Interview Sixtoo

Rappeur, producteur, deejay : Sixtoo est du genre touche-à-tout. Mais depuis quelques années, la production semble avoir pris le pas sur le reste. A l'occasion de son passage à La Marquise (Lyon), rencontre avec un artiste en constante évolution.

21/11/2004 | Propos recueillis par Aspeum avec Tofis

Interview : Sixtoo

Abcdr du Son : Peux-tu te présenter ?

Sixtoo : Je suis Sixtoo, du crew 1200 Hobos. Producteur casanier. J'habite à Montréal, au Canada. Je fais de la musique depuis environ 12 ans et je me suis essentiellement focalisé ces 4 ou 5 dernières années sur le hip hop instrumental.

A : Peux-tu nous en dire plus à propos 1200 Hobos ?

S : A la base, c'est un crew de DJs : moi-même, Mr Dibbs, Signify, Jel... une bande de gens vraiment talentueux [sourire].

A : Est-ce volontairement un crew mystérieux ?

S : C'est peut-être un peu mystérieux, mais il va y avoir un disque plus tard dans l'année, les gens sauront à qui ils ont affaire avec les Hobos [rire].

A : Quel était ton premier sampler ?

S : Le premier sampler que j'ai eu était un Roland MKS 100. Un rack mount de 4 secondes. Une merde. Ca sonnait crade.

A : Que penses-tu de tes premières productions ?

S : Ca va. Je ne les déteste pas, mais je ne les adore pas non plus. Je pense juste que j'ai bien évolué depuis. Je passe d'un sampler à un autre comme un fou, j'essaie différentes choses avec ma musique. Je reste fidèle à quelques trucs, mais dans l'année qui vient, nous allons voir des choses différents de "Chewing on glass". Toujours aller de l'avant.

A : Pourquoi as-tu arrêté de rapper ?

S : Je pense que, plus que tout, je voulais me focaliser sur la production instrumentale ; partager mon temps entre l'écriture de textes, la création d'instrus et essayer d'enregistrer tout ça correctement m'empêchait de faire une chose vraiment bien. Je sentais que mon écriture faiblissait un peu...

A : Tu sentais ça personnellement, ou on te le disait ?

S : A mon avis, beaucoup de monde pense ça, mais je n'ai jamais fait de musique pour qui que ce soit, donc ça ne m'influence pas. Plus que tout, je veux faire de la musique, que ça soit des textes, des prods ou jouer d'un véritable instrument. Ces derniers temps, je me suis surtout focalisé sur du hip hop instrumental assez sérieusement orchestré, et ça prend du de temps et demande de l'investissement pour être capable de le faire. De plus, les textes que j'écrivais avant de me concentrer exclusivement sur le hip hop instrumental devenaient trop personnels, et je ne voulais pas présenter un journal intime aux gens. Ca devenait vraiment trop personnel. J'ai aussi voulu m'éloigner de la musique que j'ai faite par le passé et des mouvements auxquels j'ai été associé.

A : Anticon ? Sebutones ?

S : Oui. Je voulais simplement réinventer ce que je faisais et être pris au sérieux pour cela au lieu d'être d'abord associé à ce que faisaient d'autre personnes.

A : Deux versions d'"Antagonist survival kit" sont sorties : laquelle prefères-tu, la version rappée ou la version instrumentale ?

S : En fait, ils ont sorti la version instrumentale en complément de la version rappée. Ce n'est pas un vrai disque instrumental : c'était surtout destiné aux DJs pour qu'ils aient des cuts instrumentaux de ces morceaux. Je crois qu'elle ne contenait pas 'The mile-end artbike / Suicide manual' [morceau de 19 minutes, quasiment la moitié de l'album, ndr], qui était le morceau du disque selon moi. A mon vis, l'album est meilleur que la version instrumentale ou le maxi.

A : Etant en tournée avec DJ Signify et Blockhead, as-tu prévu de travailler avec eux ?

S : Signify et moi jouons souvent ensemble : sur ce tour, nous faisons un set d'une heure et demie, avec des morceaux à lui et d'autres à moi. Matt Kelly joue aussi dans le set, donc c'est une sorte de trio qui joue des versions live d'extraits de son disque "Sleep no more", de mon disque "Chewing on glass" record, ainsi que des vieux morceaux et d'autres trucs pas encore sortis.

A : Je crois que Matt Kelly a travaillé sur "Chewing on glass"...

S : Oui, en effet. Il a écrit beaucoup de partie instrumentales, et est devenu un élément important dans le son vers lequel je tends. C'est un bon ami à moi, quelqu'un dont je respecte énormément les opinions et le talent.

A : Ne penses-tu pas que les annotations exhaustives du livret de "Chewing on glass" font disparaître la magie de la musique ?

S : C'est un peu ce que je voulais. Je ne voulais pas que l'on croit qu'il y avait des astuces dans ce disque. C'est un disque mis à nu, il y a eu très peu d'utilisation d'ordinateurs. Je voulais que les gens sachent que c'était fait manuellement, que c'était un disque artisanal et non un disque prémaché, comme toutes ces personnes qui utilisent Reason & co. Je ne m'intéresse pas à tous ces trucs, je ne viens pas de cette école. Je voulais que les gens sachent exactement ce qu'est mon disque, pour qu'ils puissent le juger en connaissance de cause.

A : Penses-tu que les personnes qui écoutent ta musique comprennent toutes ces annotations ?

S : La plupart non, mais les producteurs oui, et je pense que ce sont eux qui écoutent ma musique avec le plus d'attention, et je veux être clair sur ce qu'est ma musique. De plus, c'est une sorte de tradition : beaucoup de disques que j'aime vraiment ont ce genre de trucs, que ça soit les disque de jazz des années 50, avec les notes techniques sur les caractéristiques de gravage des sillons, ou même des disques plus récents comme la liste de micros et de machines sur les premiers 45 tours de Steve Albini sur Shellac. Pour moi, il y a un côté sympa à exposer la musique telle qu'elle est.

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