Interview Marvo

Ne vous fiez pas à son air juvénile. Du haut de ses 20 ans, Marvo a un enfant et un objectif : décrocher un contrat au sein d'une major. Originaire de Chicago, ce "80's Baby" compte bien prouver que dans sa ville, il y a une vie après Kanye West et Lupe Fiasco. Vous avez dit ambitieux ?

16/06/2008 | Propos recueillis par The Unseen Hand avec Mehdi et Nicobbl (traduction) | English version

Interview : Marvo

Abcdr du Son : Comment tu te présentes à ceux qui ne te connaissent pas ?

Marvo : Je suis un artiste universel. Je suis un mélange de tout ce qu’est le hip-hop mais mes influences principales sont des gens comme Biggie et Jay-Z. J’ai envie de ramener cet état d’esprit dans le game et dans la musique. Beaucoup de gens cherchent à faire des disques qui vont marcher commercialement et sur lesquels les gens vont danser mais personne ne cherche à faire de la très bonne musique. Moi, c’est exactement ce que je veux : faire de la très bonne musique, riche en émotions et à laquelle les gens peuvent s’identifier.

A : Tu viens de Chicago c’est ça ? Dans quel contexte as-tu grandi ?

M : Chicago est l’une des pires villes américaines. Pas mal d’artistes célèbres viennent ici et se font voler. La misère est présente partout et le taux de criminalité est très élevé. Grandir d’où je viens est compliqué. C’est le genre de ville qui peut te permettre de te réaliser mais aussi de te casser en deux. Si tu réussis ici, tu peux n’importe où parce qu’ici c’est une jungle ! Tu marches dehors et tu ne sais pas si tes amis vont te tuer ou ce qui est susceptible d’arriver. Tu fais un pari quand tu franchis la porte de chez toi. Vivre dans cette ville, spécialement pour un jeune Noir n’est pas une chose facile. La première chose à laquelle on est en contact, ce sont les gangs. Tu cherches les gens qui ont les plus grosses jantes ;  ceux qui font figure d’exemple dans le ghetto. Le schéma ne fait que se reproduire encore et encore.

A : Chicago est l’une des villes les plus en vue actuellement. Avec notamment Kanye, Lupe, Consequence, Rhymefest…

M : [il interrompt] Ouais, tu as des artistes qui sont des backpackers mais le truc c’est que la partie ghetto de Chicago ne va pas faire naître des gens comme Kanye West ou Lupe Fiasco. Le ghetto va faire naître des gens qui sont en symbiose avec les rues, des mecs comme moi. Kanye vient du ghetto mais il n’a pas vraiment vécu la vie du ghetto. Kanye a été à la fac. J’ai été à l’école avec Lupe et on se connaît. Lupe n’était pas vraiment un mec de la rue et c’est pour ça qu’il ne parle pas de ce qui s’y passe. Il est plus le genre de personnes qui va te montrer comment t’en sortir, en partant loin du ghetto.

Des artistes comme Lupe, Kanye et Common ne reflètent pas la partie la plus importante de la population de Chicago. Ils reflètent seulement une partie des gens de Chicago qui les apprécient parce qu’ils portent l’étiquette "rappeurs conscients". Il n’y a pas beaucoup de gens avec cet état d’esprit en ville parce qu’il y a beaucoup de crimes. Ces gars là ne prennent pas un flingue pour tuer quelqu’un qui vit dans le même quartier qu’eux. Je pense que l’industrie de la musique veut donner une belle image de Chicago en mettant en avant des artistes comme Kanye West et Lupe mais ça ne ressemble pas à la réalité de Chicago. Je ne sais pas si tu connais Bump J…C’est à ça que ça ressemble dans le Chi ! Ce genre de musique reflète ce qui se passe réellement à Chicago : cambriolage, vol, meurtre, prostitution et macs. Cette ville est parfaite pour l’éducation. Mon fils sera élevé dans le ghetto parce que ça te rend plus fort. Si tu t’en sors ici, tu peux réussir n’importe où.

A : Je voulais te demander si tu penses que le succès de ces artistes t’a aidé à attirer l’attention sur toi ?

M : Ouais clairement ! A Chicago, tout le monde aime Kanye mais c’est juste qu’il ne représente pas la réalité de Chicago. Il te raconte une partie de l’histoire seulement. Quelqu’un comme moi va te raconter l’histoire dans son ensemble. Kanye West sait qui je suis, Lupe Fiasco aussi, Common pareil. Tous ces gens me connaissent personnellement. Tous les rappeurs savent ce que je peux apporter. Ca fait dix ans que je rappe. J’avais décroché un contrat dans une maison de disques par le passé et ça ne m’a amené nulle part. Je sais que la question n’est pas là. Je ne suis pas le genre de mec qui une fois qu’il a un contrat va dire ensuite "la promotion c’est le boulot du label". Non ! Je vais aller sur le terrain avec le label. Je vais au front avec eux pour m’assurer qu’ils font leur boulot. Voilà ma vision des choses.

A : Dirais tu que l’expérience que tu as eu lors de ta précédente signature t’a aidé ?

M : Le deal que j’ai eu, ça m’a appris des trucs sur le côté business… et en même temps j’ai développé mes qualités. Cette situation a contribué à faire de moi un meilleur artiste que beaucoup d’autres qui arrivent dans le game juste comme ça. Je suis là dedans depuis des années. J’ai passé du temps avec les meilleurs.

1 | 2 |