Interview Telephone Jim Jesus

Echappé de l'asile Restiform Bodies le temps d'un album ("A point too far to astronaut"), Telephone Jim Jesus revient sur ses multiples influences et ses méthodes de production, en évoquant le changement de direction généralisé chez Anticon. Très marqué sur son album, beaucoup plus electro que son travail avec son groupe, il en explique l'envie...

10/04/2005 | Propos recueillis par Shadok avec Nicobbl

Interview : Telephone Jim JesusA : Peux-tu te présenter, toi et ta musique ?

T : Je fais de la musique sous le surnom de Telephone Jim Jesus, mais mon vrai nom est George Chadwick. Je suis le troisième membre de Restiform Bodies. Nous avons inventé le ghetto tech prog hop psych R&B.

A : Première instru marquant entendu ?

T : 'Alberto Balsalm' d'Aphex Twin sur l'album "I care because you do".

A : Comment es-tu arrivé à la prod ?

T : Passage a acheté un sampler (un Akai S20) à l'époque où il vivait chez moi, quand nous étions au lycée. J'ai commencé à bidouiller avec lui ou lorsqu'il n'était pas là. Cela m'a finalement amené à bricoler avec différents gadgets électroniques et je me suis fait mon propre inventaire de sons peu après.

A : Rétrospectivement, quel regard portes-tu sur tes premiers instrus ?

T : Beaucoup des premiers sons que j'ai fait étaient très courts et les morceaux n'étaient pas très développés et ne reposaient pas sur grand chose. Quand j'écoute quelque chose que j'ai fait il y a longtemps, je suis parfois étonné ou un peu impressionné, mais la plupart du temps ça ne me fait pas sursauter. Je vois quand même une sorte de ligne directrice entre mes productions actuelles et ce que j'ai fait au départ. Je n'étais soumis à aucune contrainte, cette liberté dans la création est un élément essentiel de ma musique.

A : Ta manière de travailler a-t-elle évolué ?

T: Clairement. Plus j'ai passé de temps sur la musique et plus j'ai appris à comprendre le fonctionnement des machines... et plus j'ai su comment obtenir ce que je souhaitais. Je pense que j'ai déjà bien avancé sur le chemin de mon évolution musicale et je suis plus proche que jamais de réaliser ce que je peux imaginer. Tous les jours je comprends mieux comment layer des mélodies, manier des breaks et combiner différentes musiques, c'est une évolution continue et sans fin.

A : Tu as joué dans un groupe de punk avant de former Restiform Bodies, tu peux nous en dire plus...

A: Passage, Bomarr et moi avons commencé à faire de la musique ensemble au lycée. On est devenu amis grâce, notamment, à nos affinités et influences musicales communes. Il y avait pas mal de punk, du hardcore et du rock gothique. Quand on a commencé à jouer, j'étais à la guitare, Bomarr à la batterie et Passage chantait, hurlait et gémissait. On jouait du punk hardcore gothique, à vrai dire on était tous assez énervé.

A : Trouves-tu des points communs entre le Punk et le Hip-Hop ?

T: Clairement. Punk et Hip-Hop ont été créés sur une philosophie commune, celle de niquer le système. Ils proviennent tous deux des quartiers pauvres et font figure de haut-parleur d'une jeunesse en colère qui veut exprimer cette colère et recherche une issue à ce système. Ces deux types de musique sont agressives et s'attaquent clairement à l'autorité, au gouvernement, aux parents, à l'école,...

A : Quelles étaient tes premières machines? Et maintenant?

T : Le premier sampler que j'ai utilisé et acheté c'était un Akai S20. Depuis j'ai acheté un Akai MPC 2000 avec beaucoup de modules d'effets et quelques synthés vintage des années 80.

A : Boucle ou composition ?

T : Les deux, je combine boucle et composition. Parfois il n'y a rien de tel qu'une bonne boucle et je pense que souvent les boucles de batteries ont plus de peps ou de swing que des kits de batterie découpés, mais je pense aussi qu'il est important d'essayer et de changer les échantillons originaux pour mieux se les approprier.

A : Tu t'imposes des limites dans le choix des samples ? Genres proscrits ?

T : J'ai tendance à sampler tout ce que je considère comme sonnant bien. Je n'aime pas sampler de la musique récente, mais si j'entends quelque chose qui me plait, ça ne m'arrêtera pas. J'essaie de ne pas utiliser des samples trop évidents et de rester assez éloigné de sons trop communs ou qui me semblent trop familiers. J'ai choisi une voie où je crée moi-même la plupart de la musique et j'ai besoin de moins en moins de disques.

A : Quelle est ta méthode de travail : par quoi commences-tu : beat, basse, sample ?

A: Je ne suis aucune méthode particulière. Ca dépend de ce qui est devant moi. Parfois je sample d'abord ma guitare pour ensuite trouver un beat qui va aller avec, ou inversement. De toute façon c'est ce qui me plait qui fait qu'un morceau débute. La mélodie a beaucoup d'importance pour moi, donc la musique est souvent la première partie dont je m'occupe. Je cherche par la suite d'autres éléments pour compléter.

A : Où trouves-tu tes kits de batterie ? Pour ou contre l'utilisation de kits issus du rap ?

A: J'utilise des batteries issues de tous les genres musicaux. Je reprends des breaks que Bomarr joue, je sample aussi à partir de disques, reprends des beats faits à partir de machines, ou simplement des sons que je fais au micro. Je dirais juste que je ne samplerai jamais un sample, mais il y a des exceptions à la règle.

1 | 2 | 3 |