Interview JR Ewing

12/04/2008 | Propos recueillis par Nicobbl avec .Zo, Nemo, Ammo et Somno'

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A : Il paraît que tu fais tes mixtapes en live.

JR : Oui c’est vrai.

A : Tu as tes sélections en tête, et un beau jour tu te poses devant tes platines et tac, c’est parti ?

JR : Ouais, je fous rien. Tu sais quoi ? Là ça fait plus de cinq ans que je n’ai pas mixé en dehors d’une soirée ou pour mes mixtapes. Je les fais en live, en général, j’arrive, j’ai fait ma sélection mais je n’ai rien préparé et je mixe live le plus possible. C'est-à-dire que j’essaie de faire quasiment tout d’une traite.

A : One Shot ?

JR : Quasiment. 

A : Parce que tu préfères le côté plus spontané du truc ?

JR : Parce que je ne sais pas faire autrement. Parce que j’arrive, je suis ivre mort, l’ingénieur du son est saoulé : "Ah, il est quinze heures il est déjà bourré !" [il rit]. Je ne sais pas faire autrement et puis j’aime bien la spontanéité. C’est vrai que ça me fait chier de préparer les trucs. J’ai dit plusieurs fois à des potes DJs qui préparent tout que j’ai l’impression d’entendre des medleys, que j’ai le sentiment d’écouter un truc de Boney M chez Drucker. C’est trop propre ! Ca m’est arrivé sur certaines de mes mixtapes qu’il y ait un petit pet’, mais je veux rester en live, alors je garde ce petit accroc. Je ne vais pas recommencer depuis le début.
Après, je ne vais pas non plus cacher que ça m’est arrivé sur certaines mixtapes, spécialement quand je suis ivre mort, de faire un gros pet’. Alors là, on reprend, surtout si je sens que tout le mix était parti pour être mortel. Si je foire tout en fin de session, là je repars avec l’ingé’ du son. Mais je ne triche pas beaucoup. Et à une époque, sur les premières mixtapes, on faisait même les drops en live, sauf ceux des rappeurs qu’on rajoutait. Mais sinon, Armeni Blanco était à côté de moi, et faisait tout en même temps en rigolant sur son synthé. Et j’en ai fait plusieurs d’une seule traite.

A : Justement en parlant d’Armeni Blanco, tu as eu pendant longtemps un très bon show avec lui et Lenny Bar sur Générations. Il y avait toujours l'ambiance qui vous caractérise. Quel était le concept général ?

JR : Hum… [il souffle] Toujours le même concept, on se drogue, on se bourre la gueule, on voit les potes et on met du son. De temps en temps les filles passaient nous voir et voilà, pas de concept. C’était spontané… après moi, je veux des sous. C’est pour ça que je mixe plus à Paris. Y’a cinq piges je prenais un bâton cinq par soirée. Aujourd’hui, on me propose 150 euros. J’adore les putes à frange et tout ça mais j’ai passé l’âge. Donc aujourd’hui je mixe en Suisse ou en Allemagne où on continue à me proposer ces prix là.
Là, je vais partir mixer à Bogota où je crois pas que le pouvoir d’achat là-bas soit plus incroyablement plus fort qu’ici. C’est même plutôt le contraire. Et j’y vais, à ce que je sache je suis pas chargé d’une mission secrète pour libérer Ingrid Betancourt. Je me suis renseigné, je sais qu’on va pas me kidnapper. Ce sont plutôt les mecs qui kidnappent les autres gens qui me font venir [Rires]. Après, les mecs savent que j’ai mes exigences spéciales. Alors pour m’huiler, ils m’amènent des gros seaux avec plein de bouteilles dedans. C'est malin, du coup, quand je suis aux platines je fais n’importe quoi. Bravo ! [Rires] Et après les mecs sont encore déçus, ils se disent encore plus que je ne vaux pas le coup. Je ne mixe plus en France.

GRIM TEAM

"Y’a cinq piges je prenais un bâton cinq par soirée. Aujourd’hui, on me propose 150 euros. J’adore les putes à frange et tout ça mais j’ai passé l’âge."

A : Pas mal de gars ont choisi de s'expatrier vers les Etats-Unis (Get Large, Grim Team, Sebb, etc.). Peut-on, à tes yeux, parler d'une communauté à part dans le hip-hop français ?

JR : Ah non. Moi quand je suis à New-York, les autres français, ils habitent tous quasiment dans la même zone, et ils sortent plus. J’en connais un paquet qui ont essayé de se réinventer une autre vie là-bas. Ca les saoule quand j’arrive avec mes mallettes avec tous les dossiers rangés sur leurs vies. Moi, j’ai pas de casseroles. Je te colle au mur direct, dès le premier soir en plein Brooklyn et après je suis avec tous les gros leur-dea qui font trois mètres sur quatre. Et là après pendant quinze jours les gars on les voit plus. Je les croise juste le matin chez le barbier ou à manger des œufs, ils se font livrer des paquets de pâtes et vivent en autarcie. [Rires]
Non, y’a beaucoup de bouffons. Ce qu’ils ont pas compris, c’est que tu vas pas à New York pour te réinventer une vie et oublier les casseroles que t’avais sur Paris. A New York, faut que tu sois quelqu’un et t’as intérêt à faire gaffe. Moi quand j’emménage à New York, j’vais pas ouvrir une boutique de déco. Tu rentres dans le game avec les vrais gars qui sont calibrés et bien vénères alors si tu viens pour travailler dans le rap t’as intérêt à être quelqu’un. Sinon tu seras juste un petit blanc français de merde.
Les négros là-bas ils rigolent pas du tout, ce sont des animaux et c’est la jungle là-bas. Alors si t’arrives avec ta bouche enfarinée pour faire du rap, ça va mal se passer. Faut pas croire, y’a beaucoup de français qui payent les gens juste pour les fréquenter, placer des sons. C’est pas notre cas, mais ça existe. Moi, je mange pas de ce pain là, j’arrive juste avec mon charisme, ma verve et mon caractère.

A: J’imagine que tu as eu la possibilité de rencontrer pas mal de mecs intéressants, quels sont ceux qui t’ont le plus surpris, où tu t’es dit que l’image qu’ils pouvaient donner ne correspondait pas du tout à la réalité?

JR : Peut-être Guru parce qu’on s’est foutu sur la gueule [Rires]. J’étais son garde du corps sur Paris. Le gars il était ingérable et vu qu’il respecte ses chansons [NDLR : JR fait référence au morceau "Suckas need bodyguards" que Guru a fait avec Premier sur Hard to earn] je me suis retrouvé à être son garde du corps officieux payé par la maison de disques et à l’emmener dans des soirées. Y’a eu un malentendu une fois avec une meuf, enfin ça s’est arrangé depuis.

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