Interview DJ Premier

14/12/2008 | Propos recueillis par JB | English version

Suite de la page 1

Charlie Baltimore - Cols as Ice

Charlie Baltimore –  Cold as ice (1999)

Je l'ai rencontré avec Biggie à Daddy's House. Lui et moi on faisait une pause, et je me rappelle qu'elle était assise sur ses genoux, toute occupée à l'embrasser dans le cou. Il faisait "Yo, elle c'est ma nouvelle meuf". Alors moi : "Ha ouais ?". "Ouais, elle s'appelle Charlie Baltimore et en plus elle sait rapper !" Moi : "Ha ouais…". Tout ce qu'elle avait, c'était qu'elle était sexy, avec ses petits tatouages sur les jambes, tous ces trucs-là… En gros l'histoire c'est ça, elle a fini par me faire écouter ce qu'elle faisait. Vu qu'à l'époque tout le monde roulait avec Biggie, voilà un peu comment la connexion s'est faite.

 

Cee-Lo Green - ... is the Soul Machine

Cee-Lo Green… is the Soul Machine (2004)

Cee-Lo est passé me voir en studio car il était de passage à New York. Je le connaissais depuis longtemps car j'allais souvent à Atlanta à l'époque. Je connaissais Dallas Austin du temps où il était propriétaire de Rowdy Records, on avait bossé ensemble pour l'un de ses groupes, deux petits gamins qui s'appelaient… [il cherche, puis son manager lui glisse le nom] Illegal, voilà. Une fois, j'étais allé voir un showcase de Goodie Mob. J'étais un fan de Cee-Lo et de l'ensemble du groupe : Khujo, Gipp, tous. Mais j'avais remarqué le talent de Cee-Lo en tant que rappeur et chanteur. Quand il est venu me voir à New York, j'avais un sample qui tournait et il m'a dit "Fais juste tourner ce truc en boucle, ne mets même pas de beat par-dessus, je veux que toutes les parties soient assemblées ensemble". C'est ce que j'ai fait, et il est rentré chez lui avec le son. Il a travaillé les pistes de son côté. Sur la version de l'album, ils ont ajouté tout un tas de trucs que je n'avais pas incorporé au départ. Ca m'a foutu en rogne qu'il fasse un truc pareil. Aujourd'hui, on est en bons termes mais quand il s'agit de ma musique, je ne me laisse pas faire. Et là, ça ne sonnait pas comme ce que j'avais fait au départ. J'ai la version mixée sans tous ces trucs en plus. Mais bon, au final, le message est passé et il n'y a pas de mauvais sang entre nous. Cee-Lo a même enregistré un titre pour Forbid, l'un des artistes de la Gangstarr Foundation. Le morceau s'appelle 'How I feel'. Il a tellement d'émotion, il s'est vraiment donné à fond. Il a aussi posé des voix pour Da Ranjahz – le morceau s'appelle 'Inspiration'. En fait ça me revient : il était à New York pour faire ce titre-là, et c'est comme ça que la connexion a eu lieu pour notre morceau.

 

Termanology - Politics as Usual

Termanology – Politics as usual (2008)

Term' est un bon pote. Un gamin de Lawrence, Massachussets, près de Boston. Ce gosse, il ne rappe pas à moitié. Il aime le hip-hop du fond du cœur, il ne rigole pas avec la rime et à chaque fois que j'entends l'un de ses nouveaux morceaux, je vois qu'il n'arrête pas de progresser. C'est Static Selektah qui m'avait branché sur lui il y a pas mal de temps. Il n'arrêtait pas de me lancer des dédicaces. Quand je l'ai rencontré, il s'est révélé être exactement fidèle ce qu'il disait être : un MC doué et concentré sur ses affaires. Je respecte ça, c'est un vrai gars.

 

Jeru the Damaja - The Sun Rises In The East

Jeru the Damaja… The Sun rises in the East (1994)

Jeru, c'est la Gangstarr Foundation, donc bosser avec lui était l'évidence même. Il a été présent dès les prémices de Gangstarr. En ce temps-là Forbid était là, il y avait aussi Lil' Dap et Melacchi the Nut Cracker de Group Home, Shug qui sortait de prison, et Jeru faisait déjà partie du décor. Après le carton qu'avait été 'Come clean', on savait qu'on était obligé de faire de l'album un classique. Et on y est carrément arrivé. Je me souviens que Biggie nous disait "Les mecs, si jamais vous décidez de faire un clip pour 'Brooklyn took it', laissez-moi me poser juste à côté de vous, rien que pour flamber devant la caméra et prendre l'air DUR !" Je n'oublierai jamais la fois où Biggie m'a vu à l'angle de Fulton Street et Washington Avenue. Il a traversé et m'a dit "Qu'est-ce que je dois faire pour faire ma thune car toi tu y arrives grave !". Je roulais dans une BMW Midnight Blue 525, avec un levier de vitesses, la transmission manuelle et un intérieur boisé en cuir blanc. La totale, personne ne pouvait tester. Moi et Jeru, on roulait dans le quartier, et Biggie nous avait littéralement couru après ! Puff et lui commençaient tout juste à ce moment-là. Il n'avait pu me payer que 5000$ pour faire 'Unbelievable' et ça a fini par être mon premier single disque d'or. Mais il a pu me payer en bonne et due forme sur "Life After Death". Dommage qu'il ne soit plus parmi nous aujourd'hui, mais sa musique reste.

 

Screwball - Y2K The Album

Screwball – Y2K The Album (2000)

Oh, wow… Ce disque là ! [montrant Blaq Poet, assis à côté de lui] Tu vois, ce mec juste là, j'en suis fan depuis 1986, quand il bossait avec Noel Rockwell sur 'Beat you down'. Il a été le premier à avoir les couilles de répondre à KRS-One et Boogie Down Production après 'The Bridge is Over'. Je n'ai jamais entendu quelqu'un d'autre avoir le culot qu'il a eu pour dire ce qu'il a dit. En voyant ça, j'ai pensé "Wouah, il n'a pas peur ce mec !". En ce temps-là, on pensait que BDP étaient des intouchables. "Mon Dieu, tu oses t'attaquer à eux ?!" Mais lui, il se foutait de leur manquer de respect. Alors de ça à 'PHD' avec Hot Day jusqu'à Screwball – une pensée à KL qui nous a quittés – c'était obligé qu'on se lance ensemble sur son album solo. J'ai toujours admiré Poet, c'est pour ça qu'il m'accompagne aujourd'hui. Je suis un fan, et j'ai la chance en tant que fan de sortir son album ! C'est un rêve qui devient réalité. J'ai l'impression d'avoir gagné un concours : "Sors un disque avec l'artiste que tu aimes". Et pour moi, cet artiste, c'est Poet. Janvier 2009, "The Blaqprint" !

1 | 2 |