Interview DJ Khalil

Non, DJ Khalil n'est pas le palestinien le plus célèbre du rap, celui qui hurle "We the best !!" dans des clips à gros budget tournés à Miami, mais bien l'un des meilleurs producteurs actuels. De son parcours avec le groupe Self Scientific jusqu'à son travail avec Dr. Dre, Khalil est un musicien d'expérience. Une expérience qu'il partage avec nous au cours de ce long entretien.

10/02/2008 | Propos recueillis par The Unseen Hand avec JB | English version

Interview : DJ KhalilAbcdrduson : Peux-tu nous présenter ton parcours ?

DJ Khalil : Je suis de Los Angeles. J'ai commencé la musique au lycée en 1991, j'étais DJ et je faisais des beats. Lors de ma première année de fac à Atlanta, j'ai monté le groupe de hip-hop underground Self Scientific avec mon pote Chace. J'ai alors acheté mon propre équipement, je faisais des sons tous les jours et j'ai décidé que je voulais devenir un artiste. Quand on a fini l'école, on a commencé à sortir des maxi, puis on a lancé notre label avant de sortir un premier album en 2001. A partir de là, je n'ai pas arrêté de produire, j'ai fait beaucoup de choses, j'ai notamment fait mes premiers gros placements d'instrus pour Ras Kass et Keith Murray. Peu de temps après j'ai rencontré Dr. Dre. Je travaillais avec Brooklyn, l'une des artistes qu'il avait signé, et comme il appréciait vraiment mon travail il a décidé de me faire monter à bord. De là, j'ai bossé pour me faire un nom, j'ai collaboré avec Dre et ses artistes, puis avec G-Unit. C'est là que les choses ont commencé à décoller.

A : Comment as-tu rencontré DJ Muggs ?

K : Je l'ai rencontré vers l'année 2000. Je l'avais croisé plusieurs fois avant par l'intermédiaire de Chace et son cousin Bigga B. On avait commencé à nouer contact avec lui. Il y avait un morceau de Self Scientific sur l'album "Soul Assassins II" et Muggs a commencé à être fan de notre musique. On est resté en contact. Lui et Chace s'entendent vraiment bien. Muggs est une légende du côté de LA – c'est même une légende du hip-hop tout court. Comme on voulait monter un projet ensemble, on a créé le label Angeles Records.

A : Quelle est la chose la plus importante que tu as appris en travaillant avec lui ?

K : Côté business, il est vraiment au point. Il comprend que l'important en musique, c'est de résister au temps. Et il sait comment injecter de la musique mortelle au sein de l'industrie. Muggs est capable de se lancer dans des projets annexes et d'établir des contacts avec énormément de gens. Rien que Soul Assassins, c'est une marque qui existe à plein de niveaux différents, avec la mode, les tatouages de M. Cartoon. Tous ces gens appartiennent à un mouvement. La capacité à établir un mouvement, c'est une chose que Muggs et Dre ont en commun. Sur le plan créatif, il sait assembler des albums. Il vient d'une époque dorée du hip-hop où tous les albums étaient des classiques. En ce temps là, il a sorti des chefs d'œuvre, alors il sait ce que c'est. Voilà en gros ce que j'ai appris grâce à lui : gérer l'aspect business, savoir faire un disque, créer des mouvements et peu importe ce qui passe à la radio et ce que dise les modes, rester fidèle à ton son et tes origines.

A : Comment est née l'idée de lancer Angeles Records ?

K : Chace et moi, on enregistrait toujours des morceaux, on avait quitté notre ancien label et Muggs n'était plus vraiment dans Cypress Hill. Il voulait lancer quelque chose de nouveau. Sur la côté ouest, il n'y avait pas d'équivalent au label Rawkus, avec à la fois un son underground et un potentiel commercial. Alors on a créé notre propre mouvement en sortant nos propres disques. On en avait marre de ce qu'il se faisait, même côté underground, alors qu'il y avait de la place pour notre son : de la musique consciente, du vrai hip-hop qui pouvait parler à des gens de tous horizons. C'est comme ça que tout a commencé : sortir la musique que l'on voulait écouter.

A : Quel est ton statut dans le label ?

K : Je suis co-propriétaire et associé dans le label. Grosso modo, Muggs et moi, on s'occupe de la production.

A : Comment as-tu rencontré Dr. Dre ?

K : C'était en 2002. J'avais réalisé quelques morceaux pour la démo de Brooklyn, une rappeuse qu'il avait signée. Il les avait bien aimés et voulait les garder pour son album. Mais en fait, ma première rencontre avec Dre a eu lieu plus tôt, quand j'avais 13/14 ans.

A : Sérieux ?

K : Ouais, je l'avais rencontré plus jeune dans une fête chez un très bon pote à moi. Je me souviens que mon frère et moi, on avait discuté avec lui, j'arrêtais pas de lui poser des questions car je voulais devenir DJ et producteur. On a causé pendant une bonne demi-heure ensemble. C'était un des moments les plus dingues de ma vie, avec mon frère on hallucinait ! NWA, c'était un truc énorme ! En plus, c'est aussi un DJ de légende. A une époque, il sortait des mixtapes, je les avais toutes. Une fois, il avait fait un megamix de Public Enemy que j'ai toujours en cassette. C'est dingue, Dre était un grand fan de PE. D'ailleurs pour moi, NWA était l'extension de Public Enemy. Ca a été une grande influence pour moi, d'ailleurs il faudrait que je mette ce megamix sur CD et que je lui offre à l'occasion pour lui faire la surprise. J'ai absolument tous les vinyles qu'il a pu sortir. Alors en ce temps-là, le rencontrer et pouvoir parler avec lui, c'était incroyable. Quand je l'ai revu plus tard, il s'en souvenait et ça nous a fait marrer. Comme il avait bien aimé mes sons sur cette démo, on avait déjà un bon contact. A cette époque, j'avais des tonnes de sons en stock, je faisais 9 à 10 instrus par jour, alors Aftermath en réclamait toujours plus. Peu de temps après, alors qu'il mixait l'album de 50 Cent, il m'a convoqué et m'a dit "Mec, il faut que je te signe, je veux t'intégrer à l'équipe". J'en revenais pas (rires). Alors moi bien sûr : "Pas de problème !" (rires).

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