Interview Blockhead & DJ Signify

Unis le temps d'une tournée, Blockhead et DJ Signify ont deux parcours pour le moins différents. Mais lorsqu'on aborde leur approche de la production, on découvre de nombreuses similitudes. Preuve en est cet entretien croisé.

19/12/2004 | Propos recueillis par Aspeum

Interview : Blockhead & DJ SignifyAbcdr du Son : Pouvez-vous vous présenter ?

Blockhead : J'ai produit pour Aesop Rock, et pour d'autres artistes, essentiellement issu de Def Jux, et j'ai sorti un album sur Ninja Tune, "Music by cavelight".

DJ Signify : J'ai sorti un album sur Lex records, "Sleep no more" sur lequel apparaissent Buck 65 et Sage Francis. J'ai réalisé un 45 tours avec Grand Master Caz et quelques mixtapes.

 

A : Y a-t-il un avantage à aborder la musique par deux angles différents - par exemple, la production et le deejaying ?

S : Beaucoup de producteurs du début des années 90 ont commencé en tant que DJs. Je ne sais pas si c'est un avantage. Ca aide, sans aucun doute.

B : En ce qui me concerne, ne pas être DJ ne m'a jamais posé problème : simplement, ça n'intervient pas dans mes beats. Mais j'arrive à voir de quelle manière ça pourrait m'aider, ne serait-ce que pour la connaissance des disques et la possibilité d'essayer des choses sur ta platine. Evidemment, ça m'aiderait énormément d'être DJ pour les sets live [rire]... mais je ne le suis pas. Ca fait partie de la malédiction du producteur de hip hop instrumental.

A : Prêtez-vous attention aux textes des rappeurs qui posent sur vos instrus ?

S : Absolument. Je ne veux pas que n'importe quel wack MC pose sur mes instrus. Le rap est important pour moi.

B : De même. J'écoute plus de rap que de hip hop instrumental... enfin, je n'écoute pas vraiment de hip hop instrumental [rire], donc, forcément, c'est important pour moi aussi.

A : Y a-t-il des albums instrumentaux qui vous ont plu ?

S : Pas beaucoup d'albums complets. Mais évidemment des morceaux des noms habituels : Shadow, RJD2, etc. J'aime le hip hop instrumental, mais je dois faire un mix de différents morceaux pour obtenir un album entier que j'aime bien. Ne demande pas à Blockhead, il n'aime pas le hip hop instrumental. [sourire]

B : Ce n'est pas que je n'aime pas, simplement que je n'en écoute pas. Il m'arrive d'en apprécier évidemment, et il y a de bons artistes, mais je n'en mets jamais quand je veux écouter de la musique.

A : Qui sont vos producteurs hip hop préférés ?

S : Large Professor... ou Premier... ou Pete Rock...

B : Diamond D... et beaucoup du début de DITC. Native Tongue à leurs débuts... Prince Paul était un gars important pour moi. Mais, en réalité, quasiment n'importe quel producteur de la côté est de l'époque. Et aussi Dre. En fait, n'importe qui faisant de la bonne musique au début des années 90 [rire]. Et j'aime bien les Neptunes et Timbaland aussi.

S : J'aime bien aussi des trucs récents. Je trouve que les productions de Jel et de Buck sont excellentes. Timbaland et les Neptunes sont des personnes qui innovent.

A : Pensez-vous que le crate-digging fasse partie de la production hip hop ?

S : Pour moi, oui. Si quelqu'un fait un truc vraiment bien avec un synthé, j'aime, mais il faut que ça soit vraiment bien. La plupart du temps, en ce qui concerne les percussions, j'aime qu'elles sonnent comme elles le faisaient dans le passé, si puissantes. Donc le seule moyen d'obtenir ça est de les sampler... autant que j'en sache. Généralement, quand j'entends des personnes tentant de reproduire ce type de son, ça donne des vraies merdes. Donc il faut fouiner. Maintenant, on vit à une époque où on peut trouver des CD de beats : il n'est plus nécessaire de chercher pour trouver des breaks de batteries, donc, ça devient un peu bizarre. Si quelqu'un prend d'excellents sons de batterie d'un CD, les fait sonner comme il faut et que je ne sais pas d'où ils viennent, je vais bien aimer. Je ne suis pas fermé concernant les autres.

B : Si tu samples, tu es obligé de fouiner. Mais il y a différents manières de le faire.

S : C'est vrai, tu peux jouer d'instruments et t'auto-sampler.

B : Non, je parlais toujours de sampler la musique d'autres personnes...

S : Ah, ok. [rire]

B : Par exemple, Signify et moi cherchons différemment. Il en connaît plus sur la musique que moi. [sourire] Il s'intéresse plus au trucs de batteries. Moi, je cherche des méchants albums avec des flûtes dedans... et je ne dépense jamais d'argent dans des disques, ou alors pas plus de 99 cents.

S : Je crois encore sérieusement au concept de prendre des musiques différents et de les fusionner ensemble. Ca fait une vraie différence si Blockhead prend une flûte d'un disque ou s'il fait venir quelqu'un pour jouer de la flûte. Aujourd'hui, je suis toujours largement pour le sample ; il y a encore des tonnes à faire. Et – généralement – ça sonne mieux à mes oreilles.

A : Avez-vous travaillé avec des musiciens ?

S : J'ai été DJ d'un groupe pendant quelques temps. 9 fois sur 10, quand des groupes de musiciens font du hip hop, on dirait un groupe de bar ; ça perd tout son charme. Même si le batteur est bon, il sonnera comme un batteur de merde... Ca ne sonne pas bien. C'est un véritable défi de le faire. Je trouve ça vraiment cool quand The Roots essayent de reproduire les percus, je suis complètement pour. Mais la plupart du temps, ça ne fonctionne pas à mes yeux.

B : J'ai fait jouer quelques instruments pour mon album, mais j'ai tendance à les utiliser très sporadiquement, sinon, ça commencerait à ressembler à ... US3. Et c'est la dernière chose à laquelle tu veux que ton album ressemble. [rire]

S : Il y a une chose pour laquelle je m'ouvre vraiment, c'est l'intégration d'instruments live avec des samples. Je pense qu'il y a des choses à faire. Quand tu parles de percussions en particulier, je pense qu'enregistrer soi-même un kit de batterie et l'utiliser comme un sample peut être une bonne idée, mais pour un album Hip-Hop hop entier, je vais à un moment donné avoir besoin d'entendre des sons samplés.

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