Interview Trijas

"Quelques valeurs" contenait des motifs de satisfaction et des zones à éclaircir. Afin d'en savoir plus, nous avons décidé d'aller à la rencontre du groupe Trijas, plutôt que de spéculer à vide sur les intentions de ses membres. Discussion avec deux d'entre eux, Tonns et Cyrz, visiblement heureux de parler de leur dernier projet.

18/07/2004 | Propos recueillis par Aspeum

Interview : Trijas

Abcdr du son : Quelle est la signification du nom Trijas ?

Cyrz : Trijas est le nom donné à une des composantes du continent originel, avant la dérive des continents, à l'époque où les habitants de cette planète étaient tous au même endroit. On trouve que c'est une bonne image de la mauvaise évolution des mentalités. La seule race qui existe, c'est la race humaine. Et tous les problèmes que l'on peut aborder, que ça soit l'individualisme ou l'intolérance, sont liés au fait qu'on oublie qu'on est tous les mêmes, au départ.

A : Depuis comment de temps existe Trijas ?

Tonns : Le groupe existe depuis sept ans. On est réellement actifs depuis 2001, avec la sortie du premier maxi, "Prologue".

A : Vous n'aviez pas sorti un autre projet avant ?

T : Si, on avait fait une compilation de tous nos morceaux de l'époque, qui s'appelait "L'essence".

C : Collector !

T : "Prologue" était donc notre premier projet sorti dans les bacs, en 2001. Ensuite, "Le paradoxe", en 2002. Et enfin, "Quelques valeurs", en avril 2004.

C : Les deux premiers skeuds sont peu connus, parce qu'ils ne sont sortis qu'à Lyon, uniquement par nos propres moyens, sans distribution. "Quelques valeurs", c'est notre troisième disque, mais que l'on considère comme notre premier, parce que c'est la première fois qu'on sort des murs de la région Rhône-Alpes.

A : Qui sont les membres du groupe ?

T : Cyrz, rappeur et producteur. Moi, producteur. Dj Saroumane, dj. Et Jahb, rappeur. A côté de ça, on a une association, Mordor Prod, qui existe depuis 1999 et qui est composée de deux personnes ; son but est de promouvoir Trijas.

A : Uniquement Trijas ?

T : Oui, c'est déjà assez difficile.

C : Quand tu arrives à rentrer dans tes frais et sortir un autre skeud, c'est déjà bien. C'est vrai qu'on pense à d'autres rappeurs, mais financièrement, c'est difficile ; et humainement aussi. On a la chance d'avoir deux personnes qui se déchirent pour nous : quand je vois le temps que ça leur prend, je n'imagine pas ce que ça serait s'ils devaient gérer ne serait-ce que trois groupes... Ils sont bénévoles, tous les fonds servent uniquement à la production et à la promotion des disques de Trijas, ainsi qu'à la prise en charge des frais concernant des concerts.

A : Quelle est l'origine du pseudonyme de chacun des membres ?

C : C'est surtout des diminutifs. Moi, avant, c'était Valthor'Sauron, mais c'était un peu compliqué [rires], donc, j'ai pris Cyrz, vu que tout mes potes m'appellent comme ça depuis dix ans. Jahb, c'était Jahb'El'Kaiim au début, qui était un anagramme des lettres de son prénom et de son nom. Tonns, c'est un diminutif. Et Saroumane, c'est parce que c'est un magicien [sourire].

A : J'ai lu sur vos livrets que chaque projet a été enregistré au Studio Black Spirit...

C : Black Spirit, c'est notre studio, en fait. Comme ça, on a énormément de temps, et ça ne nous coûte pas cher. Ca a coûté cher à un moment donné, en investissement, on y a tous mis nos fonds, donc, les trois premières années n'ont pas été très drôles. Mais maintenant, c'est bien, surtout qu'on est entouré par des régisseurs, qui ont apporté leur trucs aussi. Toute la pré-production se fait dans ce studio et chez Tonns, qui a également une cellule de travail ; on maquette tout à Black Spirit. Ensuite, on fait le mixage et le mastering au Studio La Case, le studio du régisseur qui nous suit sur scène.

A : "Prologue" comportait cinq titres, "Le paradoxe" huit titres, "Quelques valeurs" onze. Votre prochain projet sera un quatorze-titres ?

C : [sourire] Le prochain projet sera certainement un album solo de ma part. Je travaille dessus. Et, en effet, il y a bien des chances qu'il y ait une quinzaine de titres [rire]. En fait, on le fait comme le sent. Le premier maxi, c'était une façon assez classique de se tester sur cinq titres... et d'ailleurs, en regardant bien, la majorité se testent sur moins de titres, deux ou trois en général. "Le paradoxe", on avait déjà plus envie de faire un sorte de mini-album, et encore plus pour "Quelques valeurs". On fait pas mal de morceaux, mais on en retient peu ; ça aboutit à des projets courts.

A : Peu de remplissage, donc...

C : Voilà. L'album trente-titres, on te le fait sans problème. Mais on n'a pas envie qu'il contienne vingt-cinq titres que tu n'as plus envie d'écouter au bout de deux fois.

A : "Les gens évoluent, mais les gens ne changent pas". Je trouve que cette phrase de Balo (du groupe Starflam) scratchée au début de 'Conséquences' caractérise bien Trijas : j'ai senti une grande linéarité entre les différents projets...

C : Déjà, c'est les mêmes bonhommes depuis le départ. Donc, c'est sûr qu'on n'est pas passé par l'ambiance west-coast. Nous, on sent une évolution, en terme technique. Les productions sont mieux peaufinées, mieux léchées, les samples mieux choisis. Auparavant, on avait des influences mais on n'arrivait pas à les retranscrire. Aujourd'hui, les influences sont les mêmes, mais on sait les transmettre.

A : Personnellement, je n'ai pas senti cette évolution. Et j'étais d'autant plus étonné que j'ai découvert les trois projets récemment, sur un court laps de temps...

C : Oui, je comprends, mais quelque part, tant mieux. Je t'avoue que, nous, les deux premiers projets, on a du mal à les écouter. Et "Quelques valeurs", dans quelques mois, ça sera sûrement exactement la même chose. Mais si tu prends "Prologue" et "Quelques valeurs", et que tu regardes de près, tu peux voir que l'écriture est beaucoup plus accessible sur le dernier projet, que la façon de rapper n'est pas la même, que les prods atteignent plus leur but, que ce soit pour le côté percutant ou le côté nostalgique. De l'intérieur, on trouve que tout est mieux fait. Après, peut-être qu'effectivement, ce n'est pas si flagrant que ça pour quelqu'un d'extérieur aux projets.

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