Interview Young Gods & Dälek

Les Young Gods : un mythe pour les amateurs d’indus et une source d’inspiration intarissable pour de nombreux groupes de rock. Dälek : un groupe sombre et aventureux dans le hip-hop d'aujourd'hui. L’idée de les unir pouvait sembler aussi impromptue que celle d’unir l’Abcdr et Radios Chrétiennes Francophones. Et pourtant c’est arrivé le temps d’un concert aux Eurockéennes et d'une interview croisée avec Franz Treichler, chanteur des Young Gods et le rappeur Dälek.

09/12/2007 | Propos recueillis par Shadok avec Lloyd

Interview : Young Gods & DälekAbcdr du son : Comment est venue l’idée de faire un concert commun entre Dälek et les Young Gods, sous la base de "Gods and griots" ?

Dälek : A la base c’est le festival des Eurockéennes lui-même qui est à l’origine du projet.

Frantz : Oui c’est l’idée d’un seul type qui s’appelle Kem Lalot et qui fait partie de la programmation du festival. C’est un vieux fan des Young gods, on le connaît depuis pas mal de temps, on a même joué quelques fois avec lui et son groupe Well spoted. Il est venu nous voir en nous disant qu’il avait déjà programmé Dälek ici il y a deux ans de cela et que lorsqu’il les a vu sur scène, il a pensé à faire quelque chose avec les Young gods, dans le cadre des Eurockéennes. Le festival cherche à faire des collaborations de ce genre. Il pensait que ça pouvait marcher, et il avait raison.

Quand il nous a demandé si cela nous intéressait on était directement partant. On connaissait déjà Dälek pour les avoir vu sur scène deux ou trois fois. On connaissait les albums, on voyait le potentiel que ça pouvait avoir. Alors on a bossé là-dessus une petite semaine et voilà le résultat. Ca donne quelque chose de très frais. Ce n’est pas une addition de deux univers, pas 50% Dälek et 50% Young gods, mais un nouvel univers créé à partir de deux groupes.

A : Ce n’est plus une habitude pour vous de bosser avec des artistes qui ne viennent pas spécialement du milieu hip-hop. On pense à Techno Animal par exemple. Qu’est-ce que vous cherchez en vous confrontant à d’autres styles ?

Dälek : Ce n’est pas vraiment une question de genres, mais plutôt ce qui peut m’intéresser, le genre de musiciens qui peuvent m’intéresser. Ca n’a jamais été en fonction du style de musique qu’ils faisaient, mais plus par rapport à ce que l’on pourrait créer ensemble.

A : Au niveau des collaborations, sur ton dernier album il y a deux morceaux avec Rob Swift aux scratches, le fait qu’il ait sorti il y a quelques années l’album "War games", qui est assez engagé, a-t-il joué un rôle supplémentaire dans le fait de l’inviter ?

Dälek : C’est important aussi mais je dirais que c’est surtout par rapport à ses qualités de DJ. Il est vraiment incroyable. Avoir quelqu’un de son calibre sur l’album était ce que l’on voulait. On en avait besoin.

A : Avant cette collaboration, aviez-vous déjà pensé jouer avec des musiciens, surtout avec un batteur ?

Dälek : Non nous n’avions jamais joué avec un batteur avant cela. Mais là, pour ce projet, il fallait quelque de plus organique et spécifique. Et puis on a la chance d’avoir l’un des meilleurs batteurs au monde dans les Young gods !

A : Vous avez quelque chose de rugueux dans votre son, et avoir peut-être un bassiste apporterait encore un peu plus de lourdeur et un son plus crade… vous souhaitez juste vous restreindre à un guitariste sur scène et resté complètement électronique ?

Dälek : J’aime l’aspect rugueux de ce que nous faisons avec Dälek, mais la base pour nous est hip hop, avec sa basse et son beat. Si nous changions ce ne serait plus Dälek. Pour les collaborations bien sûr, mais pour ce qui est Dälek ça restera Oktopus et moi-même. Pour la tournée du dernier album [NDLR: "Abandoned Language"] nous avons en plus un clavier et un guitariste, on peut imaginer d’autres instruments pour le futur, mais la basse et le beat ne changeront pas. C’est notre façon de faire les choses.

A : Et l’inverse pour les Young gods ? Incorporé plus d’électronique ?

Frantz : Hier soir Oktopus nous répétait "You have to blackify your sound, you have to blackify your sound !" [rires]. On a toujours essayé de faire groover nos machines, en les rendant organiques.

Dälek (le coupant) : Ces mecs-là ont toujours samplé des sons depuis que d’autres mecs l’ont fait, dans le hip hop, et je pense que c’est la racine commune que nous avons. Ca vient de là : la mentalité de sampler la musique.

A : Tu a utilisé le terme "blackify", Frantz, qui semble être un néologisme, une création originale des Young gods et de Dälek, ça ne signifie rien, mais le résultat sur scène donne quelque chose qui n’a jamais été fait auparavant…

Dälek : Oui je pense que très c’est intéressant d’avoir un ordinateur portable sur scène à côté d’un ensemble très organique… Pour la jouer un peu ironique, je dirais juste que j’ai vu Kraftwerk jouer ici il y a deux ans, c’était déjà bien de les entendre, mais j’avais l’impression de voir des types checker leurs e-mails [rires]. Alors j’apprécie le fait que l’on puisse apporter un peu plus que cela !

A : C’est un peu l’impression que l’on peut avoir avec des types qui jouent uniquement avec des ordinateurs portables, en balançant juste des sons au public pendant qu’ils écrivent des mails à leur femme.

Dälek : On vous assure que l’on n’écrit pas de mails ! [rires]

A : Comment définiriez-vous le lien qui unit vos deux musiques, assez rare et à part dans le sens où elles possèdent une base commune assez sombre ?

Frantz : Je ne sais pas quel nom on pourrait mettre là-dessus mais peut-être [silence]… chaos et euphorie, ouais, ce serait ma définition de la bonne musique [rires]. Si on devait définir un style je dirais du Krautrop, ce serait pas mal, en référence au Krautrock [rires] !

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