Interview Buck 65

Constamment en tournée Buck 65 s'invite aux Eurockéennes de Belfort l'occasion d'un concert. Plus que de venir faire la promo de son dernier album, "Talkin' Honky Blues", c'est l'occasion pour lui de se faire plaisir avec ses musiciens. Cette envie, communicative, se retrouve aussi lorsqu'il évoque sa musique, même lors d'une brève entrevue...

01/08/2004 | Propos recueillis par Shadok

Interview : Buck 65Abcdr : Sur la promo du festival, dans les magazines et un peu partout, on peut lire que tu as sorti deux albums : "Square" et "Talkin' Honky Blues". Bien que Warner ait réédité tous tes précédents albums. Cela ne te gêne pas que l'on ait une fausse image de ta musique et que l'on ne connaisse de toi que tes dernières sorties, même si tu en sors depuis dix ans (avec les Sebutones) et que "Vertex" et "Language arts" sont d'excellents disques par exemple ?

Buck 65 : Ce que j'ai fait par le passé est important. Je pense aussi que c'est intéressant car ma musique a beaucoup changée. Et justement parce qu'elle a beaucoup changée, je pense que ce qui est important est ce que je fais aujourd'hui. Je pense que pour les personnes qui ont suivi chaque étape de mon parcours il était important de suivre cette évolution. Mais si tu prends quelqu'un qui ne m'a découvert que récemment et que tu lui fais écouter mon premier album, il y a des chances pour qu'il ne l'aime pas. La musique passée va devenir importante pour les gens curieux qui s'intéressent au passé. J'aime aussi l'idée de laisser les gens faire l'effort de chercher des disques. S'ils les veulent vraiment, ils auront du boulot pour les trouver. Je suis moi-même un gros collectionneur de disques. Si on met tout en œuvre pour rendre quelque chose disponible, d'une certaine manière on tue cette chose...
Très peu de gens ont entendu "Vertex" (sorti sur propre son label, 4 Ways to Rock). Je n'ai pas eu beaucoup de chances avec cet opus par rapport à la maisons de disques. Quelques fois j'aimerais que plus de gens aient écouté cet album, parce que j'en suis très fier. Mais j'accepte le fait que cela appartienne au passé et que si les gens veulent vraiment l'entendre, ils feront l'effort.

A : Ton style a beaucoup évolué, depuis tes albums avec Sixtoo et les Sebutones, à chaque album il y a de nouveaux éléments, comme sur le dernier, "Talkin' Honky Blues", où il y a des instruments. L'évolution et le changement sont nécessaires pour toi ?

B : Il y a deux choses que je voudrais aborder par rapport à cela. Tout d'abord pour l'album des Sebutones et sur "Man overboard" il y avait déjà des instruments live. Mais la chose importante dans mon évolution est que j'ai toujours voulu écrire (composer) de la musique, et pas uniquement des textes. Et la seule manière d'arriver à cela est de passer par les instruments. Pour cela il faut apprendre le piano ou la guitare. C'est une évolution pour moi en tant que musicien. Mais je sais que beaucoup de gens sont reticents par rapport à cela. Ils veulent du Hip-Hop dans un cadre Hip-Hop. Ils ne veulent pas quitter le monde du Hip-Hop. Penser ainsi c'est vraiment etre très étroit d'esprit.
Il y a tout un tas de musiques incroyables et il serait stupide de ne pas tenir compte des autres musiques qui nous entourent comme Miles Davis, Brian Wilson, Black Sabbath ou Motorhead... Je dois apprendre le plus possible en écoutant de la musique. Pour moi c'est une étape logique avant de faire ta propre musique. Le Hip-Hop est à part en cela. C'est presque comme si ce n'était pas de la musique. C'est un peu ‘l'anti-musique'. C'est un très bon moyen pour beaucoup de gens qui veulent commencer à faire de la musique. Tu sais, il n'y a besoin d'aucune connaissance sur la musique pour faire du Hip-Hop. C'est une bonne façon d'apprendre. Finalement, tu vois l'importance de créer ta propre musique... Même sur le dernier album ("Talkin' Honky Blues", album avec des instruments), le sample était toujours important pour moi, et même avec des instruments live j'utilise toujours mon sampler pour faire l'album. Pour moi cette évolution est due au fait que je veux composer des chansons, et pas uniquement des textes.

A : Ton style est assez à part, d'un côté tu donnes l'impression d'avancer avec plein de nouveautés dans tes prods, comme les instruments sur le dernier album, et de l'autre dans ta façon de poser ou de faire des beats et dans certaines références ou par l'apport de scratches, tu renvois au 'basiques' du rap et de la culture Hiphop... c'est important pour toi de toujours avoir les deux "pieds" dans ces styles et de faire référence au passé ?

B : Oui ça l'est. Je pense que le passé dans la culture et la tradition Hiphop est une des choses les plus importantes qui soit, même par rapport à des personnes qui étaient là dans le passé. Je ne saurais pas expliquer pourquoi c'est si important pour moi... mais c'est vraiment important pour moi de construire des morceaux comme ils l'étaient aux débuts du break beat. Mais si tu écoutes les autres sons Hiphop, plus personne ne fait ça. C'est très rare. Les trois pères fondateurs de la musique Hiphop étaient des DJs, alors pour moi c'est comme un rituel religieux. Ce sont eux qui détiennent le secret.
C'est très important pour moi... Je ne sais pas pourquoi c'est si important à mes yeux car peu de gens ont l'air de s'en préoccuper. Je le fais pour moi-même et pour le peu de gens que ça intéresse. Je trouve que beaucoup de jeunes gens qui s'intéressent aujourd'hui ou depuis peu de temps au Hiphop n'aiment pas ma musique. Ils sont plus fans de Jay-Z, Ludacris, Eminem ou même Def Jux ou bien Atmosphere... et ils ne comprennent pas ma musique. Je fais du Hiphop depuis plus longtemps que ces gens, alors on ne peut pas attendre d'un môme de 18 ans qu'il comprenne ce qu'il se passait dans le Hiphop avant même qu'il naisse... J'étais là, j'ai commencé la musique en 1982, ça fait un bail. Je le répète, je ne sais pas pourquoi c'est si important pour moi, mais je sais que ça ne changera pas.

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