Interview JR Ewing

12/04/2008 | Propos recueillis par Nicobbl avec .Zo, Nemo, Ammo et Somno'

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A : Tu as un petit rôle en gangster dans le film Ne le dis à personne de Guillaume Canet, tu tires même dans un parterre de fleurs pour faire diversion et sors une réplique sur la qualité de la moquette en jouant à la console. Comment tu t’es retrouvé là ?

JR : [très surpris et enthousiaste] Ah oui ! Ça s’est présenté parce qu’à la base,  ceux qui ont fait ça, ce sont mes amis. Quand Guillaume adaptait le truc, il savait comment je vivais, il m’a demandé de rectifier certaines parties du scénario. Il voulait vraiment que ce soit crédible, particulièrement aux yeux des gens qui sont dans le game. J’ai donc rectifié certaines parties du scénar’ et après ils m’ont proposé de faire une petite apparition à la Hitchcock, en se doutant que ça allait me faire plaisir. Surtout que pour les assurances il fallait que je fasse une séance d’une semaine de tir à balles réelles. Ouais, donc c’était mortel.

A : Vis-tu aujourd’hui de ton activité autour de la musique ?

JR : Mouais… moins qu’avant, la musique c’est un vrai secteur sinistré aujourd’hui. Je suis obligé d’être d’accord avec les boss des majors sur le coup. Et pourtant ça n’a pas été souvent le cas. La France c’est le pays où les gens téléchargent le plus. En Angleterre ou en Allemagne y’a encore une vraie consommation de disques, ici c’est dur. Alors en même temps ici ça n’a jamais acheté beaucoup de disques. Même sur les magazines, ici y’en a pas des masses qui font 400 000. Der Spiegel en Allemagne ils font ça tous les jours.
Avec l’impact qu’Internet peut avoir, il y a beaucoup de choses à réinventer au niveau de la musique. A ce titre, l’exemple de Radiohead est super intéressant. Ils ont fait quelque chose comme un million de téléchargements en deux semaines tout ça sans passer par les majors. Il faut savoir que 60% des téléchargements qui ont été effectués l’ont été gratuitement. Sur les 40% qui restaient, ils ont récupéré 8 millions d’euros. S’ils étaient passés par une major ils auraient récupéré un truc comme 2,2 millions. Pour le moment, on est vraiment à un stade de transition, plus personne ne sait où on en est. Cette période est vraiment très dure, pour tout le monde, mais j’ai malgré tout bon espoir pour la suite.
Avant j’attendais tous les mardi soir les imports de New-York, à 18h00 j’avais une vingtaine de galettes, là-dessus y’avait deux-trois bombes. Aujourd’hui, je me prends vingt chefs d’œuvre par jour et je reçois 150 morceaux. Et ça c’est aussi parce qu’il n’y a plus de support physique. Après, tout ça va changer dans quelques années.

"C'est simple, tu me proposes tout le rap ou juste l'intégrale de Mobb Deep, je prends l'intégrale de Mobb Deep."

A : On voit que le prix des galettes d’un certain nombre de mecs au départ inconnus s’est s’envolé sur E-Bay après avoir figuré sur tes mixtapes. Comment expliques-tu ce phénomène?

JR : Ouais, c’était surtout le cas pour des indépendants entre 1995 et 1999. Je sais que des gars comme Sparrow ils se sont achetés des BMW grâce à moi. Ils leur restaient un petit stock de vinyles dans le cave, et d’un seul coup les vinyles arrivent à 300, 400, dans certains cas 1 500 euros. Les japonais, ils bombardent, ils veulent tout. Très bien, moi ça me fait monter mon buzz et eux ça remplit leur compte en banque. Si y’a des gens pour dépenser autant de thunes sur un vinyle, c’est qu’ils peuvent se le permettre.
Pour moi, ça fait partie d’une forme de reconnaissance. Certains de mes potes qui sont à fond dans le vinyle me récupèrent gratuitement certaines galettes que j’ai perdues depuis mon incendie et attendent que je les mette sur un Pure Premium. Ça parce qu’ils en ont un petit stock et savent qu’une fois sur un Pure Premium la côté va s’envoler sur E-Bay. Ca arrange tout le monde au final. Moi j’aime bien les business winner-winner.

A : Si tu devais choisir un seul artiste, hip-hop ou non ? Un seul disque ?

JR : Mobb Deep, "Godfather part III". C'est simple, tu me proposes tout le rap ou juste l'intégrale de Mobb Deep depuis le début, je prends l'intégrale de Mobb Deep. Ces mecs sont mes Elvis. Pour moi y'a Mobb Deep et le rap. J'suis bête et méchant sur ce coup, juge et partie mais pour moi Mobb Deep n'a jamais fait de merdes. Prodigy c'est le bruit de mon cerveau. Le gars met des mots sur des sensations que j'avais même pas totalement analysé. Moi c’est Mobb Deep. Point.

A : Prodigy et Havoc ?

JR : J’ai une petite préférence pour Prodigy mais à la base c’est Mobb Deep. Et pourtant j’suis pas fan. Je sais pas être fan. J’ai souvent été avec lui et je lui ai jamais demandé d’autographes. J’ai même parfois été dur avec lui. [Rires]

A : Quels sont très prochains projets ? Le DVD Metro Veteran ?

JR : Depuis le temps que j’en parle de ce projet, Métro Vétéran, je suis pas sûr que je vais le faire. [Rires] Tu sais des fois j’ai une grande bouche. Franchement, j’ai pas de projets. Là, j’ai ma mixtape The Future qui arrive et dont je suis assez fier. C’est même pas la nouvelle garde, là je suis monté super en amont, sur des artistes new-yorkais que personne connait. La plupart de ces mecs je pense qu’ils vont mourir ou finir en taule, ils pèteront jamais. C’est The Future ou mon interprétation du futur… mais qui constitue aujourd’hui mon présent [Rires]. Après, je vis au jour le jour donc je fais jamais de projets…

A : T’as aussi prévu de rééditer tes anciennes mixtapes au format CD ?

JR : Ouais, ça je vais le faire… après, je suis pas le pro’ du réchauffé moi. Ca va se faire, ça arrivera. Après je sais que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures, mais bon… En vérité c’est de l’argent facile mais je suis tellement dans le son, tous les jours… je suis pris par le temps et c’est pas ce que j’ai envie de faire au quotidien. J’essaie surtout d’aller le plus vite possible sur la nouveauté et d’en faire un maximum.
Pour moi le son, c’est le partage. Je me rappelle quand j’étais jeune et que j’avais une galette de dingue, je la mettais sur mes platines et je disais à mes potes "putain, t’as vu ?! Non mais t’as vu ça ?!" et je remettais en arrière quitte à casser les couilles. [Rires]

A : Tu veux ajouter un truc ?

JR : Euhh…. ouais, allez vous faire enculer. Avec tout mon amour. [Rires]

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