Interview Flynt

21/10/2007 | Propos recueillis par Greg avec Nicobbl et Julien

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A : Tu dis : "Je fais la zik comme je l’entends quitte à bosser 47 semaines par an et rapper quand j’ai le temps…". Comment ça se passe avec un taf à côté ?

F : Ce que ça permet surtout, c’est de garder les pieds sur terre, de rester en lien avec la vie de tous les jours. C’est important pour mon équilibre. Faire uniquement du rap, j’en ai déjà fait l’expérience, pendant quelques mois, et rapidement j’ai pété un plomb, j’avais même plus envie d’écrire. Et puis jusque-là, j’avais jamais considéré le rap comme un planche à billets, donc je suis allé gagner de l’argent ailleurs, et je pense que c’est garant d’une certaine qualité. Je n’ai pas de contrainte pour produire, je ne suis pas tenu par un contrat, je n’ai pas besoin de formater mes morceaux pour séduire telle radio – parce que c’est clair aujourd’hui, c’est ceux qui passent sur Skyrock qui vendent des disques – en indé, tu peux travailler sans qu’on t’impose une équipe de gens que tu ne connais pas et qui ne voient pas les choses comme toi, qui sont dans une démarche commerciale.

Mais attention, j’insiste bien là-dessus : moi je veux vendre mon disque, que le plus de gens possible écoutent mes titres, que mon clip passe à la télé, faire des concerts payés, tout simplement parce que c’est normal. Le travail doit payer.

A : Qu’est-ce qui a changé avec l’album ?

F : En tant que producteur, j’ai pris conscience de beaucoup de choses. C’est là que tu vois que la promo, l’exposition médiatique, ça fait pratiquement tout le travail quand tu vois les grosses merdes qui sortent et qui cartonnent. En tant qu’homme, pas grand chose a changé, j’ai la satisfaction d’être allé au bout de mon projet. En tant que MC, je peux vivre un petit peu de ma musique, disons pendant les trois prochains mois [rires], mais surtout faire des concerts et prendre plus de plaisir.

A : Qu’est-ce que tu penses de l’arrêt des émissions spécialisées sur Skyrock, qui permettaient de faire connaître un certain nombre de groupes ?

F : Normalement, je ne me prononce pas là-dessus, parce que je ne sais pas pourquoi ça s’est arrêté et que je n’ai pas cherché à savoir. Franchement, ça ne me touche pas vraiment, mais je suis quand même 50/50. D’un côté c’est cheum’, d’un autre je m’en bats les couilles. C’est vrai que c’était une fenêtre intéressante pour les indépendants. Mais qu’attendent les gens de Skyrock ? Ils ont niqué le rap de toute façon. Aujourd’hui, à cause de cette radio, il y a un genre de rap mutant coupé à la soupe qui pollue les ondes et la crédibilité de tous. Alors je n’attends rien de Skyrock, ni des émissions spés même si j’ai amené mon album à Fred comme toutes mes productions depuis le début.

A : Il y a beaucoup de références sportives tout au long de ton album, basket, football…

F : Parce que le football, j’ai grandi avec ça, les images Panini, les Coupes du monde de 1982 et 1986 et suivantes, ça parle à beaucoup de gens, amateurs de rap ou non. Et puis il y a un parallèle entre les valeurs du sportif et celles de l’artiste, tu peux faire plein de comparaisons : l’éthique et l’argent, la passion, la technique, l’esprit d’équipe, l’importance de la préparation...

Dans les deux cas, il faut de l’entraînement : avant d’aller en concert, je me tape des heures de répète, j’y vais pas en ayant fumé et en étant mort, je me prépare physiquement et psychologiquement. Disons que j’essaie de prendre les bonnes valeurs du sport et de les intégrer dans ce que je fais, c’est une bonne discipline. On parle de "l’esprit hip-hop", on dit qu’il n’existe pas : pour moi c’est la passion, c’est ça que ça veut dire l’esprit hip hop. Ceux qui ont fait ça au départ, c’était par passion, il n’y avait pas de ronds, les gens ne savaient pas que ça existait, et quand tu réfléchis c’est fou l’évolution en vingt ans. Maintenant le rap est un pilier dans la musique, comme le jazz ou le rock et ça ne bougera plus.

Plus que ça, historiquement le rap a aussi contribué à faire éclater des barrières, à faciliter la mixité ; le sport aussi d’une certaine manière, ça a rallié des gens d’horizons différents sous une même bannière. Je fais du rap pour mettre en avant des valeurs positives, pour tirer les gens vers le haut. C’est ça l’héritage, c’est pas de monter les uns contre les autres et de jouer la surenchère. Avant la passion du rap, je m’ennuyais en fait, je n’avais pas de passion, ça me manquait, et je pense que le rap et l’écriture m’ont tiré vers le haut.

A : Tu t’es fixé des objectifs pour cet album ?

F : Le premier objectif, c’était de le sortir, c’est une vraie satisfaction parce que ce n’était pas évident au départ. Je ne regrette rien. Ensuite, l’objectif c’est d’aller sur scène et de passer des bons moments que je n’aurais pas pu vivre sans la musique. En termes de ventes, je n’avais pas conscience du marché, tout le monde me disait que ça se casse la gueule, donc j’ai pas vraiment d’objectifs, à part toucher le plus de monde possible, que les gens s’en souviennent, que ça reste comme un disque important dans le rap français. Si ça peut devenir un disque majeur, un "classique", tant mieux, on verra si c’est resté dans quelques années… En tout cas, aller au bout d’un projet, c’est jouissif. Pour l’instant, je n’ai à peu près que des retours positifs… Pour l’avenir, j’avoue que je pense à faire un autre album et des concerts.

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