Interview Svinkels

22/06/2008 | Propos recueillis par zo.

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A : Justement, cette outro, ‘On ferme’, sonne donc comme un écho de celle de Qhuit. Dans toute votre discographie, c’est le projet dont les sonorités se rapprochent le plus de "Dirty centre". Qhuit a été un déclencheur au niveau de l’univers sonore, de ce virage vers des sons beaucoup plus synthétiques ?

N.P : Non, c’est plus l’ère du temps qui veut ça, la façon de composer. Avant on prenait des samples et des boucles, mais il arrive un moment où ça devient une tannée de trouver un bon sample et une bonne boucle. Les déclarations sont un calvaire, les producteurs font chier, et c’est aussi une évolution musicale. Désormais, la plupart des producteurs composent. Il y en a encore qui prennent des boucles, MF Doom ou du rap un peu plus underground, par exemple. Mais sur Qhuit, que ce soit moi ou Drixxxé, la plupart des titres sont composés. Là on attaque d’ailleurs le prochain volume et tout est quasiment fait à l’expander. Le sampler est encore là, mais pour mettre des sons de caisses un peu crades. Tout le reste est composé au synthé. Au moins on peut se faire des intros, des ponts, c’est beaucoup mieux musicalement.

X : Et puis la vérité, c’est que de toute façon en France, on n’a pas la culture du sample,  alors que des mecs comme Swizz Beatz ou plus simplement Just Blaze, ils ont cette culture. Ca fait 20 ans qu’ils font du sample et leur son c’est de la bombe atomique. Ils ont la culture musicale pour le faire et la grosse grosse discothèque qui va avec. En France, personne n’a réellement la vraie culture qu’il faut pour faire ça. Gerard Baste

G.B : Surtout que eux, ils ont les moyens de payer les boucles. Nous on ne les a pas. Just Blaze, il déclare les Lafayette et compagnie. C’est super cher mais il se les paie.

N.P : On lui demande des dizaines de milliers de dollars, il les a et il peut les utiliser pour ça. Nous non. Quand on appelle les Etats-Unis, on ne nous rappelle même pas !

X : Et ce n’est pas uniquement ça, même en terme de conception, les américains ont un vrai savoir faire par rapport au sampling. Au niveau du mixage en studio, des mastering, ils ont la culture du sample, ils savent le faire et bien. Quand un album sort là bas avec du sample, tu as l’impression que c’est un truc énorme. Ici, en France, ce savoir-faire là, on ne l’a pas. Et quand un album sort ici avec du sample, quand tu le passes au mastering, au final tu as l’impression d’avoir une poubelle. A partir du moment où il n’y a pas la véritable culture pour en tirer le maximum, autant se tourner vers la composition. Ce sera plus simple et plus efficace. En France, personne ou presque ne sait réellement faire du sample.

A : Cette discussion me ramène à votre titre ‘Bois mes paroles’ sur "Tapis Rouge". Le morceau samplait sauvagement ‘Every kind of people’ de Robert Palmer. Vos producteurs ont vraiment payé les droits ? Comment ça s’est passé ?

N.P : Oui le sample a été clearé, et pour payer les droits, ils nous ont même pris les nôtres sur le texte ! On a juste 15% des textes sur ce morceau. Ils ont pris la totalité des droits sur la musique, et 35% sur les textes. Ils ont tout pris.

G.B : Mais bon, on voulait le faire.

N.P : Et plus récemment, le titre ‘Petit con’ qui reprend le thème des Simpson par Danny Elfman, j’ai tout rejoué. On a quand même appelé les Etats-Unis. Eh bien on n’a jamais eu de retour. Jamais !

X : Par contre t’inquiètes hein, si le morceau assure, on en aura des retours ! [rires]

A : Nikus, justement, on évoquait tout à l’heure Drixxxé, Qhuit, DSL, etc.. Vous n’avez jamais songé à fonder un pool de producteurs ?

X : Ca se voit que tu le connais pas ! [sourire]

N.P : Bah, faut avoir envie de monter sa boite. On n’en a pas besoin, on peut se retrouver sur un projet, ça suffit amplement.

A : Mais produire pour d’autres artistes, hors de la quadrature du cercle, ça ne vous botte pas ?

N.P : Si, Drixxxé le fait déjà. Et de toute manière, c’est pareil, pas besoin d’un pool. Il suffit qu’on passe un coup de fil à l’un de nous, qu’on nous commande un instru et ça suffit.

G.B : Puis quand tu vois le talent d’un mec comme Drixxxé et comment il galère pour placer des instrus… c’est flippant !

