Interview Flynt

21/10/2007 | Propos recueillis par Greg avec Nicobbl et Julien

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A : Comment s’est fait le choix du premier extrait de ton album ?

F : C’est celui qui représentait le mieux l’esprit dans lequel l’album a été conçu : "1 pour la plume, ex aequo avec le gros son", ça pourrait être l’accroche de mon disque. Et puis ça explique que l’écriture est le moteur de mon rap. Et l’instru d’Ayastan est vraiment lourde ! Même si ce morceau ne représente pas tout l’album, parce que ça parle de rap, c’est un bon échantillon de l’album. Ce que je mets en avant, ça reste l’écriture, c’est pour moi le point fort de l’album, même si je pense qu’il y en a d’autres. "1 pour la plume", c’était aussi une manière de reprendre le gimmick bien connu "One for the money" ou "1 pour ce que tu veux"... '1 pour la plume' s’est imposé comme premier extrait en fait.

A : Et le titre de l’album, "J’éclaire ma ville" ?

F : En fait, le titre de l’album, ça fait au moins trois ans que je l’ai. Ça n’a pas bougé. Je m’étais dit : "OK, je vais faire un album, il s’appellera "J’éclaire ma ville" !". "J’éclaire" c’est à prendre au sens "je te montre". Mais mon disque n’est pas uniquement centré sur Paris et mon environnement, c’est beaucoup plus ouvert que ça. Ce titre, c’est aussi une manière de dire que le rap en général m’apporte quelque chose qui m’éclaire, quelque chose de positif. Je pense que le rap m’a tiré vers le haut à beaucoup de niveaux. Ne serait-ce qu’au niveau professionnel, j’ai appris beaucoup de choses, je sais faire un disque aujourd’hui et je saurai en refaire un, je connais des gens dans la musique… C’est une passion, ça me fait avancer, tu ne t’ennuies jamais quand tu as la chance d’avoir quelque chose comme ça qui te prend et avec lequel tu peux faire des choses, c’est comme une lumière sur ton chemin, ça donne un équilibre. "J’éclaire ma ville", ça veut dire aussi : "je ramène de la lumière dans le rap !", ça a aussi un sens un peu egotrip.

A : Tu mets en avant la plume, mais visiblement tu t’es intéressé à tout le processus de production d’un disque…

F : Je me suis occupé de tout depuis le début. C’est pour ça que ça prend du temps : j’ai dû écrire, chercher des sons, réfléchir à la façon dont je voulais amener mon disque, gérer les relations avec les gens, la création des visuels, les clips… et toute la "stratégie". C’est un grand mot, mais il y a une part de stratégie en indé : réfléchir et savoir où tu mets tes billes, surtout quand tu n’en n’a pas beaucoup, est un art… Je me suis pris de passion pour la production avec "Explicit dix-huit", et je veux essayer de contrôler ce que je fais. Sur l’album, j’ai travaillé avec Jérôme de Label Rouge, à qui je fais entièrement confiance, comme à Dimé sans qui rien n’aurait été possible. Quand t’es en indé, tu joues un peu à tous les postes : tu attaques, tu défends, tu es gardien et entraîneur. Tout ça, ça me plaît. D’ailleurs, j’ai réalisé récemment un disque qui s’appelle "No Child Soldiers".

A : Justement, on voulait en parler. C’est un sujet plutôt pointu : comment s’est faite ta participation à ce projet ?

 

F : J’ai été contacté par une association de mon quartier, justement parce que j’avais déjà produit des choses avant, qui m’a proposé l’idée d’un disque pour faire connaître la situation des enfants soldats. Ils m’ont engagé et j’ai bâti le projet, je lui ai donné des objectifs et un corps, j’ai contacté des partenaires, j’ai fait en sorte qu’il devienne une réalité dans les bacs et dans les médias. Avec deux objectifs : informer de l’existence et du sort des enfants soldats dans le monde et reverser les fonds récoltés grâce au disque à des associations locales identifiées par Amnesty International et l’UNICEF. C’est une satisfaction : le disque existe, il est beau, il a des partenaires crédibles, il y a un clip qui a été fait… Même Claire Chazal l’a montré au 20h de TF1 : je dois être un des seuls MC dont Claire Chazal a tenu un disque entre ses mains [rires] ! L’ association a récolté des fonds en ayant vendu près de 10.000 exemplaires. C’est aussi pour ça que mon album a pris du temps : quand on m’a proposé ça, j’ai dit oui tout de suite. C’était un beau projet, et quand on a la chance et la possibilité de mettre ses compétences au service d’une cause, que ce soit à l’échelle du quartier, du pays ou à un niveau plus international, il faut le faire. Ensuite, une fois terminée ma mission sur ce projet, je me suis jeté à fond dans mon album, que j’avais mis en quelque sorte entre parenthèses.

De toute façon, depuis le début, je marche pas à la pression, même s’il faut souvent speeder pour tel ou tel truc. Et l’album est bien sorti à la date prévue, le 28 mai. Je voulais faire un disque de qualité et j’ai donc pris mon temps pour choisir les instrus qui me plaisaient, qui collaient avec ce que j’avais déjà écrit ou m’inspiraient quelque chose, ou qui s’inscrivaient bien dans l’ensemble de l’album, parce qu’un album c’est une entité, un truc global. Pareil pour l’écriture, je suis pas du genre à me forcer, même si parfois il faudrait… On est pas des machines, c’est pas automatique, t’es pas toujours dans de bonnes dispositions, t’as pas toujours quelque chose d’intéressant à dire… Et puis j’aime bien les rimes riches, les mots bien choisis, les références, les images fortes, et ça se travaille. Les albums faits à la va-vite, ça se sent. Comme après un premier album t’es pas sûr d’en faire un autre derrière, que c’est une chance, que tu t’es mis toi-même dans une position où tu vas parler aux gens, faut être sérieux. Et puis le retour positif des gens, c’est ça qui m’a poussé à persévérer dans le rap, je me suis dit que je pouvais avoir quelque chose à apporter. Ça me fait du bien, ça me remplit la tête.

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