Interview J-Live

Décembre 2002. 24ème édition des Transmusicales de Rennes. Rencontre avec une des principales attractions du festival Rennais, J-Live, quelques heures avant un concert en forme de démonstration de emceeing. Du rap dans sa plus pure expression.

28/12/2002 | Propos recueillis par Nicobbl

Interview : J-LiveAbcdr : Ton premier album est sorti officiellement fin 2001 après avoir été bootleggé plusieurs fois, quel bilan fais-tu aujourd'hui de toutes ces péripéties ?

J-Live : Nous avons bouclé la création artistique de l'album en 1999, même s'il n'était pas sorti officiellement dans les bacs. Toute cette histoire est finalement devenue une espèce de légende urbaine. Et même s'il a été bootleggé, ce n'était pas si catastrophique car ce n'était pas comme si le version bootelegg était en concurrence avec une version officielle. Finalement, ça a permis à mon nom de circuler, de continuer à me faire connaître, pour après finaliser "All of the above", et sortir officiellement "The Best Part".

A : Sur "The Best Part", tu as travaillé avec quelques uns des plus grands producteurs, Prince Paul, DJ Premier, Pete Rock. Quel souvenir gardes-tu de ces collaborations ?

J : Plus qu'une ou deux rencontres, je vois les choses de façon plus générale. Je retiens l'ensemble de l'expérience de "The Best Part". J'ai appris un petit peu de chacun des producteurs avec qui j'ai travaillé, et eu la possibilité de connaître ceux que j'écoutais depuis des années. Mes modèles sont aujourd'hui mes pairs. Après, j'essaie d'approcher le même niveau de qualité que tous ces artistes que j'ai écouté pendant des années. C'est en travaillant avec eux que je pourrais y parvenir.

A : J'imagine que ces rencontres t'ont aidé dans ton approche de la production

J : Oui, j'ai appris un petit peu de chacun des producteurs avec qui j'ai pu travailler, et particulièrement avec DJ Spinna. Ils ont tous été de véritables exemples pour moi. Jazzy Jeff m'a beaucoup appris au niveau du business, Premier pour le professionnalisme, et Spinna au niveau de la technique pure.

A : Tu t'es beaucoup investi dans la production de ton deuxième album, "All of the Above", envisages-tu de continuer un peu plus dans ce sens dans les années à venir ?

J : Oui tout à fait. J'ai produit un tiers des morceaux de "All of the Above", je prévois d'assurer la production de la moitié des morceaux de mon prochain album et la totalité du suivant. Voilà les objectifs que je me suis fixé. J'ai aimé travailler avec d'autres producteurs, mais aujourd'hui il s'agit plus d'un luxe que d'une nécessité.

A : "All of the Above" regorge de sonorités jazzy, la pochette du disque est inspirée de "Blue Train", un album d'un artiste de Jazz, John Coltrane, le jazz tient-il une place particulière au sein de tes influences musicales ?

J : Oui, c'est vrai que le jazz est un thème récurrent sur cet album. J'ai fait cette pochette en hommage à Blue Train, car c'est un des premiers albums de jazz que j'ai eu, grâce à mon oncle.The Best Part. Premier album de J-Live ! J'ai voulu faire une forme de lien entre les deux genres musicaux, comme ça les gens qui connaissent John Coltrane remarqueront mon album, et inversement. C'est une des raisons pour lesquels j'ai pu faire ça, et ensuite, j'aime beaucoup fusionner ma musique avec le jazz.

A : Musicalement, considères-tu que tu t'inscris dans la lignée de la Native Tongue ?

J : Les gens voient d'un oeil extérieur un certain lien entre la Native Tongue et moi-même. Evidemment, je les ai écouté pendant tellement d'années qu'ils m'ont naturellement influencé mais je n'ai vraiment pas chercher imiter qui que ce soit.

A : De nombreux instruments ont été utilisés dans "All of the Above" afin d'enrichir la production musicale, s'agit-il d'une évolution vers laquelle tu aimerais tendre ?

J : Je ne vois pas les choses en terme d'évolution, j'essaie juste de faire de la bonne musique. Je ne me fixe pas ce type d'objectifs. Quand j'ai demandé à Spinna d'ajouter un certain type de son au beat qu'il avait fait, on a trouvé quelqu'un pour jouer la mélodie. Aussi, quand on n'a pas pu clearer les samples, comme pour 'The 4th 3rd' et 'How real it is' on a ramené quelqu'un (Eric Krasno) pour le jouer à la guitare. On aime bien faire ce genre de choses, que ce soit de la guitare, du piano ou d'autres instruments.

Pour le prochain album, il y aura sûrement de la flûte, du violon, à vrai dire on ne sait jamais à l'avance. Après, je ne sais pas s'il s'agit réellement d'évolution, car en réalité la musique est toujours bien présente, qu'elle soit issue de samples ou qu'elle soit jouée. On essaie surtout d'amener des idées nouvelles et de travailler avec des sons inédits.

A : Joues-tu toi-même des instruments de musique ?

J : Quand j'étais jeune, je jouais du piano. J'ai commencé à apprendre la contre basse mais je n'ai jamais terminé. J'espère pouvoir étudier plus tard, si j'ai le temps, l'approche théorique de la musique un peu plus dans le détail. Je voulais apprendre aussi à la batterie, pour ressentir au mieux le rythme.

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