Interview Bishop Lamont

A chaque fois que Dr Dre signe un artiste sur Aftermath, tout le monde s’attend à ce qu'il devienne le nouveau 50 Cent. Mais de Joe Beast au grand Rakim, nombreux sont ceux à n'être jamais sorti du labo du bon Docteur. Bishop Lamont le sait. Recruté en 2005, son album n’est sensé sortir qu'en février 2008. Il a cependant décidé de prendre les devants en lançant un nombre incalculable de projets, jusqu'à la sortie en ce jour de Noël de sa dernière mixtape "Pope mobile".

25/12/2007 | Propos recueillis par The Unseen Hand avec JB | English version

Interview : Bishop LamontAbcdrduson : Quoi de neuf Bishop ?

Bishop Lamont : Tout va bien mon vieux, ça fait longtemps [rires]. Je suis en studio là, j’attends quelqu’un afin de commencer à bosser.

A : Ok. Faisons taire tout de suite toutes les rumeurs. Où étais-tu ces derniers jours ?

B : J’étais aux Caraïbes mais je ne peux pas vraiment t’en dire plus, c’est une surprise [rires].

A : Que peux-tu nous dire de ton premier single 'I Dominate' ?

B : Ahhhhh…C’est aussi un secret ! Ce que je peux te dire c’est qu’il est produit par Dre et que ça va être un truc de dingue lorsqu’il va sortir. Dre et moi venons de clipper le morceau ces dernières semaines et je peux te garantir que ça va faire beaucoup de bruit ! Mais je ne peux pas jouer toutes mes cartes d’un coup, je veux aussi surprendre les gens au maximum.

A : Penses-tu que ce morceau est celui qui va donner la direction du nouveau son de Dre dans les mois à venir ?

B : Non je ne pense pas, c’est juste un avant goût. Il y a tellement de choses dont vous ne vous doutez même pas. 'I Dominate' sera juste un avant goût de ce qui va venir après.

A : Qu’attends-tu de ce single ?

B : Il va me permettre d’atteindre le top. A chaque fois que nous faisons un morceau ou un album, nous voulons atteindre le niveau supérieur et l’excellence.

A : Est-ce que cela signifie que l’album va bientôt sortir ?

B : Très bientôt [rires]. L’album sortira probablement en mars au plus tard et février au plus tôt.

A : [rires] Peux-tu me donner plus de détails sur "The Reformation" ?

B : Il y a beaucoup de gens talentueux sur l’album : bien sûr Dre, Focus, Khalil, Lord Finesse, Hi-Tek, Scott Storch, Bink! qui a produit un morceau qui s’appelle 'Africa', Diverse, Design et beaucoup d’autres. Mais je déteste dire le nom des producteurs car j’ai toujours peur d’en oublier.

A : Comment sens-tu que ton style s’est amélioré depuis que tu es chez Aftermath ?

B : J’ai la bénédiction de travailler avec des gens comme Dre, Focus et Khalil qui ne visent que la perfection. Donc quand tu es autour de gens comme ça, tu ne peux que t’améliorer et être amené à te surpasser dans tous les domaines. Regarder des gens comme 50, Eminem, Busta Rhymes et Stat Quo travailler m’a beaucoup aidé aussi. Tout cela a amplifié mes capacités d’écriture, mes techniques d’enregistrement et mes techniques de brainstorming afin de trouver de nouveaux concepts.

A : Est-ce que tu considères que ces techniques sont la chose la plus importante que tu aies appris pour l’instant en étant signé sur le label ?

B : Je ne dirais pas que c’est ça car je suis déjà un peu maniaque en ce qui concerne la discipline mais il est vrai que Dre est encore à un autre niveau dans la perfection. Pour moi, la leçon la plus importante est de voir qu’avec 22 ans de carrière Dre a toujours cette même niaque, hargne et passion pour la musique. Cela me motive beaucoup de voir ça et multiplie ma hargne par deux. Quand tu aimes ce que tu fais, il n’existe plus de limite pour toi.

A : Tu viens de fêter tes 29 ans et pourtant beaucoup de gens te voient comme un jeune rappeur. Penses-tu que tu es plus prêt maintenant à cet âge-là que tu l’étais étant plus jeune ?

B : Quand tu es un gosse, tu as une idée sur la réalité : tu penses que la réalité est ce que tu en fais. Mais il existe plein de paramètres extérieurs dont tu ne peux avoir conscience car tu es beaucoup trop jeune pour les comprendre. Je pensais que de 18 à 20 ans j’étais prêt à sortir un album mais je devais comprendre le business. Je pensais que de 21 à 23 ans j’étais prêt à sortir un album mais je devais d’abord réaliser le travail que je devais fournir en étant sur un label. Je pensais que de 23 à 25 ans j’étais prêt à sortir un album mais même si j’étais signé à ce moment-là, je n’avais pas conscience de toutes les politiques de merde de l’industrie. Arrivé à 27 ans jusqu’à 29 ans, j’ai pu analyser et comprendre tous les aspects du milieu de manière à être à 100% autant au niveau artistique qu’au niveau business. Juste le fait d’expérimenter tout ça m’a permis d’atteindre un sacré niveau.

A : Tu as un style assez varié. Mais plus j’écoute tes morceaux plus j’ai l’impression que tu développes une conscience "politique" dans tes morceaux. Est-ce que c’est quelque chose qui est apparu avec le temps ou tu as toujours rappé à propos de sujets comme la religion ou le racisme ?

B : Ca a toujours fait partie de ma vie, du fait de vivre dans un quartier malfamé de Los Angeles où j’ai beaucoup été victime du racisme lorsque j’y ai déménagé et que les blancs ne voulaient pas de noirs à côté de chez eux. Il y a eu aussi le Ku Klux Klan et des tas d’autres choses. Donc j’ai toujours été victime du racisme et ça fait partie de moi depuis très longtemps. Et il y a encore beaucoup d’autres sujets qui m’affectent encore à ce jour. La religion et le racisme sont des sujets tabous avec lesquels il faudra vivre jusqu’à notre mort. Je ne pense pas que ce soit la bonne solution que de se renfermer sur soi-même : il faut discuter avec les gens, échanger des idées, partager des expériences afin de trouver des solutions. Il a encore des gens qui brûlent des croix, qui demandent l’extermination de gens d’une certaine couleur de peau et en 2008, c’est quelque chose de grave. C’est pourquoi je pense qu’il faut profiter de la musique et du fait que l’on peut plus facilement toucher les gens pour pouvoir parler de ces sujets.

A : Exactement, c’est comme les cordes récemment accrochées sur les portes de professeurs noirs à l’université de Columbia…

B : Waowwwwww… Tu vois, je n’étais même pas au courant de ça. Ce genre de truc ne devrait pas être toléré. Certains choisissent de faire de la musique sans parler de la période dans laquelle ils vivent et sans parler de la réalité. Moi, j’ai choisi l’approche opposée et je ne peux pas m’empêcher de mentionner toutes les choses qui ne vont pas.

A : D’ailleurs même les médias n’en n’ont pas parlé !

B : Bien sûr que non ! Car ce sont les plus gros racistes du monde [rires] !

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