Interview Ärsenik

17/04/2002 | Propos recueillis par Nicobbl

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A : Bon, une dernière question pour finir, sinon on va vraiment me foutre dehors je crois ...

C : Nan, t'inquiète

A : En fait vous pensez quoi de la popularisation du rap ? Quand vous avez commencé c'était sûrement pas comme ça, y'a pas mal de choses qui ont changé, donc vous pensez quoi de cette évolution ?

C : Cette évolution, si on veut. Il fut une époque on avait plus d'images TV, on était plus présents dans les radios. Maintenant, il nous reste que les radios, et il faut lutter pour être sur Skyrock.

A : Ah Skyrock... c'est quoi votre position par rapport à Skyrock ?

C : Notre position, elle est simple. Passe tous nos morceaux, ça nous arrange. Si toutes les radios même RTL pouvaient passer nos morceaux véner', 'J't'emmerde', n'importe quand, on serait content nous. On les fait pour que ça passe, nan ça nous fait pas chier quand on passe nos morceaux, on va pas dire à celui qui passe nos morceaux "tu déconnes qu'est-ce que tu fais ?"

A : Nan, c'est pas ça, c'est surtout le fait que Skyrock se proclame première radio sur le rap

C : Nan, on s'en fout nous, on s'en fout. Faites écouter nos morceaux, même RTL, même NRJ, mettez 'J't'emmerde', 'P.O.I.S.O.N'

L : Même Nostalgie (rires)

C : J'vais pas lui dire "tu déconnes mec qu'est-ce que tu fais ?". Faut arrêter, y'a pas d'underground.

A : Je parlais pas d'underground, mais de Skyrock

C : Nan, mais ce que je veux dire, c'est que si on fait des morceaux, c'est pour que ce soit écouté par le plus grand monde. Alors faut les mettre sur RTL pour que ce soit écouté, ils iront sur RTL. Mais ces gens nous veulent pas.

L : Donne toi plutôt, toi ta position par rapport à Sky'

A : Moi ce que j'aime pas dans Skyrock, c'est à un moment ils s'intéressaient pas du tout au rap, et d'un seul coup, ils s'y sont intéressés, se rendant compte c'était un marché rentable, parce que c'est ça, c'est juste une question financière.

L : Moi, je vais dire autre chose. Au delà du truc que Skyrock récupère... ça s'appelle Skyrock, alors qu'il fait du rap ou au-delà de ça.

A : Oh c'est pas une simple question de nom

L : Ouais, le rap était là avant Sky, et il sera là après Sky. Après, c'est à nous de nous prendre en main pour faire quelque chose de notre musique. Y'a pas que les radios, les concerts, nous il faut qu'on soit sur tout les terrains. Le problème c'est que dans le rap, on a limité le champ d'action à un cursus. C'est à dire tu fais des fanzines, les magazines qu'on connaît tous, t'as zib, t'as zeb, t'as zub, après on fait Skyrock, après on fait truc, si on a de la chance on fait Fun Radio, si on a de la chance le clip passe.Nan, le rap c'est pas ça, c'est une musique qui nous appartient. Le rap, c'est un truc qui est palpable, c'est un art, qui nous appartient, donc il faut pas limiter ça à Skyrock ou à truc. Skyrock, c'est juste un média qui véhicule cette musique. Après, c'est à double tranchant. Y'a le coté Skyrock a donné du rap au grand public, et l'autre coté qu'il peut étouffer d'autres groupes qui n'ont pas spécialement de structures, ça peut être néfaste pour eux. Mais on peut pas imputer tout les torts à Skyrock, c'est pas eux qui ont fait le rap. On peut pas dire "Sky a niqué le rap", nan. Les seuls mecs qui pourront niquer le rap c'est nous-même, et les mecs qui pourront le mettre haut c'est nous-même. Si le rap il est dead, c'est nous qui l'avons niqué

A : Skyrock est aujourd'hui un média super important , en nombre de ventes et retombées ça garantit beaucoup de choses.

