Interview Nakk

Doué comme peu, attendu comme personne, Nakk est l'archétype parfait du MC dont le talent est certain, mais n'est toutefois pas encore tout à fait confirmé. Chose qui désormais devra se faire très prochainement, la sortie de son premier album étant imminente. "Tu veux me connaître mieux vieux, écoute mon disque". En attendant : bonne lecture.

11/12/2006 | Propos recueillis par Crazy Handz

Interview : NakkAbcdr : On va sortir un peu du schéma classique de la présentation : peux-tu me citer plutôt les cinq évènements qui ont été pour toi les plus importants dans ta carrière, de tes débuts à aujourd'hui ?

Nakk: Alors cinq... Mon premier groupe déjà, que j'avais formé avec des potes... La rencontre avec les jumeaux, enfin, je les connais depuis longtemps mais bon, je suis un peu rentré dans le Rap grâce à eux. Après, la rencontre avec Marc [ndlr: Original Bombattack], qui m'a ouvert beaucoup de portes... La signature chez BMG en 2000 et la sortie du "Début EP", et le "Street Minimum", là, dernièrement.

A : Quand tu parles de ton premier groupe, tu parles de Soldafada ? Qu'est-ce que cette première expérience t'a apporté artistiquement ?

N: C'était pas Soldafa, c'était le tout premier groupe que j'ai formé, vraiment j'étais, on était... En-dessous du statut de débutant tu vois ? Et pour ce que ça m'a apporté ben... On était nuls mais bon, on était insouciants, on rappait sans se prendre la tête, sans calculer, sans penser à l'argent, on rappait et point barre quoi. C'est peut être ça qui manque aujourd'hui d'ailleurs.

A : Quand tu dis "les jumeaux", tu parles du groupe Les 10 ?

N: Les 10 ouais, Lindis et Lavocato. Lindis rappe toujours un peu, Lavocato a complètement arrêté, et c'est vraiment des mecs qui m'ont... Je leur ai jamais dit mais ils m'impressionnaient les mecs, je voulais arriver à ce niveau là pour être à la hauteur. Je me disais : "si j'arrive dans le Rap, faut que j'arrive au minimum à ce niveau là".

Et ce sont des mecs qui n'ont pas eu le succès qu'ils méritaient. C'est dommage mais bon, ce sont les aléas de la musique... Mais c'était vraiment des mecs super forts, big up à eux d'ailleurs...

A : Ton pseudonyme complet c'est Nakk Mendosa. Mendosa, ça fait référence à quoi ?

N: En fait c'est tiré de "Les mystérieuses cités d'or" je sais pas si tu te souviens du dessin animé là ? J'aimais bien comment le nom sonnait, c'est un pote qui m'avait appelé comme ça à l'ancienne et ça m'a plu, donc j'ai associé avec Nakk que j'avais déjà comme nom... Nakk Mendosa, voilà quoi, j'avais trouvé ça mignon, à l'époque... [rires]

A : On va pas revenir sur les détails de ta mauvaise expérience avec BMG, mais quel regard portes-tu actuellement sur l'industrie du disque ? Est-ce qu'aujourd'hui tu accepterais de signer à nouveau en maison de disque, au moins en licence, après ce qui s'est passé ?

N: Franchement j'ai aucune animosité envers les maisons de disques malgré ce qui s'est passé avec BMG, c'est arrivé à une quinzaine d'artistes à la même période... C'est un truc qui est arrivé à cette période là, y'a eu un "raz-de-marée", on a eu notre tsunami du Rap et puis voilà... Mais j'ai franchement aucune rancune envers les maisons de disques.
Si demain je pouvais sortir l'album en licence ce serait vraiment l'idéal.

Je pense que c'est un truc dont faut savoir se servir, c'est-à-dire qu'il faut savoir les guider, et trouver un équilibre entre nos idées et leurs moyens. On sait très bien que niveau idées et choix artistiques des fois ils sont un peu à côté, et c'est à nous, vu qu'on est de la base, de gérer ça. Bon, c'est notre truc de toute façon...

A : Pendant un temps, tu étais présenté comme un artiste Néochrome, puis en fin de compte tu sors sous ta propre structure, Dark Sun. Qu'est-ce qui t'as poussé à sortir en totale indépendance ?

N: En fait j'ai jamais vraiment été un artiste Néochrome, même si ce sont des gens avec qui je bosse, j'ai bossé, et je bosserai sûrement toujours avec eux dès qu'il y aura un plan. Je dirai jamais non, parce que ce sont des mecs qui m'ont donné des coups de pouces et que j'apprécie que ce soit Loko, Yonea ou Granit...

Après, on devait sortir le street CD ensemble, ça ne s'est pas fait pour x raisons mais bon, y'a rien contre Néochrome. Si demain je dois faire un truc sur leurs compiles je le ferai, j'ai fait deux morceaux sur leur dernier album et si demain ils en sortent un autre je ferai des morceaux avec eux, y'a pas de problème.

Après Dark Sun c'est un choix personnel parce qu'à un moment, t'arrives à un âge ou faut savoir sortir tout seul. Je me suis dit, arrivé à un stade, être sous "l'aile de l'indépendance" c'est un peu illogique... C'est plus comme si j'avais toujours dix-sept ans, tu vois ? A un moment t'arrives à maturité, tu montes ta propre structure et t'essaies de voir comment ça se passe. Certains arrivent à le faire, je pense que tout le monde peut le faire, on n'est pas plus bêtes... [rires]

A : Et concrètement, le label existe sous forme associative, ou est-ce qu'il s'agit d'une S.A.R.L. ?

N: En fait c'est une petite S.A.R.L. qu'on vient juste de monter. Pour l'instant on apprend un peu sur le tas, on observe à droite à gauche, on prend des conseils un peu partout et on essaie vraiment de se développer... Pour l'instant on sort mes produits dessus, en espérant plus tard grossir et sortir des artistes talentueux, comme toute maison de disques qui se respecte... Pour l'instant on s'accroche et on essaie de grossir au maximum.

A : C'est le format "street CD" qui fait qu'on retrouve peu de morceaux à thème sur "Street Minimum", ou est-ce que c'est simplement la direction que tu veux donner à ton écriture ? Image

N: Non là c'était purement volontaire, c'était des morceaux d'instinct si tu veux, c'est-à-dire que t'as une instru, t'écris et voilà... Je dis pas à la va-vite mais t'écris sans vraiment structurer, c'est-à-dire que mes thèmes je les garde vraiment pour mon album. Sur mon album y'aura des morceaux à thèmes, déjà parce que c'est quelque chose que j'affectionne. Et en plus, j'écris plus facilement quand je suis une direction...

Ecrire "freestyle" je trouve que bizarrement c'est plus dur à faire qu'écrire avec une direction, en suivant un thème. Ce qui est clair c'est que sur l'album y aura des thèmes en tout cas, pas de soucis...

A : Je demande ça parce que sur ton EP par exemple, cinq morceaux sur six sont des morceaux avec une ligne directrice, alors que là c'est plus décousu et, comme tu dis, plus freestyle.

N: En fait ça s'explique par le fait qu'à l'époque de mon six titres, j'avais pris des morceaux de l'album que je maquettais pour les sortir, et comme sur l'album y'avait beaucoup de morceaux à thèmes, on s'est retrouvés avec cinq thèmes sur six...

Mais moi quand j'écris un album, je pars du principe qu'il faut écrire sur des thèmes, sinon tu sors des streets CD toute l'année. Mais je préfère, pour mon album, sortir des thèmes forcément.

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