Interview Kon & Amir

Kon & Amir peuvent être affublés de bien des surnoms : collectionneurs, DJ's, vendeurs de disques, amateurs de belles boucles sonores, programmateurs musicaux, crate-diggers... Mais ce sont avant tout deux passionés de musiques, dépourvues de limites géographiques ou rythmiques, toujours prêts à faire partager leurs nouvelles trouvailles soniques.

15/10/2006 | Propos recueillis par Ameldabee

Interview : Kon & Amir

Kon & Amir : The World is A Place Full of Groovy Records

Ayant grandi en écoutant les enregistrements audiophiles, de forcément piètre qualité, à partir de ma télé/double lecteur enregistreur de K7 [1] de "Rapline", l'émission des noctambules de la petite chaîne qui montait à l'époque, c'est peu dire que je fus heureux lorsque les mixtapes commencèrent à bourgeonner un peu partout sur Paname, transformant les murs des magasins en une fantastique jungle musicale. Ce n'est pourtant que bien plus tard que je tombais sur une K7 à la pochette toute simple (un train graffité de NYC), sans tracklisting, mais avec des promesses énormes : "On Tracks Volume 3" !

Et là, je redécouvrais le monde du Hip-Hop, les talents de défricheurs sonores de ces artisans des machines, le génie de la création à l'action lors de ces sublimations des 3 secondes qui font la différence au milieu d'un morceau de jazz plutôt fade. Les samples de mes producteurs préférés y étaient tous présents, rassemblés par pseudo parties, et les claques soniques se succédaient tout au long de cette K7 que j'ai aujourd'hui usée jusqu'au bout. Le mix était plutôt sommaire, les deejays laissant jouer le sample, et passant ensuite au suivant. Kon & Amir voulaient avant tout montrer qu'ils avaient eux aussi des disques, insinuant par la même à Muro que son auto proclamation du "King of Diggin'" était plutôt présomptueuse. Mais l'intérêt n'était pas là. Il s'agissait de dévoiler au monde entier les secrets les mieux cachés au sein des arsenaux des producteurs : leurs disques. Sans tracklisting donc, le but n'étant pas d'entraîner les beatmakers dans des marasmes judiciaires suite à l'utilisation non déclarée de tel artiste ou compositeur.

Les deux amoureux du vinyle se sont rencontrés à Boston, dont ils sont tous les deux issus, en 1996. A Biscuithead Records plus précisément. Amir discutait avec le propriétaire de magasin lorsque Kon s'immisça dans la discussion, évidemment musicale, pour finalement se rendre compte à la fin de la journée qu'ils avaient passé tout le temps à parler de disques, qu'ils partageaient plusieurs amis, et très logiquement décidèrent de l'être également [2].

En plus de leur légendaire série "On Tracks", ils ont également sorti un superbe mix de grooves européens [3] prouvant que leurs oreilles sont très vagabondes.

Ils sont aujourd'hui présents à Paris pour la sortie de leur deuxième compilation officielle [4] : "King of Diggin'", en compagnie de Muro, qui sort sur BBE. Un voyage musical différent de leur premier, "The Cleaning", sorti sur le label que Wes Jackson venait de lancer, Uncle Junior. Le boss de Seven Heads souhaitait en effet élargir l'éventail de musique qu'il proposait jusque là, et c'était pour lui l'occasion parfaite de le réaliser. "The Cleaning" était peut être plus représentatif des goûts des deejays, davantage festif et homogène, versé dans le disco et la funk, avec des tracks, certes rares pour certains, mais définitivement appréciables et avec une forte propension à faire danser la génération qui avait grandi en écoutant Tribe.

Rendez-vous avec ces diggers invétérés au sein de l'appartement hautement chaleureux de Victor, collectionneur passionné qui fournit les japonais et autres grosses platines du monde du vinyle depuis plusieurs années. Histoire de lier l'utile à l'agréable, Kon se sentant véritablement tel un enfant dans une confiserie lorsqu'il parcourt les étagères remplies de disques rares.


[1] Si, si, pour de vrai !

[2] Youpi !!!.

[3] Avec une pochette reprenant des éléments de "Pop In Devil's Train" de Jacky Giordano sur Montparnasse 2000.

[4] Comprenez : les artistes, ou tout au moins leurs représentants, ont été compensés financièrement.

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