Interview Tepa

27/04/2008 | Propos recueillis par JB

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Mysta D - L'Invincible Armada... à l'ancienne !A : Petit retour en arrière : tu as participé à deux albums charnières du rap français, "L'Invincible Armada" et "Guet-Apens", avec des artistes qui par la suite ont cartonné. Tu gardes quels souvenirs de cette période ?

T : C'était la meilleure période du peu-ra, l'âge d'or. Une époque où il y avait un putain de niveau. Si tu voulais entrer dans le rap, c'était chaud ! Il y avait une putain d'ambiance car, comme tu dis, c'était une époque charnière, on était juste à la limite entre le moment où les rappeurs déchiraient et le moment où ils allaient vendre des skeuds. C'est l'instant d'avant. Il y avait pas autant l'esprit bizness d'aujourd'hui, où tout est basé sur l'argent… Ce ne serait pas possible, aujourd'hui, de refaire "L'Invincible Armada" dans les conditions où on l'a fait à l'époque, même si tu prenais des artistes inconnus. A l'époque. Il y avait une espèce de pôle, tout le monde se connaissait : la Mafia k'1 Fry, Express D, on se côtoyait tous et on a décidé de faire des projets ensemble. L'ambiance et l'énergie qu'il y avait dans ces albums, c'était magique. T'arrives au studio, y a une putain de prod, Tintin veut passer en premier, ensuite Rohff dit qu'il veut rapper 30 mesures parce qu'il kiffe la prod'. C'était intense. Ce qui est fou, c'est qu'à l'époque, on avait conscience que c'était unique et qu'on le revivrait jamais. Avec Weedy, on se disait "putain, tu sais que ce qu'on est entrain de vivre là, on le refera plus jamais de notre vie !". Historiquement, on savait qu'on était entrain de changer le rap. Le rap allait changer, et après ça plus rien ne serait plus jamais comme avant. 

A : Il y a un moment de "L'Invincible Armada" qui m'a toujours fasciné, c'est le couplet de Stor-K dans 'Dans ta race'. Je ne sais pas s'il y a un culte autour de ce couplet dans le rap français, mais il m'a traumatisé…

T : Haaaa… [rires] Ce morceau, j'avoue, il a fait une grosse polémique à l'époque parce que tout le monde disait que c'était une attaque contre Busta Flex. Il y a eu beaucoup de bruit autour de ça. Bon, honnêtement, c'est surtout Sayid des Mureaux qui avait une rime sur Busta Flex, mais c'était même pas un couplet entier. On savait qu'elle allait foutre la merde, cette rime [rires]. Mais le couplet de Stor-K, ça allait… En plus si t'écoutes le texte de Kery, c'est carrément fédérateur ! C'était plus "faites la paix, arrêtez vos conneries !" : "J'ai un message à faire passer : paix, amour et unité / Pour ceux qui portent le hip-hop dans leur cœur, pas dans leur jean". Mais ouais, à l'époque, beaucoup de gens ont parlé de ce morceau, mais perso j'ai aucune embrouille avec Busta. On avait même fait un morceau ensemble à l'époque.

Les specialistesA : Il y a eu un avant et un après l'album des Spécialistes. Il sort en 1999, et le succès n'est pas vraiment au rendez-vous…

T : Ouais, c'était mitigé, mais on a eu une grosse reconnaissance. Niveau ventes, c'était plutôt acceptable pour la maison de disques : on a du faire 15000-20000 ventes. Ce n'était pas un gros succès, mais en même temps il n'y avait pas de morceaux pour la radio. Hormis 'Imagine', peut-être… On n'était pas dans le format. Faire du Secteur Ä, c'était pas notre créneau. Et après, il y a une période de creux, et ça c'est la période IV My People…

A : Vous signez chez eux à quel moment ?

T : La signature a eu lieu en 2002-2003, mais on avait commencé à taffer avec eux juste après le premier album, en 2000. On a taffé des sons, deux maxis sont sortis, et puis l'album a été repoussé, repoussé, repoussé… C'était un calvaire cette histoire. Et puis il est enfin sorti. Ce qui a été très bien, ça a été la tournée avec Kool Shen en 2004. On est parti au Maroc, on a fait les Francofolies, le festival de Dour, l'Olympia, le Zénith. C'était les meilleurs souvenirs de ces années-là.

A : Ca a du être des années de frustration… Est-ce que dans ces moments-là t'as pensé à arrêter le rap ?

T : Ouais, un peu… Mais j'aime trop la musique. Et quand t'es un artiste, t'aimes la musique pour toujours. Le côté business, c'est vraiment ce qui me casse les couilles, mais t'es obligé de le faire quand t'as choisi de sortir des disques. T'as choisi ton taf, donc tu le fais. Moi, mon truc préféré, c'est comme aujourd'hui : tu viens, tu rappes devant les gens. Voilà. J'aime aussi faire du live à la radio, mais quant à aller faire le cake dans des soirées… Quand tu commences à parler d'argent, de points, de droits, c'est inévitable mais ça casse les couilles. Dans la période IV My People, il y avait ce côté-là : t'es plus maître de ton business alors il faut être vigilant, poser des questions... On a eu des bons rapports avec le label jusqu'à la fin, mais moi, ce qui m'a fâché, Kool Shen le sait et tout le monde le saura un jour. Je suis très fâché sur des trucs personnels qui vont devenir publics dans peu de temps…

A : J'ai l'impression que tous les gens qui ont gravité autour du label sont un peu comme toi. On a interviewé Madizm et…

T : Il avait l'air faché ? C'est pas étonnant [rires]. Je confirme.

A : Les Spécialistes, c'est toujours d'actualité ?

T : On est en stand-by, Aniès fait ses trucs en solo, moi aussi… Mais peut-être qu'un jour on fera comme Kool Shen, on se réunira chez Denisot ! [rires] Nous tout le monde s'en bat les couilles ! "Ouais ben là on joue au Trabendo, on a déjà deux concerts complets !" [rires]. On verra, on ne se pose pas trop la question. Si on doit refaire un album ensemble, on en fera un. Mais elle a envie de faire ses projets en solo, et moi j'ai très envie de faire les miens. J'ai mis de côté mes morceaux solo pour pouvoir faire le deuxième album, et j'ai quasiment jeté un album entier à la poubelle. Si tu ne sors pas les morceaux, ils vieillissent, tu veux revenir dessus, c'est un cercle infernal.

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