regard des albums précédents, plus court que les deux premiers, c'était une volonté de condenser l'album pour ne garder que les meilleurs morceaux ?

M : Oui, c'est un choix artistique, on travaille comme ça. On avait le double des titres présents sur l'album.

Z : On s'est fait mal. Avec le recul on se dit que certains titres auraient pu être dedans. On s'est fait violence. 4 ans en arrière, on aurait fait comme pour "Jusqu'à l'amour", où y'avait 24 titres sur le tracklisting et 40-45 de produits. On s'était dit à l'époque : on va en mettre un maximum. Aujourd'hui, on s'est dit on va trancher. On est trois, y'en a peut-être certains qui préfèrent certains morceaux, on s'est pris la tête grave. Au final on a gardé 13 titres pour faire un album condensé, compact, qui représentait bien l'état d'esprit dans lequel on avait travaillé ces dernières années.

M : Surtout un album qui s'écoute facilement. On a voulu faire en sorte cette fois-ci que ce soit plus compact, et que tu puisses bien analyser les titres, bien rentrer dedans. C'est clair que sur un double album, y'a des morceaux qui vont passer à la trappe.

A : Quel bilan faites-vous aujourd'hui de l'aventure Beat de Boul ?

Z : C'était une expérience pour nous, on était un peu novice dans le domaine de la production. Le bilan c'est que quand toi t'es pas encore au top niveau, c'est chaud de produire d'autres personnes. D'autres personnes qui ne comprennent pas spécialement, qui sont pressées. Nous, on fait tout par passion. Quand on a monté Beat de Boul, c'était pas une histoire de gen-ar, c'était une histoire de c'ur. Pour faire sortir des disques aux gens dont on était proches. Aujourd'hui avec la maturité, tout ce qu'on connaît du rap, on aurait pu mieux le faire. A l'époque, c'était peut-être un peu trop tôt. Aujourd'hui beaucoup sortent en indépendants, font ceci, cela.

A : Quel regard justement vous portez sur ceux qui étaient chez Beat de Boul, et sont en train de se réaliser autre part ?

Z : Ils ont fait leur chemin et choisi leur voie. Nous quand on fait Beat de Boul, c'était pas pour enfermer les gars, mais pour les aider à voler de leurs propres ailes, comme nous. On a donné un coup de pouce, dans le sens ou on leur a permis de ne pas passer par certaines étapes, en leur apportant certaines facilitées. Maintenant, chacun a choisi son chemin, c'est pas plus mal, on verra au final.

A : On a entendu ces deux dernières années pas mal de rumeurs autour d'un projet solo de Dany Dan, je voulais savoir ce qu'il en était réellement.

Z : Dany bosse dessus, et moi aussi je prépare un second album solo. On a mis nos projet de coté, pour nous mettre au service du groupe. C'était primordial si on voulait que Sages Poètes existent encore, on se devait de revenir avec un album Sages Po'.

A : Et toi Melopheelo quelque chose de prévu ?

M : A l'époque où on parlait d'un solo de Dany Dan moi aussi je commençais à préparer un truc. Mais un solo, c'est vraiment quelque chose du travail et c'est quelque chose que tu fais quand tu le sens. Moi je me sens plus à l'aise dans la production. Si je fais un album solo, ce sera plus un album concept dans lequel j'inviterai des gens dont j'apprécie le travail, plus qu'un album que je vais défendre sur scène. Mais aujourd'hui la priorité c'est le groupe.

A : On est au lendemain du premier tour des élections présidentielles, j'aimerais avoir vos réactions'

Z : A froid, on va te dire c'est la merde. C'est une surprise, mais en même temps, c'est une surprise qui fait mal. Ca reflète bien le climat de tension, de parano, de manque de communication dans lequel on est en ce moment. Tout ça a laissé la place à un mec qui oeuvrait dans l'ombre en faisant sa propagande. Le paysage politique était pas attrayant, ces dernières années on a entendu que des magouilles, et y'a eu un désintéressement encore plus important. Y'a eu des gens qui ne sont pas allés voter, comme nous. On était en studio pendant la période d'inscription, mais c'est pas une excuse non plus, mais y'a un sentiment de ras le bol, "c'est la même merde tout le temps". Cette négligence ça nous amène à ces résultats.

A : En tant qu'artistes populaires qu'est-ce que vous pensez faire par rapport à ça ?

Z : Nous on a jamais été un groupe politique, mais on a toujours ce coté social qui est propre au rap. Bizarrement, nous sur scène dans notre show, avant le morceau 'Coup de gueule' on a un interlude où on dit que notre ennemi principal c'est le Front National. Mais à ce moment, le Front National c'était pas la menace que ça peut être aujourd'hui. C'était un signe.

A : On arrive à la fin, vous avez quelque chose à rajouter ?

Z : On espère que politiquement, ce vote sera juste une erreur. Sinon ça va vraiment être chaud.

Au niveau de l'album, on espère qu'il rentrera dans un maximum de foyers, des gens qui sont dans le rap mais aussi d'autres personnes. C'est un album éclectique, durant ces dernières années, on a côtoyé des gens qui étaient dans le rap et d'autres qui n'y étaient pas forcément. C'est ça la grande richesse de cet album. On espère qu'il sera écouté par un maximum de gens. On va faire des tournées, on va aller vers les gens, on va leur faire découvrir cet album.

M : On espère que ce sera un classique comme le premier Qu'est ce qui fait marcher les sages ? Aujourd'hui, on en parle encore beaucoup, certains font le rapprochement par rapport à l'esprit de cet album, que ça ressemble à l'esprit du premier, à la sauce 2002. J'invite tous les gens à se poser au moins une heure pour écouter cet album.

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