Interview Disco D
'Ski Mask Way', sur l'album de 50 Cent, c'est lui. Avec ce seul titre, largement salué, Disco D a fait son entrée dans les hautes sphères de la production à l'américaine. De la Ghettotech au RnB, du rap à la publicité, le producteur touche-à-tout évoque son éclectisme et nous emmène dans les coulisses d'un milieu méchamment concurrentiel.
31/07/2005 | Propos recueillis par JB avec Nicobbl
Abcdrduson : Tu viens de faire une entrée fracassante dans le
monde du rap en produisant 'Ski Mask Way' sur l'album de 50 Cent, "The
Massacre", mais ton CV est bien plus long que ça. Pour résumer : qui est
Disco D ?
Disco D : Ha, alors comment est-ce
que je pourrais me décrire ? DJ, producteur, entrepreneur, grosso modo un
mec cinglé. Disco D c'est moi, et je suis Disco D !
A : Ta carrière musicale a
commencé quand tu étais adolescent. Avant de travailler avec Curtis Jackson,
dans quels projets as-tu été impliqué ?
D : J'ai
sorti mon premier EP vynile de Ghettotech quand j'avais 17 ans, peu de
temps après j'ai signé un deal avec Mixconnection Multimedia, l'ancienne
entreprise de Bad Boy Bill, et j'ai fait deux EP avec eux. En 1999, j'ai
crée mon premier label, GTI (Ghetto Tech Institute), sur lequel j'ai sorti
certains de mes EP ainsi que ceux d'artistes comme DJ Zap et DJ Deeon, en
plus de mon premier mix-CD officiel, "Straight out tha trunk". GTI a fermé en 2002
suite à la faillite de notre distributeur. J'ai collaboré avec DJ Salinger
et DJ Profit sur le label et les soirées Booty Bar, on a fait quelques EP.
J'ai fait un EP et un mix-CD avec Tommy Boy en 2003. J'ai co-produit cinq
morceaux sur l'album de Nina Sky avec Cipha Sounds en 2004, ce qui m'a
amené à me concentrer sur la production pour des tiers, d'où le travail
avec 50 et tout ça. J'ai aussi fait des remixes pour Pharrell, Lords of
Acid, Da Brat, 8Ball & MJG et BG.
A : Pourrais-tu nous décrire la Ghettotech, et peut-être ses
racines communes avec le hip-hop ?
D : Ghettotech est
un nom employé pour décrire un certain son de dance music, urbaine et
électronique, très rapide, qui est né à Detroit. Concrètement, ça a commencé
dans les années 80 avec un DJ appelé The Wizard (Jeff Mills, un énorme DJ
techno). Il faisait de la radio à Detroit et mixait tout et n'importe quoi,
des breakbeats au hip-hop jusqu'à l'électro et j'en passe, avec des
scratchs et des styles de mix complétement dingues. Il en avait rien à
foutre, il voulait juste balancer des disques. Dans les années 90, d'autres
DJ de Detroit comme Gary Chandler et Wax Tax n'Dre ont accéléré le tempo et
incorporé plus de styles - ainsi, quand des choses comme la Technobass (Aux
88, Detrechno) et la Booty House de Chicago sont arrivées, ils les ont
ajoutées au mix, et le tempo n'a cessé d'augmenter. Ensuite, DJ Assaut, DJ
Godfather et moi avons commencé à produire des titres qui collaient
spécifiquement à ce style, et nous avons integré beaucoup d'éléments
similaires. En fait, la Ghettotech est autant un style de mix qu'un style
musical. Le lien majeur avec le hip-hop vient du fait qu'à Detroit et dans
d'autres parties du midwest, la Ghettotech est classée dans l'"urban
music". Quand tu te branches sur des grosses stations Hip-hop/RnB à Detroit
comme 97.9 WJBL et 105.9 WDTJ, ils ont des émissions entièrement consacrées
à ce style. Par ailleurs, la façon dont la musique est mixée – avec des
scratchs rapides, du beat-juggling, etc – convient mieux à un DJ hip-hop
qu'à un DJ de dance music. Incontestablement, les meilleurs DJ du monde
sont à Detroit.
A :
Tu es donc un DJ Ghettotech, tu as produit du RNB et livré un gros sample à
50 Cent. D'où vient cet éclectisme ?
D : En
grandissant, j'ai écouté énormément de styles de musique différents, des
Beatles au 2 Live Crew et NWA, de Public Enemy à Tool, N.I.N. et Pantera.
J'ai aussi joué du saxophone et du jazz contemporain jusqu'à l'âge de 16
ans. En plus, je souffre de troubles de l'attention alors je suis incapable
de rester concentré sur une seule chose très longtemps. Ca doit venir de ce
mélange fou !
A :
Quels sont les disques et les artistes qui ont été les plus influents dans
ton éducation musicale ?
D : 2 Live Crew, Pantera,
NWA, Public Enemy, Charlie Parker, John Coltrane, Rockwilder, Timbaland,
Parliament-Funkadelic, Rick James, je sais pas… Probablement tout !
A : Dans une
interview pour le site ballerstatus.net, tu as expliqué que tu avais fait
l'instru de 'Ski mask way' juste après une dispute avec ta copine. As-tu
l'impression que, parfois, tu utilises la musique pour dire ce que tu
n'arrives pas à exprimer avec des mots ?
D : Bien sûr
– pour moi, la meilleure des musiques exprime une émotion que les mots ne
peuvent décrire. Les meilleures choses que j'ai composées l'ont été dans
des états de grande émotion. Quand je travaille directement avec un artiste,
j'essaie également de provoquer chez eux la meilleure expression
émotionnelle.
A :
Comment réussis-tu à l'obtenir ?
D : Certains
artistes la trouvent immédiatement. D'autres ont besoin d'être entraînés –
j'assimile ça à un bon acteur, sauf qu'un chanteur doit refléter toutes
les qualités d'un acteur (le langage corporel, les expressions du visage,
le ton) simplement avec sa voix. Souvent, je demande aux artistes de
s'imaginer plus dans la chanson, de visualiser à quoi ils voudraient
ressembler dans le clip, etc.
A : Avant de commencer à faire un beat, sais-tu déjà dans quel
genre il s'inscrira (rap, RnB, dancehall) ou te contentes-tu de te laisser
aller avec la musique ?
D : Je compose pour composer.
Je suis souvent inspiré par un sample ou un son, ou alors j'ai une idée et
je fais de mon mieux pour la faire sortir de ma tête. Cela dit, ça ne marche
pas à tous les coups ! Je ne suis pas le genre de type qui va pondre quatre
beats par jour. Je prends mon temps et je m'assure que le son est vraiment
bon.