L : Oui, mais pourquoi ? Parce que nous on avait une carence. Ca veut dire que la capacité d'un groupe de rap, dit hardcore, c'est qu'il y a une grosse majorité, faut dire la vérité, qui n'achète pas les disques, il faut le savoir. Alors, forcément Skyrock représente le grand public, donc automatiquement, une fois que le rap est rentré à Skyrock, les ventes ont décollé, parce que justement le grand public s'est intéressé à cette musique.

A : Ouais, c'est tout à fait ça, c'est ce coté grand public.

L : Oui, mais qu'est ce que tu veux que je te dise moi ? Je peux rien te dire moi. Il se trouve que Sky véhicule ce genre de trucs. C'est vrai qu'il y a les cotés positifs et les cotés négatifs, mais c'est la vie mon frère, nous on y peut rien, c'est la vie mon frère. Les médias on les contrôle pas. Tant que nous on aura pas nos radios, tant qu'on aura pas nos TV, tant qu'on aura pas nos magazines, ben on fermera notre gueule et on sera obligé de suivre le cursus que je t'ai dit tout à l'heure.

A : A un moment, c'est comme pour toutes les modes, parce que le rap c'est devenu une mode pour le grand public. Et à un moment cette mode va retomber et le jour ou se sera passé de mode, y'aura pas mal de changements.

C : Tu crois que mon petit frère, qui a 14 ans, il va écouter un artiste de variété française ?

A : Nan, c'est pas la question. Mais y'aura d'autres musiques phares pour le grand public.

C : Depuis qu'on a commencé le rap, on nous a dit c'est une mode. Mais ça fait 15 ans qu'elle dure cette mode.

A : Mais je pense que cette mode a touché le grand public ces dernières années. Le jour où Skyrock lâchera le rap pour un autre courant musical je sais pas lequel ce sera, parce qu'il sera moins, ou plus du tout rentable, y'aura des désillusions.

L : Nan le rap ça va pas mourir man ! Ca mourira pas, c'est trop gros. Ca te parle mec, ça te fait trembler, c'est normal. Patrick Fiori il peut pas te faire trembler, parce qu'il dit zib et zeb. Le rap va te faire trembler, parce qu'il va te parler directement. Le rap parle à l'humain directement, ça parle à toi, ton coeur, ton corps, tout. Je pense pas que le rap va mourir.

A : Nan, mais tu prêches à un convaincu, c'est pas le problème

L : Ca je sais, moi ce que j'ai envie de t'expliquer, c'est que le grand public, le grand public c'est quoi ? Le grand public, c'est des gens que tu éduques par rapport à la musique que tu lui donnes. Grand public, c'est vaste. Après, c'est vrai le grand public est infidèle comme on le sait, il va au gré des vents par rapport à tel artiste, tel artiste. Mais si on se cantonne à faire ce que le grand public veut, là on est baisé. Mais, si on donne ce qu'est vraiment l'essence du rap, je pense que les gens comprendront le truc, et qu'à un moment ils suivront, les gens sont pas cons. Y'a beaucoup de gens qui sont moutons.

C : Je pense pas que les gens ils vont retourner à l'opéra, ou à la pop plus tard.

A : Je sais pas quel courant musical ce sera, peut-être la techno.

C : Ils ont essayé la techno, le garage, c'est pour aller écouter dans les champs là-bas ! (rires)

Le rap ça parle directement aux gens, ça raconte ce qu'on vit, alors que les autres musiques ça te ramène dans des rêves, la pop ça parle toujours du même truc, l'amour, je t'aime, moi non plus. Le rap parle de réalité, demain y'aura des champignons qui vont pousser dans tous les bleds, un rappeur va dire les champignons, boum, boum, boum. Les gens ils vont prendre, ça vit avec son époque le rap. Alors que la pop ça meurt. Les boys-band, ils sautent deux fois, la troisième on veut plus les voir sauter (rires).

A : Allez, le vrai mot de la fin cette fois

L : Quel truc je vais dire de plus ?

Rien d'inédit, à part que j'ai toujours une lame dans mon Teddy.

Point barre.

C : Quelque chose a survécu. Ecoute, et tu comprendras. (rires)

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