A : Xanax, tes capacités de chant n’ont jamais été aussi exploitées que sur "Dirty centre". Tu poses d’ailleurs ta voix sur des sons funk ou plus électro, notamment avec Mozesli, Ark, ou plus récemment Dj Mehdi. C’était important pour toi d’affirmer un peu plus tes qualités en la matière sur un album des Svinkels ? Comment vous avez intégré cette donne à la composition et l’écriture ?

G.B : Nous, depuis toujours, on a qu’une envie, c’est qu’il chante plus !

X : Je ne calcule pas vraiment ce genre de choses, je ne les anticipe pas vraiment. A partir du moment où tu m’amènes des trucs qui me donnent envie de chanter, que je le sens comme ça, j’y vais. Le truc par rapport à un album comme "Bons pour l’asile" sur lequel je ne chante pas du tout, c’est que rien ne s’y prête. Mais quand un morceau comme ‘Faites du bruit’ me tombe dans les pattes, instinctivement je vais plus aller vers un truc chanté.

G.B : Ca a été quand même pensé au départ. On s’est dit qu’on voulait faire des trucs qui groovait, qui laissait de la place au chant, donc on est allé vers les instrus qui s’y prêtaient. Non non, c’est cohérent, c’est du boulot.

N.P : L’idée c’était ça : moins tartiner et être plus musical. Là, le chant est très important.

X : Et puis ce genre de choses, ça correspond aussi beaucoup à ce que tu fais, ce que tu traverses, ce que tu écoutes. Ca reflète ton état d’esprit. Moi j’écoute que du Rhythm & Blues depuis 20 piges, donc au bout d’un moment c’est normal que ça sorte. Ce n’est pas parce que tu as un côté "Svinkels, ah c’est la guerre !" que… [il s’arrête] Ce serait super réducteur de nous regarder et de dire "ah tiens, ce sont des poivrots qui boivent de la bière et qui terminent mal à chaque fin de soirée", parce que ce n’est pas ça la vérité. Le fait est que les instrus de cet album se prêtaient plus à chanter, et donc, peut-être qu’effectivement, je mette un peu plus ma patte sur le projet.

G.B : On avait envie de faire un album qui soit funky de toute façon. On avait envie de synthés, on avait envie de chants, des choses comme ça.  Un de nos MCs préférés, c’est Snoop. Et lui, il est trop fort là-dessus. Tu ne sais jamais vraiment quand il rappe, quand il chante. Et quand t’écoutes ce genre de musique, typée west-coast, tu te rends compte que ça amène vachement à être chanté. Les gammes, les harmonies, ça se prête grave à ça. C’était dommage de sous-exploiter Xanax dans les albums précédents au niveau du chant, mais c’est simplement qu’ils ne s’y prêtaient pas.

N.P : Il y avait tout de même eu le refrain de 'Juste fais là' ou son couplet sur le titre ‘Tapis rouge’.

A : Gérard, sur "Dirty centre", ton flow semble s’être durci, ta voix sonne presque "irritée". Sur ‘Ca r’commence’, tu disais "quand je rappe faut que je sois à cran comme Jean-Pierre Bacri"… 

G.B : Non, je sais pas, c’est naturel… je ne me rends pas compte ! J’aime bien quand ça patate, et quand j’écoute certains anciens morceaux, je me trouve un peu mou. J’aime bien les mecs rentre dedans. Genre j’adore Redman. Je ne suis pas non plus un fan des rappeurs hurleurs hein ! Mais j’aime bien être un peu dans la tension. C’est mon côté un peu pété. J’aurais bien aimé être un rocker [rires]. Et puis le rap, c’est une musique dure aussi.

X : De toute façon, le flow il évolue avec toi. Ton flow et ta voix évoluent plus selon ce que tu vis, ce que tu écoutes, que par le travail. C’est une évolution normale. Quand tu vieillis, ta voix devient plus rauque, tu dois pousser plus pour envoyer. Il y a une grande part d’évolution personnelle là dedans. Ton flow et ta voix, c’est toi.

G.B : On est ce qu’on est de toute manière. On a 35 ans, on a bourlingué, et j’aime bien que ça s’entende aussi. A la limite, je pensais plus que tu allais me dire que j’étais moins technique sur cet album. Là, j’avais envie d’aller dans l’énergie, dans le simple. Je n’ai pas trop poussé sur l’aspect technique hormis quelques exceptions comme ‘Le blues du tox’. Je ne me suis pas lancé dans des trucs techniques qui pouvaient plus être présents sur les anciens albums, des titres façon ‘Ma musique’. Je voulais un flow à l’image de "Dirty centre" : brut, bien patate et rentre-dedans.

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