Interview Aloe Blacc

A la fois MC, chanteur, trompettiste, producteur et moitié du duo Emanon, Aloe Blacc est un homme plein de surprises. Notre rencontre express et complètement improvisée le temps des Eurockéennes de Belfort édition 2007 confirme cette tendance.

09/09/2007 | Propos recueillis par Nicobbl avec JB

Interview : Aloe BlaccMener à bien une interview dans un énorme festival comme les Eurockéennes c’est un peu comme attendre le RER un jour de grève : rien n’est jamais vraiment garanti et jusqu’au dernier moment on se prépare à une surprise. Ces surprises peuvent être particulièrement réjouissantes à l’image du Wu-Tang, présent au grand complet et auteur d’un concert enflammé suivi d’une conférence de presse quasi-christique devant nos yeux ébahis. Elles peuvent l’être aussi beaucoup moins comme cette rumeur tardive assurant que Percee P et J-Rocc ne seraient finalement pas présents aux Eurocks cuvée 2007, la faute à un avion un peu trop ponctuel. Rumeur malheureusement avérée.

Mais à défaut de rencontrer le mystérieux Rhyme Inspector Percee P, on a eu le plaisir de voir débarquer dans l’espace presse Aloe Blacc, l’autre tête d’affiche de Stones Throw. Accompagné pour l’occasion de Guilty Simpson, qui, à défaut d’avoir la discographie et la versatilité de son comparse, se montre bien plus chaleureux. Rencontre express et complètement improvisée entre deux camions de l’espace presse à peine éclairés.

Abcdr : Comment as-tu atterri sur Stones Throw ?

Aloe Blacc : En fait j’ai commencé par faire la connaissance d’Oh No et ensuite j’ai rencontré Medaphoar, Wildchild, DJ Romes lors d’une tournée en Europe. Je les ai suivi sur cette tournée. On est passé par l’Allemagne, la France, la Belgique, la Pologne et la Suisse. Après, on est rentré aux Etats-Unis et j’ai commencé à faire des morceaux avec Oh No. C’est à ce moment là que Peanut Butter Wolf m’a proposé de rejoindre Stones Throw.

A : Contrairement à pas mal de labels indépendants, Stones Throw est régulièrement présent en Europe et effectue des tournées dans pas mal de pays, notamment en France. Est-ce que vous avez un rapport particulier avec le continent européen ?

A.B : On vient fréquemment en Europe grâce aux fans et pour eux. Ils aiment notre musique et notre style, ils nous demandent régulièrement de revenir. Alors c’est ce qu’on fait !

A : Stones Throw a fêté ses dix ans d’existence l’année dernière. Ces dernières années, un certain nombre de labels indépendants majeurs se sont cassés la gueule (75 Ark) ou ont été amenés à beaucoup changer pour perdurer (Rawkus), quelles sont à ton avis les raisons qui font que Stones Throw est toujours là et continue à accumuler les succès ?

A.B : Je pense que tout vient de Peanut Butter Wolf. Il choisit les bonnes personnes et s’entoure uniquement des gens qu’il apprécie vraiment. Ses choix ne sont pas dictés par les ventes mais par le style et le talent des artistes qu’il signe sur son label. Je pense que le public apprécie cette démarche.

A : Oui mais en plus de s’entourer des gens dont il aime la musique, le label est financièrement stable et viable…

A.B : PB Wolf a vraiment de bons goûts et je pense qu’à un moment une partie du public considère que Stones Throw est tout simplement synonyme de bonne musique.

A : Tu fais équipe avec DJ Exile dans Emanon, vous avez notamment sorti ensemble l’album "The waiting room". Comme toi, Exile mène en parallèle une carrière solo, comment est-ce que vous réussissez à concilier les deux ?


A.B : En fait on a décidé d’un commun accord d’arrêter temporairement Emanon pour mener correctement nos carrières solos respectives. On a prévu à terme de rebosser ensemble sur un nouvel album d’Emanon. On veut juste prendre le temps et le recul nécessaire pour attaquer ce nouvel opus.

A : J’ai été assez surpris de voir qu’Exile avait fait le beat de 'Pearly Gates', morceau avec Mobb Deep et 50 Cent sur "Blood Money". Quel a été ton sentiment quand tu as appris ça, t’étais content pour lui ?

A.B : Ouais, bien sûr, j’étais sincèrement ravi pour lui. Après, bien entendu, Mobb Deep n’est plus le même groupe qu’il y a quelques années, mais on a été fans de ce qu’ils faisaient pendant des années. A partir de là, je pense que c’est une chance d’avoir une production sur un album aussi exposé. Un album sorti sur une major avec 50 Cent dessus. C’est aussi très important que le talent de l’underground soit reconnu et exposé. C’est même essentiel.

A : Tu es aussi producteur, est-ce que tu aimerais, toi aussi, bosser sur des terrains qui te sont moins familiers avec des artistes que tu ne connais pas ?

A.B : Ouais, de toute façon je suis déjà investi dans pas mal de styles musicaux, avec des artistes très différents. Après, j’aimerais bosser avec des gens comme Musiq Soulchild, Fiona Apple ou Guilty Simpson.

A : Peux-tu nous en dire un peu plus sur tes racines musicales ?

A.B : J’ai commencé par jouer de la trompette à l’école, je faisais partie d’un orchestre. A cette époque j’ai appris beaucoup de choses sur la musique symphonique et le classique. J’ai également fait partie d’un groupe de jazz, tout en écoutant beaucoup d’albums de jazz. Je me suis intéressé à la folk, à la musique brésilienne, et aussi pas mal au rock. A vrai dire, j’ai toujours écouté beaucoup de musique dans des genres très variés. Quand j’étais plus jeune, j’ai été bercé par la musique caribéenne que mes parents écoutaient régulièrement. Je pense avoir été influencé par toutes ces musiques.

A : Un peu comme Madlib [NDLR : le père de Madlib, Otis Jackson Sr. a joué pour David Axelrod et John Faddis (son oncle) accompagnait Dizzy Gillespie] tu as grandi dans la musique et plus encore dans le jazz. Le nom de ton groupe, Emanon, fait aussi référence à Dizzy Gillespie, non ?

A.B : Tout à fait, on a repris Emanon en hommage au morceau de Dizzy Gillespie. En fait il n’avait pas de nom pour le morceau qu’il venait de composer, alors il a pensé à No Name à l’envers. Il m’est arrivé la même chose, sauf qu’Exile a proposé qu’on appelle le morceau et le groupe comme ça. C’est ce qu’on a fait.

A : Quelle place occupe le rap dans ce paysage musical ?

A.B : Le rap a toujours été présent dans ma vie, c’est la musique avec laquelle j’ai grandi et qu’on écoutait avec mes potes. Etre un B-Boy, c’était normal pour moi. Avec mes potes, on dansait, on écrivait des rimes, et avec Exile on passait notre temps à faire des beats. Tout ça c’est venu presque comme une évidence.

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