Interview Dave Ghetto

Si l'année 2005 aura apporté son lot de confirmations, elle a été également fertile en heureuses découvertes. Promis à un certain anonymat, le producteur et MC de Camden (New Jersey) Dave Ghetto occupe, au moins selon nos critères, une place de choix dans cette catégorie des outsiders de poids.

19/03/2006 | Propos recueillis par Nicobbl avec JB

Interview : Dave GhettoAbcdr : Comment te présenterais-tu, toi et ta musique, à quelqu'un qui ne te connaît absolument pas ?

Dave Ghetto : Tout d'abord je m'appelle Dave Ghetto. Je viens de Camden dans le New Jersey. Mes premiers pas discographiques remontent à 1997. Avec mon groupe Nuthouse on avait sorti un premier maxi vinyle "A Luv Supreem" sur Fondle'Em, le label de Bobbito. Ce maxi a reçu quelques échos positifs et nous a permis de nous faire un nom dans la scène Hip-Hop indépendante�avant qu'elle ne s'effondre sous le poids des sorties.

A : Comment es-tu venu au Hip-Hop ?

D : J'ai grandi à l'époque où le public déterminait ce qui était mortel et ce qui ne l'était pas. Le Hip-Hop était juste un reflet de notre communauté. Mais j'ai découvert le coté musical du Hip-Hop grâce à mes frères qui à l'époque étaient DJs.

A : Tu as vendu plus de 35 000 maxis vinyles depuis tes débuts discographiques. Ca fait un paquet quand on sait que généralement ce sont surtout les DJs qui achètent des vinyles. Tu retires une fierté particulière de chiffres comme ceux-là ?

D : J'en suis très fier�vendre des disques vinyles est particulièrement difficile vu que seuls les DJs et les collectionneurs soutiennent toujours ce support. Du coup, tu as tendance à être encore plus exigeant que si ces disques sortaient sur d'autres formats plus classiques.

A : Comment es-tu rentré en contact avec Counterflow Recordings ?

D : Comme j'ai pu te dire tout à l'heure, tout s'est déclenché avec Fondle'Em. A partir de là, on devait sortir un maxi sur Goodvibes Recordings. A l'époque, le label comptait dans ses rangs Slum Village, Bahamadia, Mystic et Phil da Agony. On a fait une tournée avec Bahamadia et Slum en 2000 et à notre retour on s'est remis au boulot.

J'ai alors commencé à enregistrer des morceaux avec Chops des Moutain Brothers qui était en discussion avec un certain nombre de labels. Mais au final aucun de ces labels ne nous a proposé le contrat qu'on attendait, alors le disque n'est jamais sorti. Mais mon pote Panda One m'a mis en contact avec ce label à Miami. J'ai discuté un moment avec le mec de Counterflow et on a trouvé un accord. Il m'a alors envoyé quelques unes des sorties du label et il est venu à Philly.
On s'est finalement rencontré au studio de Chops. Là-bas on a écouté quelques uns des morceaux qu'on avait pu faire avec Chops. Les deux premiers disques sortis sur Counterflow, "The Wild World" et le maxi de "Love Life ?" sont issus de ces enregistrements.

A : Quel matériel utilises-tu pour la composition de tes productions ?

D : J'utilise uniquement la MPC2000XL de Fel.

A : Tu es à la fois producteur et MC. Dans le processus de création, est-ce que tes talents de rappeur ont une répercussion sur ton approche de la production, et inversement ?

D : Je sais faire des beats mais je ne me considère pas comme un producteur comme tu l'entends. Je considère que je suis un producteur dans le sens où je contrôle l'ensemble de la direction artistique du disque. Ce sont mes écrits et la perception que je peux avoir du disque qui donnent le ton.

A : Considères-tu le crate digging comme un élément à part entière dans la production de morceaux ?

D: Partir à la recherche de bons disques à sampler cela fait partie de la production d'un morceau, au même titre que l'échantillonnage. C'est en fouillant dans les bacs à disques les plus obscurs que tu peux trouver les boucles les plus inattendues, celles qui différencient un morceau banal d'un titre qui sera perçu comme quelque chose de novateur par ceux qui ne connaissent pas le morceau samplé.

A : Avec le développement de logiciels assistés par ordinateur, j'ai l'impression qu'il y a une vraie démocratisation de la production (tout le monde peut faire des beats.) La réussite de quelqu'un comme 9th Wonder qui utilise, entre autres, Fruity Loops, qui pourrait sampler des MP3 mais ne le fait pas, illustre à mon avis assez bien cette idée. Qu'en penses-tu ?

D : Je pense que la musique de 9th Wonder était novatrice....mais aujourd'hui tout le monde pense qu'on peut se contenter de Fruity Loops et d'autres logiciels du même genre pour produire des morceaux. Pour autant, savoir faire des beats sur une MPC ne signifie pas que tu es un bon producteur. La réalité est plus complexe que ça.

A : Ton style musical, particulièrement empreint de Soul, me rappelle parfois Dilla (et c'est pour moi un sacré compliment.) Quelle a été ta première réaction quand tu as appris qu'il n'était plus de ce monde ? Sa musique a-t-elle eu une influence sur toi ?

D: Cette triste nouvelle m'a vraiment surpris, j'avais l'impression que sa santé s'améliorait. J'ai été d'autant plus touché par sa mort qu'on a de la famille en commun. Du coup j'ai eu l'impression que mes proches étaient touchés. C'était également quelqu'un avec qui j'avais particulièrement envie de travailler.

A : Quels sont les artistes qui t'ont influencé toi, en tant que personne mais aussi en tant qu'artiste, à la fois en tant que MC et en tant que producteur.

D : Rakim, KRS-One, Big Daddy Kane, Donny Hathaway, Marvin Gaye et beaucoup d'autres artistes ont influencé mon approche de la musique. Mais les gens qui m'entourent et font partie de mon quotidien sont également des sources d'influence.

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